Ils étaient 27 finalistes à se mesurer dans le cadre de la dixième édition du Grand Prix de l’Entrepreneur d’Ernst & Young. Reconnus comme des leaders de leur secteur économique respectif, neuf d’entre eux ont défilé sur le prestigieux podium des lauréats. Parmi ceux-ci : Stéphan Dolbec, premier vice-président de l’entreprise Patates Dolbec inc. »



Son regard est vif et généreux, sa personnalité bien attachante, son discours sobre et très reconnaissant. Son intérêt à faire pousser et à vendre des patates est intimement lié à la satisfaction qu’il a d’avoir repris les commandes de l’entreprise fondée par son père, décédé il y a onze ans. Âgé de 31 ans, Stéphan Dolbec assume la direction générale de la compagnie d’une manière très décentralisée. « Je ne suis pas le gars qui fait tout, fait valoir le plus jeune des lauréats 2003 du Grand Prix de l’Entrepreneur d’Ernst & Young. La régie des cultures est sous la responsabilité de Vital Béliveau qui œuvre dans la pomme de terre depuis 30 ans et tout le domaine de la gestion administrative relève de Denis Perreault, notre comptable. Mes forces sont dans la supervision générale des opérations et dans le développement des marchés », précise Stéphan. On m’a pourtant dit que tu étais particulièrement doué dans la gestion de la main-d’œuvre… « Je me débrouille assez bien, reconnaît-il bien humblement. J’aime trouver des idées pour motiver les employés et je participe à toutes leurs activités. » Depuis deux ans, 3 000 $ sont alloués en bourses d’études aux étudiants ayant travaillé durant l’été chez Patates Dolbec. « C’est une façon d’appuyer les jeunes de Saint-Ubalde et, en même temps, de les encourager à revenir travailler chez nous la saison suivante », souligne le directeur général.


Parcours du jeune dirigeant
Pourtant, Stéphan Dolbec fait partie des décrocheurs de sa génération. « Je n’aimais pas l’école, explique-t-il. Je préférais travailler dans les champs ou à l’usine d’emballage. J’avais 15 ans, lorsque j’ai quitté l’école secondaire d’ici pour aller étudier en Floride. J’y suis demeuré pendant deux ans. C’était le souhait de mon père, poursuit Stéphan. Une condition pour que je revienne travailler au sein de l’entreprise. Il a toujours souffert de ne pas comprendre la langue des affaires et sentait bien que l’anglais était essentiel pour développer les marchés du côté des États-Unis. » Loin des siens, sa première année chez les Floridiens a été bien éprouvante. « Je demeurais au condo de mes parents et j’étais inscrit à l’école secondaire de la région. J’ai trouvé le séjour là-bas difficile, mais aujourd’hui je ne regrette rien. Je suis même content que mon père m’ait poussé à vivre cette expérience. »

De retour au pays en 1988, son père l’engage à titre d’adjoint aux ventes. Son rôle sera de développer des marchés en direction des États-Unis. « Mon père avait commencé à percer le marché américain, mentionne le chef d’entreprise. En 1988, le volume exporté représentait environ 2 % des ventes. Aujourd’hui, il se situe à 35 %. Un pourcentage que l’on vise à maintenir, fait valoir Stéphan et pas nécessairement augmenter. Nous voulons progresser sur les marchés d’ici tout en maintenant notre volume du côté américain. Notre objectif, qui était également celui de mon père, est de diversifier au maximum les marchés. De cette manière, si un acheteur nous laisse tomber, l’entreprise est moins vulnérable. »

Jusqu’en 1994, l’actuel vice-président de Patates Dolbec travaille sous la supervision de son père Herman et apprend progressivement le métier de vendeur tout en maîtrisant de plus en plus les rouages de l’entreprise. « J’ai développé mes habiletés sur le terrain, explique Stéphan. J’y trouvais ma place et j’avais part aux décisions importantes. » Survient le décès tragique de son père, une réalité qu’il n’avait pas prévue. Stéphan reste discret sur cette période charnière où il doit reprendre les rênes de la compagnie. Sa mère Francine qui, de tout temps, a aidé et secondé son mari Herman, devient présidente légale de Patates Dolbec inc. et encourage Stéphan à suivre les traces de son père. « Il y avait déjà une bonne équipe en place, admet le premier vice-président. Mon père a toujours su bien s’entourer et je crois que je lui ressemble sur ce point. Tous les employés clés m’ont appuyé dans ce rôle et m’ont fait confiance. » D’évidence, on ne devient pas patron du jour au lendemain. Il faut savoir faire sa place, tout un défi lorsque l’on n’a que 22 ans. Cette période a été plutôt difficile, poursuit Stéphan, mais dans l’ensemble j’ai été assez chanceux. L’aide répétée du vérificateur comp-table de l’entreprise, Jean-Luc Picard, en fait foi. « C’est grâce à lui, si je suis capable de bien lire les états financiers et de bien comprendre la gestion des affaires, souligne Stéphan. Il m’a enseigné la comptabilité et les finances, un peu comme si j’étais son propre employé. »

Aujourd’hui, le jeune dirigeant maîtrise bien son rôle au sein de Patates Dolbec inc. Engagé dans différents regroupements dont l’Associa-tion québécoise de la distribution de fruits et légumes, (AQDFL) et l’Association des emballeurs de pommes de terre du Québec, il est heureux de l’entreprise qu’il dirige et bien motivé par les défis à relever.


Profil de l’entreprise Patates Dolbec inc.
Michel Perron, Lise Delisle et Sylvain Lachance

Située à Saint-Ubalde, dans la région de Portneuf, l’entreprise de pommes de terre débute en 1967 avec l’achat par Herman Dolbec, de la terre de son père Adrien. Dès lors, la terre de deux acres est entièrement consacrée à la culture de patates. Peu d’années après, un centre d’emballage est construit afin de permettre au propriétaire d’assumer lui-même la distribution des tubercules. L’entreprise agricole amorce une expansion par l’achat progressif des terres environnantes. En 1985, la ferme possède déjà 1 000 acres de terres. Actuellement, la superficie totale des terres acquises et cultivées s’élève à 7 000 acres. « Ce qui explique l’ampleur actuelle de la production, mentionne Stéphan, c’est que depuis les tout débuts, les ventes ont pratiquement toujours augmenté. Mon père a réussi à se positionner auprès des distributeurs de grandes chaînes et a toujours cherché à améliorer le produit, à l’adapter aux besoins des consommateurs. Nous avons été les premiers au Québec à offrir des patates lavées et prêtes à manger. » C’est une culture d’entreprise qui se poursuit avec la troisième génération. Le successeur fait valoir sa vision : « Nous priorisons la diversification dans nos marchés et la recherche constante d’une distinction particulière. »

Natasha Gaudreault et Carmen Dolbec

En 1996, Patates Dolbec inc. mettra en place une usine de transformation pour diversifier ses marchés. « Nous avons commencé à transformer à Saint-Ubalde, l’équivalent de 50 000 livres de patates par semaine, précise le vice-président. » Deux années plus tard, l’entreprise acquiert une deuxième usine, située à Vanier dans la région de Québec. Les buts consistent à augmenter le volume transformé, à se rapprocher des marchés de la grande région de Québec et à regrouper les activités de transformation. Aujourd’hui, l’usine Légubec traite des pommes de terre et plusieurs légumes. En patates, on parle d’un volume d’au-delà de 300 000 livres – 136 364 kilos – par semaine. Sur un chiffre d’affaires de près de 20 millions $, 70 % des revenus sont générés par les pommes de terre emballées, 20 % par les produits de transformation et 10 % par les grains.

Par année, Patates Dolbec inc. produit l’équivalent de 1,5 million de sacs de 50 livres – 23 kilos – de pommes de terre. À ce volume, s’ajoutent 1 million de sacs de 50 livres, achetés à l’extérieur, pour être emballés ou transformés. À partir du mois de mai, l’entreprise importe des États-Unis pour pouvoir offrir aux chaînes de la patate nouvelle.


Coup d’œil sur la production
Nadia St-Pierre, Renée Angers, Jacqueline Deslisle et Louiselle Delisle

Les sols de Saint-Ubalde et des environs ont une texture pouvant varier entre un état très sablonneux à un autre très limoneux. « Ce sont des terres à patates, concède Vital Béliveau, responsable de la régie de production. Mais, il faut exercer une bonne rotation. On essaie de les maintenir aux deux ans avec le maïs et le canola ou le soya. Notre objectif est de pouvoir instaurer progressivement une rotation de trois ans. Pour cela, nous aurons besoin de terres supplémentai-res. » Patates Dolbec cultive 7 000 acres de terres, dont 25 % en location. Les pommes de terre s’étendent sur 2 600 acres, le maïs sur 2 400 acres et les autres grandes cultures, soit le canola, le blé, l’orge, le soya et les pois, occupent une superficie de 2 000 acres. Une dizaine de variétés de pommes de terre différentes sont produites chaque année. Certaines sont hâtives (Supérieur, Éramosa, Norland, Gold Rush, etc.), et d’autres plus tardives (Chieftain, Yukon Gold, etc). À ce chapitre, précisons que depuis plus de six ans, Patates Dolbec travaille en collaboration avec l’Université Laval et Agriculture et Agroalimentaire Canada pour, entre autres, évaluer des variétés de semences et étudier différentes régies de culture. Selon le directeur général, l’entreprise envisage actuellement la possibilité de produire de la patate biologique.

Michel Lahaie

« Vous en parlerez à Vital pour avoir son avis là-dessus, a mentionné en souriant M. Dolbec. Ce n’est pas le plus convaincu. » M. Béliveau acquiesce. « Ça fait 30 ans que je fais pousser des patates. C’est déjà difficile de produire en régie conventionnelle, je ne vois pas comment on peut arriver à produire quelque chose de beau sans pesticides sur de grandes superficies. » Depuis les dernières années, les principaux ennemis de cultures sont les pucerons et les altises, le doryphore étant beaucoup mieux contrôlé.


Partenariat entre Patates Dolbec et trois coopératives
Une société en nom collectif du nom de Centre d’Engrais Portneuf-Mauricie a été créée en 1999. Il s’agit plus précisément d’un partenariat entre l’entreprise Patates Dolbec inc., CoopPLUS, coopérative agricole Champlain-Laviolette, la Société coopérative agricole de Saint-Ubalde et la Société coopérative agricole régionale Saint-Casimir. « C’était une façon pour nous de diminuer et de stabiliser nos coûts liés à l’achat d’engrais minéraux, explique Denis Perreault, comptable responsable de la gestion administrative chez Patates Dolbec. Avant ce partenariat, l’achat d’engrais était à renégocier chaque année avec différents fournisseurs. Or, nos besoins représentent un volume d’environ 2 500 tonnes par année, soit 60 % du volume total transigé par le centre végétal. » Pour sa part, le centre végétal opérait avec un volume d’environ 2 000 tonnes alors que les infrastructures permettaient un volume de plus de 4 000 tonnes. Par conséquent, le joint venture créé avec Patates Dolbec inc. a permis au Centre végétal d’augmenter son volume et de rentabiliser ses activités. Pour Patates Dolbec, l’entente lui assurait un coût d’engrais qui soit concurrentiel et un approvisionnement à proximité situé au centre de ses terres. Pour ce qui est de la Coopérative fédérée de Québec, elle s’est tout simplement retirée. Selon le comptable, il s’agit d’un bel exemple de partenariat gagnant-gagnant.

Marie-Christine Sennecheau, Véronique Julien, Linda Landry, Guylaine Dionne, David Bertrand et Daniel Lavoie

« Nous sommes très satisfaits de cette entente, poursuit Denis Perreault. Nos relations sont très bonnes. À l’époque, au moment de la création du Centre d’engrais Portneuf-Mauricie, nous aurions aimé faire le même genre d’arrangement pour ce qui est de nos produits de protection des cultures. Nos besoins en pesticides sont également très élevés compte tenu des 7 000 acres de terres en culture. » Il y a trois ans, Patates Dolbec inc. signait une entente avec trois autres producteurs de pommes de terre de l’Est du Canada dans le même but, soit celui de créer un regroupement d’achats de pesticides, éliminant la marge de profit des fournisseurs et diminuant ainsi les frais liés à la régie des cultures.


La production de pommes de terre au Québec
Selon les données de la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec, il y a au Québec 400 fermes spécialisées dans la culture de pommes de terre. Répartie sur un peu plus de 19 500 hectares de terres de superficie productive, la récolte totale de pommes de terre s’élevait, en 2002, à 444 300 tonnes, soit 10 % de la production canadienne. Le volume récolté par Patates Dolbec inc. représente près de 10 % du volume total de pommes de terre produites chez nous.

* L’auteure est journaliste.




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