Faire de l’engraissement à forfait en production porcine, c’est chose commune; par contre, être naisseur-finisseur à forfait, voilà qui est plus inusité! À la Ferme J.L.T. Vachon, de Lac-Etchemin, Lisa opère de cette façon depuis ses débuts en production porcine, en 1998. Pour elle, c’est une manière d’acquérir progressivement de l’expérience tout en s’assurant une certaine sécurité financière.

Joseph Vachon était éleveur de vaches-veaux quand une de ses filles, Linda, lui fait part de son intérêt pour la production porcine. Sans hésiter, il fait construire une maternité de 175 truies, une pouponnière de 600 places et un engraissement de 1 000 places. Par un concours de circonstances, Linda trouve un emploi à l’extérieur et c’est Lisa, sa sœur cadette, qui prend les rênes de l’élevage porcin. La jeune femme de 24 ans détient aujourd’hui 20 % des parts de l’entreprise et son frère Tony, qui s’occupe du secteur vache-veaux (150 vaches) avec son père, en détient autant.

Comment est-on rémunéré pour cette double tâche, quand on sait que la maternité exige beaucoup plus de temps et de soins que le travail en finition? « C’est comme en engraissement, explique Pascale Bilodeau, experte-conseil à la ferme des Vachon : un montant de base est payé pour chaque porcelet livré à l’abattoir, mais chez un naisseur-finisseur, ce montant est plus élevé que celui d’une entreprise ne faisant que de la finition. En plus, des bonis sont offerts en fonction notamment de la productivité des truies, du taux de mortalité en pouponnière et en engraissement, de la conversion alimentaire en engrais-sement et du pourcentage des porcelets expédiés dans la bonne strate de poids. » Bref, une formule qui incite à la performance.


Des saillies réussies
Lisa Vachon effectue les saillies 12 heures après la détection des chaleurs. Une deuxième insémination est effectuée 12 heures plus tard, et si la truie est encore en chaleur, une troisième insémination est pratiquée 12 ou 24 heures plus tard, selon la qualité de la deuxième saillie. Ainsi, le taux de réussite s’élève à 93 %.

Pour s’assurer que ses truies sont gestantes, la productrice utilisait ce qu’on appelle un doppler, un instrument à ultrasons qui, par les battements de cœur, indique si la truie est gestante. Mais cet appareil donne parfois de faux résultats positifs. Pour plus de précision, elle s’est procurée un échographe. L’investissement est de taille, 8 000 $, mais les résultats sont plus sûrs.


En mise bas
Lisa assiste toutes ses truies et les provoque lorsque nécessaire. Si l’une d’elles commence son travail à 18 heures, pas question de rentrer tranquille à la maison. La productrice restera jusqu’à la mise bas. « Je vis au rythme de mes animaux », lance la jeune femme passionnée de son métier.

Elle sauve beaucoup de porcelets en pratiquant les adoptions de toutes sortes. « Généralement, commente-t-elle, je place les petits porcelets avec les truies qui ont des mamelles étroites et longues. C’est plus facile pour eux de téter. Et je joins les gros porcelets vigoureux à mes plus vieilles truies qui ont généralement de grosses mamelles. » Elle tient aussi compte des rangs de portée en jumelant les plus petits aux truies qui sont à leur troisième ou quatrième portée et les plus gros aux plus vieilles truies.

Mentionnons que juste avant le sevrage, Lisa donne à ses porcelets une moulée Biberon d’abord servie avec de l’eau (en bouette), puis elle diminue la proportion d’eau au fur et à mesure que le jour du sevrage approche.


En pouponnière
« Pour mes plus petits, j’ai une infirmerie que j’utilise comme pouponnière. L’endroit n’est pas grand, donc facile à chauffer. Dans cet environnement confortable, je leur donne du lait en poudre Biolac et l’adaptation au sevrage se fait plus facilement. »

En pouponnière, les trémies sont sèches. Les porcelets de grosseur normale reçoivent une moulée Poupon +, servie avec de l’eau (une bouette) pendant près de deux jours pour réduire le stress du sevrage. Ensuite, ils sont alimentés avec de la moulée Exquise + et lorsqu’ils atteignent environ 15 kg, Lisa leur offre de la Hercule. Toutes ces moulées sont fournies par la SCA de Langevin.


En engraissement
Durant cette dernière étape de la finition, les porcelets reçoivent une alimentation multiphase, phases 2 à 6, selon leur poids. Mentionnons que toutes les moulées offertes au troupeau Vachon sont additionnées de phytase, un enzyme qui a pour effet de diminuer la charge de phosphore contenue dans les rejets.

La rigueur avec laquelle Lisa fait la pesée de ses animaux avant le départ vers l’abattoir lui vaut un taux de 95 % de porcs expédiés dans la bonne strate de poids.

Les petits détails entraînent parfois de grandes améliorations. « Le jour où en pouponnière et en engraissement Lisa a augmenté la dose de désinfectants, en suivant les recommandations apparaissant sur l’emballage, ses pro-blèmes de diarrhée ont diminué considérablement », fait remarquer Pascale.


L’alimentation des truies
En période de gestation, elle offre à ses truies une moulée Gestation 13 %. « Trois semaines avant la mise bas, j’augmente la quantité de 2,3 kg de moulée par truie par jour à 2,7 kg et j’ajoute du Pro-Truie, un supplément protéique et énergétique. »

Juste avant la mise bas, la productrice diminue un peu la quantité de moulée pour la remplacer par un repas de Transit. Tandis qu’après la mise bas, elle offre trois repas par jour de moulée Lactation 18 % de protéine. Pour les truies plus maigres et celles qui ont beaucoup de porcelets, elle ajoute du Pro-Truie.


Réforme et remplacement
Une truie qui n’offre pas 25 porcelets nés vifs pour ses trois premières portées est réformée. Lisa respecte ainsi un taux de réforme annuel de 40 %, ce qui contribue à baisser son IDSR (intervalle dernier sevrage réforme). Toutefois, si le taux de 40 % n’est pas atteint, Pascale suggère d’augmenter le barème de réforme à 26 ou 27 porcelets. L’agricultrice trouve ces exigences un peu élevées, mais l’experte-conseil explique qu’en ne faisant pas de la sorte, elle augmente le nombre de vieilles truies dans son troupeau, enregistre moins de porcelets nés vifs par truie et obtient des résultats globaux moindres.
Le renouvellement du troupeau se fait à l’aide de truies Alfa + Sogéporc, élevées par la SCA Langevin.

Considérant que le prix du bœuf n’est pas très élevé ces temps-ci, la diversification en production porcine a du bon pour la Ferme J.L.T. Vachon. Joseph, âgé maintenant de 76 ans, est encore vigoureux et le travail ne lui fait pas peur. Il est donc très proche des activités de la ferme et épaule volontiers sa fille et son fils pour leur permettre de mieux prendre la relève.

Résultats technico-économiques
Productivité : 25 porcelets sevrés par truie productive par année
Nombre de nés vifs par portée : 10,82
Nombre de portée par truie productive : 2,46
ISSF : 7,6
IDSR : 23,3
Aux derniers résultats provinciaux de l’AGREPP, l’élevage de la Ferme J.L.T. Vachon s’est classée parmi les dix meilleurs naisseurs, avec une productivité de 25 porcelets sevrés par truie.



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