Nous n’exploitons pas une entreprise agricole juste pour faire des bénéfices qu’on met dans nos poches », lance Alain Bourgeois, propriétaire avec Danielle Paquin, enseignante à la formation des adultes, de la Ferme du Passeporc, une maternité de 800 truies, à Mirabel. « Il faut aussi avoir une conscience sociale », ajoute-t-il. Voici le portrait d’une entreprise sans sol, construite en 2000, où le propriétaire n’hésite pas à inves-tir en environnement et en bien-être animal.

En effet, Alain estime qu’une entreprise suffisamment rentable doit assumer les inconvénients qu’entraînent ses activités. Son élevage est conduit en sevrage hâtif. Plus de 1 600 porcelets sont vendus chaque mois.

Valérie Tassé, responsable de la section mise bas

Deux personnes sont employées à la ferme : Valérie Tassé, responsable de la section mise bas et José Montan, attitré au bloc saillie et gestation.

Alain est sensible à la cause environnementale, entre autres parce qu’après avoir fait une offre d’achat sur une terre, il a dû rebrousser chemin à cause de la résistance du conseil de la Ville. Il a finalement trouvé l’emplacement idéal pour s’établir : au centre d’une clairière, dans un couloir aérien où la construction de nouvelles résidences est interdite et où le premier voisin est à plus de 500 mètres. Impossible de gêner le sens olfactif de quiconque aux alentours.

Un de ses investissements sur le plan environnemental a été d’acheter un système d’épandage avec rampe basse et incorporation directe pour permettre à ses receveurs d’épandre en postlevée dans le maïs. Pourquoi?

« Parce que en 2002 et 2003, on a connu deux années où la période d’ensemencement a été courte et tardive, explique-t-il. Les producteurs n’ont pas eu le temps d’épandre leur lisier avant de semer. Étant donné qu’il est possible de sarcler et d’épandre dans le maïs jusqu’à ce que la plante atteigne 46 cm (18 po) de hauteur, j’ai outillé mes receveurs pour le faire. » Ce système, ajoute-t-il, réduit les odeurs d’épandage de 70 % et dimi-nue la perte d’azote par volatilisation.

Cette technologie, dont le coût total s’élève à 50 000 $, n’est pas accessible à tous les producteurs, reconnaît-il. Par contre, il a pu bénéficier d’une subvention, allant jusqu’à 7 000 $, du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec pour l’achat de la rampe basse.

D’autre part, les résultats d’analyse de son lisier montrant un manque d’homogénéité de la valeur fertilisante, Alain a installé deux pompes dans sa fosse. Durant la vidange, l’une d’elles brasse le lisier pour uniformiser la quantité d’éléments fertilisants, puis le pousse vers l’autre pompe qui, elle, l’expulse de la fosse.

« Mes résultats d’analyse sont accessibles et les producteurs apprécient connaître la valeur du lisier qu’ils épandent dans leur champ », commente le nouveau producteur, agronome de formation et ancien représentant chez Profid’Or.

Mentionnons aussi que pour réduire la quantité de lisier, qui s’élève à 4 500 mètres cubes par année, Alain achemine toute l’eau utilisée dans l’aire de service de la maternité dans un champ d’épuration plutôt que dans la fosse. Aussi, un système automatisé distribue quatre portions d’eau par jour en gestation afin d’assurer l’abreuvement nécessaire sans perte.


Bâtiments et particularités d’élevage
La quarantaine compte 50 places. Elle est installée de façon à pouvoir nourrir les animaux de l’extérieur. Entièrement vitrée, on peut aisément voir ce qui se passe à l’intérieur. Pour des raisons sanitaires, ce n’est qu’après les travaux de la porcherie qu’Alain s’y rend faire sa besogne en fin de journée.

José Montan, attitré au bloc saillie et gestation

À toutes les six semaines, 45 cochettes provenant du réseau Sogéporc sont accueillies dans cette section.

« C’est la SCA de Disraeli qui me fournit », précise le producteur. Les cochettes y séjournent de 30 à 42 jours, puis sont transférées en acclimatation en trois lots. La section acclimatation compte 21 places.

Le bloc des saillies offre 66 places. Il pratique la technique intra-utérine avec les truies qui rejettent beaucoup de sperme. « Son taux de fertilité, à 91 %, apparaît au rang des meilleurs au Québec », reconnaît Dominic Châtelain, l’expert-conseil CO-OP de la Ferme du Passeporc. Les truies y sont alimentées individuellement à volonté avec de la moulée de mise bas (Primipare 18 %) jusqu’à la saillie.

Le bloc gestation est composé de 600 places : 582 cages individuelles, quatre parcs pour les verrats et deux parcs pour les truies gestantes. Dans ce bloc, la ventilation est de type hybride. Elle comprend des panneaux rigides et des ventilateurs au plafond. La particularité : Alain a fait installer des vitres dans ses panneaux pour capter plus de lumière dans le bâtiment et jouir d’un meilleur environnement de travail.

« En gestation, les truies sont alimentées de moulée Materna Gestation S.H. 13 % qu’Alain se procure chez Profid’Or », mentionne Dominic.

Toutes les truies sont lavées et désinfectées avant d’arriver en mise bas où 144 places sont réparties dans 9 chambres, soit 7 chambres de 18 places et 2 chambres de 9 places. Les truies sont provoquées pour qu’elles mettent bas durant la journée et que le personnel les assiste. Alain pratique l’adoption pour les porcelets chétifs dont la mère est peu laitière.

« Cela nécessite un suivi constant », commente-t-il. Pour les portées en pleine santé, dont la mère adoptive est moins laitière, il ajoute un plat de lait Biolac fixé au plancher pour aider à leur croissance. Les mangeoires sont munies de réserves permettant une consommation à volonté de moulée Primipare 18 % durant la lactation.

Dans la salle d’expédition, la pression de l’air est positive. De la sorte, lors de la cueillette des porcelets, l’air du bâtiment est poussé vers l’intérieur du camion. Alain évite ainsi que des organismes pathogènes, en provenance d’autres élevages, se propagent dans le bâtiment.

Toujours pour réduire les risques de contamination, le producteur a mis en place un portail de livraison de la semence. Le livreur, muni de la clé du portail, dépose la semence puis actionne une cloche qui annonce la livraison.


Bien-être des animaux
Un système de buses rafraîchis-santes est en place dans la section mise bas et le bloc des saillies. À plus de 27°C (80°F), le système s’active et des jets de bruine rafraîchissent la salle de sept à huit degrés. Ces installations ont coûté 15 000 $.

Alain Bourgeois a acheté un système d’épandage avec rampe basse et incorporation directe pour permettre à ses receveurs d’épandre en postlevée dans le maïs.

Il étudie aussi la possibilité d’intégrer un système semblable pour rafraîchir les truies en gestation parce que, estime-t-il, le stress vécu par la chaleur peut avoir d’importantes conséquences en mise bas : manque d’énergie, augmentation des morts nés, voire la perte de toute une portée.

En mise bas, le système de lumières infrarouges est lié au contrôle de la température. Quand la température est en hausse, les lumières tamisent. Elles s’éteignent quand la chaleur est très élevée.

La Ferme du Passeporc est très moderne. Étant une construction neuve, il a été facile d’inclure une panoplie de commodités qui répondent aux exigences sanitaires et environnementales d’aujourd’hui. Il n’en est pas aussi facile lorsque l’on poursuit les activités d’une entreprise déjà en place depuis maintes années. De plus, Alain et Danielle bénéficient de la collaboration financière de Profid’Or pour l’aide au démarrage et au roulement de l’entreprise. Tout ceci n’enlève rien à la nécessaire bonne gestion qu’il en fait, ainsi que du temps et des soins qu’il y accorde tous les jours.

Résultats techniques pour l’année 2002
Taux de fertilité : 90,82
Nombre de porcelets sevrés par truie productive : 24,89
Nombre de portées sevrées par truie productive : 2,46
Nombre de nés totaux par portée : 11,46



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