En 1995, la famille Lemieux, de L’Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, a choisi de diversifier ses activités en production ovine plutôt que d’augmenter le troupeau laitier. « J’ai fait des calculs et pour le même montant investi, le retour sur l’investissement était plus rapide en production ovine qu’en production laitière », lance Jacques Lemieux, copropriétaire de l’entreprise avec son épouse, Francine Lévesque, leurs deux fils, Pierre et Alain, ainsi qu’Amélie St-Jean, la conjointe de ce dernier, qui se joindra à l’équipe sous peu.

Alain Lemieux

Prudents, les Lemieux se sont fait la main pendant cinq ans avec une cinquantaine de brebis logées dans un vieux bâtiment converti. Le test s’avérant positif, en 2000, ils construisent une vraie bergerie de 15 mètres sur 38 (52 pieds sur 125) et augmentent le troupeau à 200 brebis. Cet été, ils bâtiront une bergerie froide pour loger les animaux en gestation ou en attente d’accouplement. Ce nouveau bâtiment permettra d’accroître le troupeau à 300 femelles. En outre, il sera adapté pour simuler, à l’aide d’un système de lumière, la photopériode qui influence le cycle de reproduction des brebis. Celles-ci s’accouplent naturellement des mois d’août à février.

« Il y a toujours des projets dans l’air, commente Jacques. Ce sont de gros investissements, mais on les récupère facilement parce que les revenus sont là.

Par exemple, une bergerie froide coûte 150 $ par brebis.

Le retour sur l’investissement est très rapide sachant qu’un seul agneau vendu rapporte presque ce montant. Le coût de la bergerie, construite en 2000, s’élevait à 500 $ par brebis. À presque 2,5 agneaux par brebis par année, le calcul de rentabilité est facile à faire. »


Bonne harmonie, bons chiffres
Jacques, âgé seulement de 52 ans, est atteint de la maladie de Parkinson. Bien qu’il demeure actif dans la gestion de l’entreprise, il est restreint sur le plan du travail physique. Il peut toutefois compter sur ses fils, Pierre, 24 ans, responsable du secteur laitier et Alain, 21 ans, responsable du secteur ovin. Les deux frères se partagent, en plus, les activités des productions végétales et de l’érablière. Dynamiques et innovateurs, ils possèdent une formation collégiale dans leur secteur respectif. En plus, ils ont du plaisir à travailler ensemble.

« Nous avons fait appel au Carrefour agricole Bas-Saint-Laurent », explique le père, très soucieux que l’entreprise ne soit pas qu’une affaire de chiffres, mais aussi de bonne harmonie. Cette organisation, parrainée par l’UPA, appuie les familles agricoles lors de leur transfert de ferme. Plusieurs réunions, assistées d’un psychologue, permettent aux membres des familles de mieux se connaître et de comprendre leurs réactions dans des situations données. « Dans une entreprise familiale, tu ne peux pas congédier un enfant ou un conjoint parce qu’il ne fait pas l’affaire, explique le bon père de famille.

La solution est d’apprendre à se parler quand quelque chose ne va pas. »


La bergerie
Le troupeau de 200 brebis est composé surtout d’hybrides Romanov-Dorset pour bénéficier des qualités de chacune des races. Les béliers, au nombre de six, sont de races Suffolk et Hampshire.

Pierre Lemieux

Le nombre d’agnelages par brebis se maintient à un taux appréciable de 2,82 aux deux ans. « Nous visons trois agnelages, précise Alain, alors que la moyenne provinciale est de 1,92. » Ces résultats sont atteints, d’une part, en pratiquant de bonnes méthodes de régie intensive et, d’autre part, en utilisant l’éponge à progestérone pour provoquer les chaleurs et déjouer la photopériode.

« La technique est efficace (95 à 97 % de réussite), commente le jeune producteur, mais elle est coûteuse : 700 $ par année. » C’est d’ailleurs pour réduire ces coûts que le nouveau bâtiment sera adapté à la photopériode du cycle de reproduction des brebis.

Le nombre d’agneaux sevrés par brebis par année est de 2,5 pour 78,9 kg de viande, alors que la norme provinciale est de 1,49 agneau sevré par brebis pour 55,7 kg de viande. « Notre faiblesse, commente Alain Lemieux, se situe dans le taux de mortalité (environ 15 %). Nous avons plusieurs brebis qui donnent entre trois et cinq agneaux par agnelage. Si nous pouvions tous les rendre à terme, ça améliorerait nos résultats. » Pour réchapper davantage d’animaux, les producteurs ont fait l’acquisition d’une louve qui permettra d’offrir du lait chaud, préparé avec la poudre Ovation Agno-Chevro, aux agneaux.

Pour les brebis en préparation à l’agnelage, Alain offre 500 g par jour de Trans Ovi et 20 à 30 g de minéral VIP.

La famille Lemieux : France, archiviste; Lise, diplômée en production laitière et employée d’une ferme laitière et ovine; Francine Lévesque; Pierre; Jacques et Alain

En lactation, il sert des grains mélangés produits à la ferme, avoine et blé, contenant environ 16 % de protéine. Il ajoute du minéral en poudre VIP. En période de tarissement,
il n’offre que de la paille.

Les agneaux sont alimentés à volonté de maïs humide, de minéral, de supplément 39 % additionné de Bovatec, ainsi que de grains mélangés.

Innovateurs, les Lemieux ont converti un chariot à ensilage électrique en chariot à moulée pour alimenter leur troupeau ovin : « Nous avons cinq compartiments avec “Proportionneurs” de quantité. Comme ça, les ingrédients sont mélangés et la bonne quantité est fournie à chaque groupe. »

Alain regroupe ses agneaux par strate de poids : de 20 à 30 kg; de 30 à 40 kg, etc. « Au fur et à mesure qu’ils grossissent, je peux jouer avec les proportions en moulée pour offrir plus d’énergie ou plus de protéines, selon le besoin. » Puis, ils quittent la bergerie à environ 48 kg de poids.

L’alimentation est supervisée par Amélie St-Jean, conjointe d’Alain, experte-conseil à Agriscar et spécialiste en production ovine.


Les autres activités
Le secteur laitier est composé de 45 vaches de race pure Holstein, dont 40 sont en lactation, et 44 taures. Pierre, responsable de cette production, vise à produire du lait en quantité et en qualité au moindre coût possible, et ce, en suivant un programme alimentaire à base des meilleurs fourrages et céréales produits sur la ferme. L’atteinte de ses objectifs passe aussi par la pratique plus fréquente de la transplantation embryonnaire et de toutes les techniques d’amélioration génétique. De plus, il veut que toutes les vaches de son troupeau portent le préfixe Lizière (voir les résultats techniques ci-dessous). « Présentement, 10 % de mon troupeau ne porte pas ce préfixe », lance le jeune homme, déjà père d’une petite fille de deux ans, Ariane, et d’un petit garçon de sept mois, Zachary.

Résultats techniques en production ovine
200 brebis, 6 béliers
78,9 kg de viande par brebis par année
Agneaux sevrés par brebis
par année : 2,5
Mortalité : ± 15 %
Agnelage/brebis/2 ans : 2,82
Intervalle agnelage : 8 mois
Résultats techniques en production laitière
40 vaches en lactation sur 45 (Holstein de race pure)
44 taures
89 têtes au total
Classification : 5 TB;
20 BP; 15 B
Moyenne de production
de lait : 9 234 kg
3,9 % gras – 3,4 % de protéine
MCR : 210-210-217

Le deux frères voient à la culture de grains et de fourrages de la plus haute qualité nutritive possible pour alimenter leurs animaux. Sur un total de 147 ha (98 ha sont leur propriété et 49 sont loués), 13 sont cultivés en maïs-grain; 46 en céréales (orge, blé, avoine) et 88 en fourrages.

Cinquante hectares sont en boisé et 3 000 entailles composent l’érablière. Les Lemieux y offrent des repas typiques préparés par Francine, organisent des parties de sucre, puis transforment et commercialisent leurs produits d’érable.

Il n’y a pas de doute, la Ferme Jacques Lemieux inc. est entre bonnes mains. Pierre et Alain connaissent bien leur secteur respectif, autant les forces que les faiblesses, et visent l’amélioration constante de leurs rendements.

Ils sont sensibles à l’équilibre qu’ils doivent établir entre la vie familiale et le travail et, surtout, ils se portent un grand respect. Pour la cinquième génération des Lemieux à s’installer sur ces terres agricoles de l’Isle-Verte, gageons que la lignée ne s’arrêtera pas là!




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés