L’importance de la période de transition, qui s’échelonne sur six semaines, soit trois semaines avant et après la parturition, n’est plus à démontrer. La plupart des producteurs laitiers en sont aujourd’hui convaincus. Rappelons-en tout de même les trois principaux objectifs : préparer un vêlage sain qui minimisera les désordres métaboliques et favorisera la naissance d’un veau en santé, assurer une production optimale durant la prochaine lactation et préparer la prochaine période reproductive.



Les raisons qui justifient une période de transition sont donc bien connues et les besoins nutritionnels qui y sont associés, de plus en plus définis. Malgré cette grande précision alimentaire, nous réalisons que les résultats peuvent souvent varier. Certaines situations peuvent même parfois être très choquantes. Le programme alimentaire est suivi à la lettre et, malgré tout, vous n’obtenez pas 100 % de succès! Que se passe-t-il? Il faut alors se rappeler que vous travaillez avec des êtres vivants et, bien que l’alimentation soit un facteur de réussite très important, le succès de la période de transition dépend de plusieurs autres éléments.

Dr Overton, chercheur à l’Université de Cornell, a énuméré, dans un de ses articles scientifiques, le « Top 10 » des raisons pour ne pas rencontrer les objectifs d’une bonne période de transition. Bien entendu, l’alimentation faisait partie du palmarès, mais on y retrouvait aussi l’absence d’un protocole de traitement pour les désordres métaboliques (c’est-à-dire un suivi rigoureux des vaches au vêlage qui permet de réagir plus rapidement aux anomalies), les vaches trop grasses, la propreté des stalles de vêlage, la surpopulation des stalles de vêlage, la qualité et la quantité d’eau disponible, les rations trop ou pas assez denses, etc.

Une transition échouée se traduira d’abord par une augmentation des désordres métaboliques. On rencontre des désordres qui peuvent être reliés au bilan minéral (fièvres du lait ou œdèmes mammaires), au bilan énergétique, (acétonémies, acidoses) et/ou à l’immunité (rétentions placentaires, métrites, mammites, etc.).

Les causes majeures de l’immunosuppression

1 - Les changements hormonaux importants en période de parturition.

2 - La qualité de la ration : les apports en énergie et protéine (Goff, 1999) et d’autres nutriments
(vitamines A et E, Se, Cu, Zn, B-carotène, etc.) sont déterminants pour la production d’anticorps.

3 - Le stress, phénomène naturel au moment du vêlage, diminue la consommation volontaire de matière sèche, donc, l’apport en nutriments, et augmente la mobilisation des graisses. On sait que certains désordres métaboliques sont causés par une baisse de l’immunité et que la baisse d’immunité peut être causée par le stress. Mais encore, qu’est-ce qui cause le stress? Au moment du vêlage, la vache vit des changements métaboliques importants, incontournables qui augmentent le stress. Cela est normal, car un certain niveau de stress est essentiel. Il faut seulement qu’il ne soit pas trop élevé ni trop long.

Les diverses infections sont également des facteurs de stress (mammites, métrites, etc.), tout comme le surpeuplement, l’inconfort, les températures extrêmes et la qualité des fourrages. En fait, les facteurs de stress sont presque infinis. Ce qu’il faut comprendre, c’est l’effet additif des facteurs de stress. Dr James Drackley, de l’Université de l’Illinois, très respecté pour ses recherches, notamment sur la période de transition, expliquait d’une façon imagée l’effet additif du stress. On constate que plus les facteurs de stress s’additionnent, plus les ressources nécessaires pour la défense augmentent, laissant
toujours de moins en moins de ressources pour la production, et ce, jusqu’à l’atteinte du point de non-retour où apparaissent les désordres métaboliques. Le stress est donc largement responsable de l’immunosuppression.

4 - Des réactions inflammatoires résultant de blessures causées par de l’inconfort ou une infection feront chuter l’immunité. Il a été démontré que, à la suite d’une inflammation, les besoins d’énergie nécessaires pour la maintenance augmentaient de 40 %, et ce, en sachant que l’animal en période de transition est bien souvent déjà en déficit énergétique.

5 - La condition de chair de l’animal exerce une pression directe sur l’immunité. Il a été démontré que l’immunosuppression était beaucoup plus prononcée chez les vaches avec des conditions de chair élevées (Ž à 4).

6 - L’exercice peut avoir des effets bénéfiques sur l’immunité. Des recherches récentes ont démontré que des vaches qui avaient marché 1,25 heure/2 jours, de 70 jours à 40 jours avant le vêlage, et 1,5 heure/2 jours, 40 jours avant le vêlage, ont démontré 38 % moins de désordres métaboliques.

7 - D’autres chercheurs ont révélé que la saison (ou la photopé-riode) influençait l’immunité. Contrairement à ce que certains pourraient croire, les vaches qui n’étaient exposées qu’à huit heures de lumière durant la période de tarissement et de transition avaient des niveaux d’anticorps significativement plus élevés. En outre, la qualité du colostrum des vaches qui avaient vêlé durant l’hiver était significativement plus élevée (tableau 1).

Influence de la saison sur la qualité du colostrum
Immunoglobuline
mg/ml
Hiver :
99,2a
Automne :
89,3b
Été :
85,2c
(a,b p<0,05)

Tableau 1


Le protocole d’évaluation se fait en quatre étapes :
1. La prise de la température
2. L’identification et le contrôle de la mammite
3. La tenue d’un registre des désordres métaboliques
4. L’évaluation de la propreté de l’environnement périvêlage.


Figure 1


On sait que, au moment du vêlage, les vaches subissent une baisse considérable de leur immunité. Ce phénomène s’appelle l’immunosuppression. On note, alors, une diminution importante des mécanismes de défense ou anticorps, jusqu’à 40 % de diminution des neutrophiles et 30 % de diminution de certains lymphocytes. C’est, entre autres, ce qui explique pourquoi les premiers jours précédant ou suivant le vêlage sont les plus critiques pour les risques d’infections.

Les preuves sont faites : l’immunité est un facteur essentiel au succès de la période de transition. Bien que l’alimentation soit essentielle au maintien de l’immunité, l’environnement joue également un rôle majeur. C’est pourquoi le mouvement coopératif lançait, l’automne dernier, un protocole d’évaluation de la santé des vaches en transition. Dr Overton mentionnait l’importance d’un tel programme dans son « Top 10 ».

Le protocole aide à visualiser la problématique, à cibler les points faibles, à limiter les dégâts par une réaction plus rapide, à faire réaliser l’importance de l’environnement et à valider les corrections apportées.

La hausse de température corporelle se manifeste souvent 24 à 48 heures avant les signes cliniques. Pour augmenter la vitesse de détection des désordres métaboliques et en minimiser les répercussions, la température devrait être prise quotidiennement pour une période de dix jours après le vêlage. Le diagnostique est rapide et le temps nécessaire, environ 20 secondes, permet de vérifier l’attitude de la vache (a-t-elle l’air malade?), son appétit et la texture du fumier. Des études ont permis de détecter que les hausses de température étaient plus fréquentes les dix premiers jours suivant le vêlage (Kinsel, 1999).

Dr Risco, de l’Université de la Floride, a élaboré une marche à suivre en fonction du diagnostique (figure 1).

Le protocole suggère également un contrôle et un traitement systématique de la mammite au tarissement. Les périodes les plus propices à la mammite sont le vêlage et le tarissement (figure 2). Un traitement systématique au tarissement minimise les infections, la réforme et augmente la qualité du lait. Effectuer des tests de dépistage de la mammite 36 à 48 heures après le vêlage à l’aide du test de la mammite de la Californie (CMT) aidera à minimiser les nouvelles infections dans le troupeau. La compagnie Pfizer, grâce à son programme Q-Max, prône également le dépistage de la mammite.

Figure 2

Nous avons également développé une fiche CO-OP pour évaluer la transition et qui a pour but de maintenir un registre ou un historique des différents désordres métaboliques et conditions de chair des vaches au vêlage. Cet outil permet de visualiser les désordres les plus fréquents et les sujets les plus touchés (multipares ou primipares) et de répondre à certaines questions. Y a-t-il une relation avec la condition de chair? Y a-t-il des saisons plus problématiques? De plus, cet outil permet de cibler le problème plus rapidement et d’apporter des modifications (figure 3).

Figure 3

Le 4e point du protocole consiste à évaluer l’environnement. Puisqu’il s’agit d’une question plutôt subjective, l’Université du Wisconsin a développé une approche quantitative. À partir de 27 fermes, des chercheurs ont créé une charte d’hygiène (cotes 1 à 4) pour évaluer la propreté des animaux au niveau des pattes, du pis et des flancs (figure 4). Ils ont ainsi pu établir une relation directe entre la quantité de cotes supérieures ou égales à 3 et le pourcentage de nouvelles infections mammaires mensuelles (figure 5). En bref, plus les animaux sont malpropres, plus il y a de mammites. La malpropreté est donc un facteur de stress important.

Figure 4

Figure 5


Les chercheurs proposent même des références afin de pouvoir se comparer à la moyenne et, au besoin, de s’améliorer (tableau 2). Encore une fois très sensibilisée par l’importance de l’environnement, la compagnie Pfizer, avec son programme Q-Max, fournit des références photos des cotes 1 à 4 qui facilitent de beaucoup le travail d’évaluation de l’environnement.

Tableau 2

En somme, la transition est une étape cruciale à l’atteinte des objectifs des producteurs laitiers d’aujourd’hui. Si on veut rester dans la lutte, on se doit de favoriser une production optimale par un vêlage sain et une période reproductive fructueuse. L’alimentation est un élément important, mais il n’est pas le seul. Les facteurs environnementaux qui augmentent le stress doivent être sérieusement pris en considération.

* L’auteur est spécialiste en nutrition des ruminants à la Coopérative fédérée de Québec.




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