Le 13 novembre dernier, à Drummondville, avait lieu le deuxième colloque organisé par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Sous le thème La gestion des engrais organiques dans les régions de fortes concentrations animales : faire mieux au moindre impact!, l’événement a attiré plus de 600 personnes.

L’IRDA est une corporation de recherche à but non lucratif dont le principal mandat est de réaliser des activités qui permettent l’avancement des connaissances et le développement des technologies nécessaires à la protection de l’environnement et à la mise en valeur des systèmes agroalimentaires. La gestion des engrais organiques dans les régions à fortes concentrations animales est un défi de taille. L’IRDA a donc réuni plusieurs spécialistes pour brosser un tableau de la situation et traiter des différents moyens permettant de relever ce défi.

Tout d’abord, il incombe de rappeler l’importance de caractériser ses engrais organiques (volume produit annuellement et contenu en éléments fertilisants) à la ferme. En effet, les résultats de recherche montrent une grande variabilité des données obtenues sur une ferme par rapport à une autre. Parmi les facteurs qui contribuent à cette variabilité, on évoque notamment le mode d’abreuvement des animaux en production porcine, la présence d’un toit sur la structure d’entreposage et le type d’alimentation.

Ensuite, il est possible d’établir si une entreprise agricole est en situation de surplus selon différents critères. À l’aide de bilans (agronomiques, à la surface du sol ou de phosphore), nous pouvons déterminer si une entreprise est en équilibre par rapport aux besoins et aux prélèvements de ses cultures et par rapport à la réglementation (Règlement sur les exploitations agricoles).

Parmi les moyens suggérés par les spécialistes invités à se prononcer sur les solutions à la problématique des entreprises en surplus d’engrais organiques, mentionnons la séparation des lisiers (fractions liquide et solide), le traitement des lisiers, l’utilisation des engrais organo-minéraux et une meilleure utilisation des engrais de ferme.


Séparation des lisiers (fractions liquide et solide)
Il est possible de séparer les fractions liquide et solide des lisiers en utilisant différents équipements. Les centrifugeuses sont des équipements de séparation qui, selon les résultats des essais présentés à ce colloque, offriraient une solution intéressante. Le système de séparation sous les lattes est également une technologie à considérer pour les producteurs ayant des surplus de phosphore.

Les deux fractions obtenues suite à la séparation possèdent des caractéristiques différentes permettant de mieux cibler leur utilisation. Par exemple, la fraction liquide, riche en azote et en potassium, pourrait être utilisée directement à la ferme sur les cultures exigeantes en ces éléments. Quant à la fraction solide, plus riche en phosphore et en matières sèches, elle pourrait être transportée vers une ferme réceptrice ou valorisée sous forme de compost ou d’engrais organo-minéral. Cette dernière requiert une moins grande capacité de stockage et son transport est facilité. Par contre, elle nécessitera l’achat de nouveaux équipements pour l’entreposer et l’épandre.

Traitement des lisiers
Il existe plusieurs procédés de traitement des lisiers. Les technologies présentées sont Biosor Lisier, Biofertile F et Bio-Terre. Cependant, au Québec, leur utilisation est encore très limitée. Parmi les raisons évoquées, mentionnons leur coût élevé, le défi difficile de traiter une matière aussi chargée à un coût acceptable ainsi que l’implication financière limitée des gouvernements. Le traitement comporte plusieurs avantages : la réduction des coûts de transport, la réduction des pathogènes et des odeurs ainsi que la stabilisation des éléments fertilisants. Hormis la mise au point de ces technologies, il est important de se rappeler que le succès de cette filière dépend de plusieurs autres facteurs, dont son financement, l’évaluation des surplus et la valorisation des produits issus de ces traitements.


Engrais organo-minéraux (EOM)
Par définition, un engrais organo-minéral est constitué de matières d’origine minérale (azote, phosphore et potassium) et de matières organiques (tourbe, compost, biosolides de lisier de porc) prémélangées et granulées. Les propriétés de l’EOM contribuent à réduire la fixation du phosphore (forme orthophosphate soluble) par l’aluminium dans les sols minéraux, rendant ainsi le phosphore plus disponible pour la plante, donc plus efficace. L’utilisation d’EOM à base de biosolides de lisier de porc permettrait donc d’atténuer l’effet négatif du phosphore sur l’environnement, en offrant un marché intéressant pour la valorisation des produits générés par le traitement des surplus de lisiers.

Notons que pour l’instant, un seul EOM est commercialisé. En effet, le réseau coopératif possède l’exclusivité de la distribution de l’Hyper P, EOM dont la source de matière organique utilisée est la mousse de tourbe. (Voir article Hyper P, pour une production durable et rentable du maïs).


Meilleure utilisation des engrais de ferme
En utilisant mieux les engrais de ferme, il est possible de réduire les pertes d’éléments nutritifs (particulièrement l’azote) responsables de l’enrichissement des sols, du transport de ces éléments vers les puits, les eaux de surface ou souterraines et l’eutrophisation des plans d’eau. Par une meilleure utilisation, on a évoqué, entre autres :

- Une bonne rotation des cultures, incluant des cultures à faibles rejets azotés (prairies, soya, céréales à paille);
- Une période d’épandage ciblée permettant de maximiser l’efficacité fertilisante des engrais de ferme (lisier versus fumier pailleux);
- Une régie d’épandage visant à minimiser la présence d’engrais de ferme à la surface du sol durant les périodes printanière et automnale (risque de pluie élevé).

Finalement, la présentation du banc d’essai de Saints-Anges, dans la région de Chaudière-Appalaches, a démontré que plusieurs actions pouvaient être envisagées par les entreprises en surplus pour atteindre l’équilibre du bilan phosphore. Pour ce projet, 45 entreprises ont participé et dans le cas des entreprises en surplus, les solutions proposées étaient qualifiées de « douces ». Par exemple, des changements dans la régie d’élevage, une diversification de la rotation des cultures, des ententes d’épandage ou des réductions de phosphore dans l’alimentation et la fertilisation minérale.

Ce colloque nous a présenté plusieurs solutions au problème de surplus. Les producteurs peuvent donc, dès maintenant, choisir parmi les différentes méthodes, celle la mieux adaptée à la situation de leur ferme.

Colloque en agroenvironnement 2003
Les conférenciers invités :
Denis Côté (IRDA), Pierre Beaudet (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec), Christine Landry (IRDA), Léon-Étienne Parent (Université Laval), Marcel Giroux (IRDA), Daniel-Yves Martin (IRDA) et Sylvain Pigeon (BPR Groupe-conseil).

* L’auteure est experte-conseil en agroenvironnement à la Coopérative fédérée de Québec.




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