Le 18 octobre dernier, à la soirée Gala Saturne 2003, la Fédération des agricultrices du Québec dévoilait le nom des Agricultrices de l’année. Quatre femmes au cheminement remarquable ont été honorées : Denise Poirier-Rivard au titre d’Agricultrice de l’année; Nathalie Dumais, Jeune Agricultrice; Denyse Gagnon, Agricultrice entrepreneure et Guylaine Bergeron, Agricultrice de passion. Par ce concours, la Fédération vise à faire valoir le savoir-faire des femmes en tant que professionnelles de l’agriculture.

Deux bourses de 500 $ ont également été remises à des diplômées en formation professionnelle et en formation continue : Hélène St-Hilaire et Geneviève Riverain, oeuvrant toutes deux en productions laitière, porcine et acéricole. Dans la catégorie Jeune Agricultrice, une mention spéciale a été accordée par le jury à Andrée Rioux, de Amqui, pour son impressionnante contribution dans le milieu.

Près de 500 convives participaient à cette prestigieuse cérémonie, sous les présidences d’honneur de Paul Massicotte, ex-président de la Coopérative fédérée et Lise Hamelin, son épouse et récipiendaire du titre d’Agricultrice entrepreneure de l’année 1999.
Deux lauréates de ce grand événement, Nathalie Dumais et Denyse Gagnon, sont de fières coopératrices. Voici un portrait de leur cheminement.



Nathalie Dumais
Jeune Agricultrice 2003

Production laitière et élevage de race pure Holstein

« Nathalie, tu te fais des rêves et tu y crois », lui avait lancé un collègue de classe, la touchant droit au coeur. Aujourd’hui elle est fière de prouver que ses rêves n’étaient pas de la fiction. « Nous n’aurions pas ce troupeau de vaches Holstein de haut calibre génétique si nous n’y avions pas rêvé », réagit-elle avec aplomb.

Greffée du titre de Jeune Agricultrice, Nathalie se présente comme une porte-parole des femmes en agriculture plutôt que la gagnante d’un concours. « Je veux prouver que les femmes peuvent rêver et se réaliser dans ce métier. »

La preuve est faite parce que le contact de Nathalie ne laisse personne indifférent. Ce qui marque le plus, c’est sa passion qui jaillit de sa personnalité et le mot rêve qu’elle répète comme s’il était son porte-bonheur.

Oui, Nathalie impressionne. En plus d’être partie de zéro pour monter son entreprise, elle s’entraîne cinq fois la semaine pour courir des marathons tout en élevant deux fillettes, Mauranne 6 ans et Joëlle 10 ans. « La course à pied, c’est ce qui me donne toute cette énergie », explique-t-elle.

Son père était entrepreneur en construction, mais il était aussi gentleman farmer et élevait du bœuf de boucherie de race. C’est là qu’elle a développé son goût pour les animaux de race, préférant les vaches laitières.

Visant vivre de l’agriculture, elle s’inscrit en zootechnologie, à l’ITA de La Pocatière, et complète sa formation en génétique en travaillant chez un producteur laitier de haut calibre, en Ontario.

À son retour, un bon ami de classe l’informe qu’un poste de représentante est disponible dans le réseau coopératif agricole, au CAC du Lac-Saint-Pierre (maintenant Covilac). Elle y travaille pendant un an et déménage à la SCA des Bois-Francs pour rejoindre Rock Hébert, un homme tendre et, lui aussi, passionné de génétique.

Ils s’étaient rencontrés en suivant le cours des nouveaux représentants CO-OP. Trois ans plus tard, ils estiment pouvoir acquérir une petite entreprise.

La ferme convoitée n’est pas facile à dénicher. La voie s’ouvre à Sainte-Hélène-de-Kamouraska, le patelin d’origine de Nathalie. Une modeste ferme, nécessitant beaucoup d’amélioration, mais pourvu d’un potentiel intéressant pour qui ne craint pas de se retrousser les manches. C’était en 1991.

Rock se met à l’œuvre pendant que Nathalie assure une rentrée d’argent régulière en travaillant comme représentante CFQ pour la région de Kamouraska et du Bas-Saint-Laurent. Les soirs et les fins de semaine, elle enfile l’habit d’agricultrice.

En 1994, elle devient agricultrice à temps plein, mais s’engage notamment au sein du mouvement Desjardins. Depuis, elle y occupe les fonctions de présidente de sa caisse populaire, membre du Conseil des représentants (CORE) et membre de la Table ronde d’agriculture provinciale. D’ailleurs, elle fait sienne les valeurs de la coopération. « Les compétiteurs de ma coopérative agricole ne viennent même pas nous offrir leurs services, tant nous sommes reconnus comme des coopérateurs invétérés. »

L’entreprise de Nathalie et Rock, la Ferme Rotaly, compte aujourd’hui 34 vaches Holstein de race pure, dont 8 sont classifiées Excellentes, 21 Très Bonnes et 5 Bonnes Plus. Leur production moyenne par vache par année dépasse les 11 000 kg de lait pour une MCR de 240-229-255. Ils cultivent aussi 180 acres de fourrage. « Mais toute notre énergie est consacrée au troupeau », souligne la Jeune Agricultrice, en ajoutant qu’ils n’ont jamais rêvé d’avoir une grosse entreprise et d’être bons partout. Ils ont plutôt visé et atteint une notoriété d’éleveurs de génétique de haut calibre.

Denyse Gagnon
Agricultrice entrepreneure 2003

Production laitière et agrotourisme

« Denyse est une femme qui a beaucoup de jugement et de bonnes capacités d’analyse pour prendre des positions claires. » Ce commentaire de Sylvain Martel, président de Nutrinor, est évocateur à l’égard de Denyse Gagnon, copropriétaire de la Ferme du clan Gagnon et administratrice au conseil d’administration de Nutrinor.
Il n’en faut pas plus pour conclure que le jury de sélection a bien pressenti les forces de Denyse. D’ailleurs, elle-même a confié s’être perçue comme Agricultrice entrepreneure, lorsqu’on lui a demandé de poser sa candidature. Pour elle, ce titre démontre bien qu’une femme en agriculture peut aller aussi loin qu’elle le désire.

Ayant comme partenaire d’affaires son père Thomas-Louis, son frère Cyrias et Guillaume, le fils de celui-ci, Denyse dirige une entreprise laitière composée de 300 têtes de race pure Ayrshire, dont 200 sont en lactation, ainsi que 311 hectares entièrement cultivés. En 1990, les Gagnon innovaient dans la région en greffant l’agrotourisme aux activités de l’entreprise.

La Ferme du clan Gagnon emploie trois personnes à temps plein et trois autres à temps partiel. Les deux fils de Denyse ont toujours travaillé dans l’entreprise jusqu’à ce qu’ils décident récemment de faire autre chose. La femme de son frère Cyrias ainsi que leurs deux filles sont aussi actives à la ferme. C’est donc une entreprise purement familiale.

Actionnaire de la ferme depuis 1987, Denyse tient les rênes, entre autres, de la gestion financière, la gestion des champs, du volet agrotouristique et de la gestion du personnel. « Les relations humaines à la ferme sont souvent oubliées au profit du travail et de la rentabilité », remarque-t-elle. Elle consacre donc une partie de son temps à la préservation de la vie privée de chacun ainsi qu’à l’équilibre entre le travail et la vie familiale.

Par ses responsabilités, elle transige avec fournisseurs, notaire, avocat, conseiller financier, etc. « Quand j’ai commencé, c’était encore un monde d’hommes », se rappelle Denyse. Elle était parmi les premières femmes à se présenter chez les fournisseurs ou le créancier pour négocier.

D’où lui vient ce cran? « Je n’abandonne jamais devant un problème et toute situation possède sa solution », fait-elle savoir. Elle se décrit comme une femme de tête, une fonceuse qui garde toujours les deux pieds sur terre, une passionnée de l’agriculture, de l’environnement et de la vie.

Selon Françoise Fortin, membre du Syndicat des agricultrices du Lac-Saint-Jean, celle qui l’a incitée à poser sa candidature, Denyse est une femme calme et réservée. Son travail est toujours impeccable et le travail d’équipe est une de ses forces.

Âgée de 53 ans, Denyse a eu son lot d’épreuves. En 1996, un important accident de voiture l’a immobilisée pendant quelque temps. N’ayant pu retrouver les capacités physiques qu’elle avait auparavant, elle a dû se consacrer aux tâches administratives et ne plus mettre la main à la fourche. « Alors, j’ai pris ma place en tant qu’administratrice », affirme-t-elle.

Trois ans plus tard, son mari décède des suites d’une maladie. Des événements malheureux que Denyse se garde bien de raconter, à moins qu’on lui demande. Elle se montre très discrète sur sa vie personnelle.

L’Agricultrice entrepreneure de l’année est aussi active au sein de sa communauté : Comité consultatif d’urbanisme, Syndicat des agricultrices, représentante des femmes au sein du syndicat de base, présidente régionale de la Croix-Rouge. Toutes ces organisations sont pour elle autant d’occasions d’élargir ses connaissances tout en offrant son temps pour faire avancer les causes et aider les autres.




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