L’organisation non gouvernementale Développement et Paix que représente Luc Cyr, évêque de l’évêché de Valleyfield, vient en aide aux populations les plus démunies de ce monde en les aidant à prendre leur destinée en main. L’organisation se penche également sur des enjeux qui concernent l’ensemble de l’humanité. L’ONG s’oppose au brevetage du vivant et à ce que les ressources d’eau potable de la planète soient soumises à des intérêts commerciaux. Le Coopérateur agricole a rencontré, en novembre dernier, à Valleyfield, celui qui ne craint pas de se mesurer aux plus grands pour venir en aide aux plus petits.

Expliquez-nous plus en détail en quoi consiste l’organisation Développement et Paix.

Luc Cyr : Développement et Paix est une organisation catholique qui a été fondée en 1967 par la Conférence des évêques catholiques du Canada. Elle est soutenue financièrement par une quête spéciale, une fois l’an, dans toutes les églises catholiques du Canada, une collecte de fonds effectuée auprès de ses membres ainsi que par des subventions gouvernementales, notamment de l’Agence canadienne de développement international. L’organisme a pour mission de fournir de l’aide aux pays du Sud et d’y élaborer des projets de développement. Nos dons s’élèvent à quelque 20 millions $ annuellement. Au cours des 30 dernières années, Développement et Paix a soutenu 12 000 projets communautaires dans 70 pays et versé quelque 320 millions $.


De quels types de projets s’agit-il?

Luc Cyr : On privilégie les projets où il est question de justice et de dignité humaine. L’aide financière est accordée notamment à des projets de formation à l’emploi, de protection de l’environnement, de soins de santé communautaire et de réforme électorale. Chaque projet favorise l’autonomie des partenaires et tous les programmes de Développement et Paix mettent l’accent sur le rôle des femmes dans la communauté. Nous offrons également des secours d’urgence en cas de désastres naturels, guerres civiles et autres tragédies humaines. Nous travaillons toujours sur le terrain avec des acteurs locaux et notre soutien monétaire ne se perd pas dans un dédale administratif. Nous cherchons également à sensibiliser nos propres gouvernements aux problèmes vécus par les populations pauvres des pays du Sud. Par exemple, nous avons récemment accueilli des évêques congolais en mission au Canada. Nous les avons introduits auprès de différents dirigeants gouvernementaux afin de rappeler à ces derniers les très graves problèmes de corruption et de violence qui sévissent toujours au Congo. Des problèmes qui sont littéralement en train de ruiner le pays et d’hypothéquer l’avenir de sa population. La situation, bien que très critique, n’attire pourtant plus les médias et les pays riches semblent indifférents. Nos gouvernements se doivent d’intervenir.


Vous défendez également des causes qui touchent tant les pays du Sud que les pays du Nord.

Luc Cyr : Tout à fait. Par exemple, le brevetage du vivant, auquel la Conférence des évêques catholiques s’oppose, a été l’objet, pour Développement et Paix, d’une campagne de sensibilisation triennale menée auprès de la population canadienne qui s’est terminée en 2002. Cette campagne avait pour but d’informer les citoyens des dangers que représente le brevetage du vivant. De quel droit peut-on s’approprier le vivant, le patrimoine de l’humanité? Là est toute la question. Selon nous, personne ne possède ce droit et personne ne doit jamais le posséder. On s’y oppose donc farouchement.


Quels sont ces dangers?

Luc Cyr : Posséder l’essence même du vivant, de l’humain et, à la limite, posséder l’autre, n’a aucun sens. Détenir un droit sur des gènes, par exemple, met en péril, en les entraînant vers la famine, de nombreuses communautés agricoles et paysannes à travers le monde. Qui pourra cultiver le riz, le maïs et les pommes de terre, si certains des gènes que contiennent ces plantes vitales pour de nombreuses communautés rurales des pays du Sud appartiennent à de grands groupes agroalimentaires du Nord? Les paysans démunis qui auraient à payer de coûteuses redevances? N’y pensez pas. C’est inacceptable. Le patrimoine génétique de l’humanité ne peut appartenir à qui que ce soit. D’ailleurs, des gens et des organisations tiennent tête aux grandes entreprises. Pensons à
M. Schmeiser, un producteur céréalier de l’Ouest canadien qui, accusé d’avoir utilisé sans autorisation des semences brevetées et génétiquement modifiées, lutte à grands frais pour prouver qu’il n’en est rien. Dans un autre ordre d’idée, l’organisation Greenpeace est récemment parvenu à empêcher des cargos américains chargés de maïs génétiquement modifié et subventionné d’accoster dans les ports du Mexique. L’organisation soutient que ces arrivages massifs de maïs subventionné, donc disponible à un prix inférieur aux coûts de production locaux, anéantiront une culture millénaire qui, soit dit en passant, origine du Mexique, et dont dépendent les paysans pour se nourrir depuis des générations.


Votre campagne de sensibilisation a-t-elle été efficace?

Luc Cyr : Ça n’a pas été une bataille facile. Mais la campagne a fait son chemin. Nous avons amassé 256 000 signatures de citoyens canadiens qui s’opposent à toute forme de brevetage du vivant. Ces signatures, inscrites sur des cartes postales, ont toutes été expédiées au bureau de Pierre Pettigrew, ancien ministre du Commerce international. Je vous assure qu’il sait maintenant qui nous sommes. D’ailleurs, au sommet de l’OMC, à Cancún, en septembre dernier, où notre ONG était présente dans le cadre du sommet parallèle avec quelque 1 000 autres ONG pour faire entendre notre voix commune, nous avons eu l’occasion de l’approcher.

De même, nous y avons rencontré Susan Whelan, ancienne ministre fédérale de l’Agence canadienne de développement international qui, elle aussi, avait entendu parler de nous par l’entremise de cette campagne de sensibilisation. Nos idées progressent. Nous sommes telle la petite pierre qui, logée dans notre chaussure, nous agace et nous contraint d’interrompre notre route…


En quoi consiste votre présente campagne de sensibilisation?

Luc Cyr : L’eau. L’eau : la vie avant le profit. Voilà le thème de notre nouvelle campagne triennale de sensibilisation qui s’est amorcée en 2003. Nous mettons tout en œuvre pour contrer quelque forme que ce soit de privatisation des sources d’eau. L’eau est un bien commun de l’humanité qu’on ne peut privatiser et vendre au plus offrant. L’eau appartient à tous et chacun sur cette Terre. Selon nous, un des droits fondamentaux des citoyens de la Terre est d’avoir un accès facile à une source d’eau potable. Tout comme pour le brevetage du vivant, la privatisation des sources d’eau va à l’encontre de ce que prône notre organisation, à savoir la collaboration, l’entraide et la fraternité entre tous les peuples.




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