Quelles doivent être les réserves corporelles des truies à la mise bas et comment doit-on les alimenter durant la gestation afin qu’elles soient dans un état de chair adéquat à la mise bas? Ces questions sont très pertinentes quand vient le temps de maximiser la productivité. Mais des essais réalisés à la Ferme de recherche CRF, à Frampton, révèlent qu’il est tout aussi important qu’elles aient un bon état de chair à la saillie.

À partir des informations disponibles actuellement, nous comprenons mieux la complexité des différentes périodes de gestation et nous savons davantage comment intervenir pour améliorer la productivité des truies.




Gestion des réserves adipeuses
Il nous apparaît évident que le premier élément à évaluer pour améliorer et maintenir une productivité élevée des truies est la gestion des réserves adipeuses. Le meilleur programme alimentaire pour truie ne serait pleinement efficace s’il entraînait le développement d’états corporels inadéquats.

La gestation est une période du cycle souvent négligée sur les plans de l’alimentation et de la gestion des réserves corporelles. À ce stade du cycle, la simplicité domine. Trop souvent, les truies alignées dans les cages de gestation, reçoivent à peu près toutes la même quantité d’aliments, et ce, sans trop se soucier de leur état d’adiposité. Paradoxalement, à la naissance, nous voulons des résultats élevés qui sont souvent dignes de haute voltige : un nombre de nés vifs le plus élevé possible, des porcelets vigoureux et lourds, un nombre maximum de truies en bonne condition de chair.


Maximiser ses résultats
L’état des réserves corporelles des truies influence de façon importante plusieurs paramètres de production et de reproduction. Un état de chair adéquat à la mise bas permet de maximiser la prise alimentaire des truies et la croissance de la portée (figures 1 et 2). Par contre, cet objectif d’état de chair à la mise bas n’est pas le seul facteur à considérer si nous souhaitons aussi maximiser la prolificité et le développement intra-utérin des porcelets. En effet, il semble que les truies doivent être dans un état de chair particulier à la saillie afin de maximiser le développement des embryons et obtenir un nombre élevé de porcelets nés vivants.

Figure 1

Figure 2


Selon nos analyses, la prolificité et le développement des embryons seraient influencés par l’état des réserves adipeuses à la saillie. Les données issues de la Ferme de recherche CRF montrent qu’il y a un lien entre le poids des portées à la naissance et l’épaisseur de gras dorsal à la saillie. Les truies ayant entre 12 et 18 mm de gras dorsal en P2 à la saillie, ont les poids de portée les plus élevés à la naissance (figure 3). Pour les truies les plus maigres, (14 mm et moins), les figures 4 et 5 indiquent que plus elles sont maigres au moment de la saillie, moins la prolificité est élevée et plus le poids moyen des porcelets pris individuellement à la naissance augmente. À l’autre extrémité, soit lorsque les truies sont grasses au moment de l’insémination (20 mm et plus), la prolificité est également réduite, mais cette fois-ci le poids moyen des porcelets à la naissance diminue.


Relation saillie/mise bas
Il importe de se rappeler que la relation entre l’épaisseur de gras dorsal en P2 à la saillie et celle à la mise bas est très étroite. De plus, il semble qu’au-delà d’une certaine épaisseur de gras (environ 20 mm), la truie a une capacité réduite à utiliser l’aliment ingéré pour augmenter ses réserves adipeuses dorsales durant la gestation (figure 6). En fait, il est possible que ces truies grasses aient une dépense énergétique plus élevée, ce qui réduit leur efficacité alimentaire. Le tissu adipeux sécrète certaines hormones qui inhibent l’appétit et augmentent le métabolisme basal et la dépense énergétique. Il est aussi possible que les dépôts adipeux soient localisés dans une région anatomique autre que dorsale (au niveau du fessier, par exemple), région qui n’est pas évaluée lorsque l’on utilise le site P2 comme référence.

Figure 3

Figure 4


Donc, à partir de ces observations, il semble qu’il y ait une fenêtre d’épaisseur de gras dorsal à viser à la saillie afin d’optimiser la prolificité et le poids des porcelets à la naissance. La plage optimale d’épaisseur de gras dorsal à privilégier à la saillie est entre 16 et 19 mm.

Les situations extrêmes d’épaisseur de gras dorsal à la saillie sont donc à éviter. Dans le cas des truies saillies avec une faible épaisseur de gras (14 mm et moins), une plus grande partie des apports nutritionnels durant la gestation sera utilisée pour le développement corporel. Cet état métabolique (reconstitution des réserves) semble être néfaste au développement embryonnaire et peut mener à des tailles de portée réduites. De plus, ces truies risquent d’arriver à la mise bas avec des réserves adipeuses insuffisantes, compromettant ainsi leur capacité laitière et le développement des porcelets pendant la lactation. Comme on l’a vu plus tôt, à l’autre extrémité, les truies saillies trop grasses (21 mm et plus) auront aussi une prolificité réduite et des porcelets de faible poids à la naissance. De plus, ces truies vont entrer en mise bas avec des réserves adipeuses très importantes et auront une prise alimentaire en lactation beaucoup plus limitée, sans parler des problèmes de locomotion et de mise bas longue qui surviennent davantage chez ce type de truies.

Figure 5

Figure 6


Enfin, puisque l’épaisseur de gras à la saillie est tributaire de ce qui s’est passé pendant la lactation précédente, et si on désire atteindre notre objectif d’adiposité à la saillie, il est primordial d’avoir une excellente régie en période de lactation qui permettra de maximiser la prise alimentaire et de minimiser les pertes de gras dorsal. Aussi, pour les cochettes, étant donné leur appétit plus limité, il est important d’utiliser des aliments plus concentrés, tel que Proli Lact Primi ou d’ajouter un complément à la ration régulière (Pro-Truie).

Enfin, cette recommandation d’épaisseur de gras dorsal à la saillie (16-19 mm) permet aux truies multipares d’atteindre la période de lactation avec une épaisseur de gras adéquate, soit entre 17 et 22 mm. De plus, cet état de chair maximise la prise alimentaire en lactation et la croissance des porcelets et minimise les pertes de poids et de gras durant la lactation.

Les recherches menées à Frampton nous permettent donc de conclure que la gestion des réserves corporelles des truies tout au long de leur cycle est un facteur important dans l’atteinte d’un haut niveau de productivité.


* Les auteurs sont respectivement responsable scientifique à la Ferme de recherche CRF, Frampton, et spécialiste en nutrition porcine à la Coopérative fédérée de Québec.




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