La problématique de cohabitation liée aux odeurs que connaissent, entre autres, les producteurs de porc n’est pas causée uniquement par la production, mais surtout par le type de gestion des fumiers. Pour mieux réduire les odeurs, il importe de comprendre comment elles sont formées.



Les odeurs désagréables proviennent de la dégradation des déjections animales, principalement en condition anaérobique. Or, cette absence d’oxygène est plus importante dans les lisiers que dans les fumiers solides. Le virage que prennent, entre autres, certains producteurs laitiers en passant d’une gestion solide à une gestion liquide des fumiers n’améliore pas la situation.

Les odeurs se caractérisent selon l’intensité, la qualité et le degré de nuisance. Plusieurs facteurs en affectent la production et l’intensité :

Installation d’élevage (type, taille, emplacement, type de plancher, ventilation, etc.)
Pratiques d’élevage (nettoyage, alimentation, etc.)
Température (saison et climat)
Vent
Humidité
Poussière, etc.

D’où proviennent les odeurs? Des bâtiments (20 %), de l’entreposage (15 %) et de l’épandage (65 %). Diverses approches contribuent à réduire les odeurs : limiter leur formation, en restreindre leur libération, les traiter ou diluer leur effet dans l’air.


En provenance des bâtiments
Elles proviennent des animaux, des aliments, des fumiers et des différentes surfaces. Les moyens pour les réduire sont :

Maintenir l’intérieur des bâtiments propre;
Diminuer les superficies humides des planchers – le contact des déjections avec un milieu humide (eau ou urine) augmente la libération d’odeurs;
Diminuer les poussières – elles absorbent les odeurs;
Évacuer le lisier rapidement hors des bâtiments;
Choisir un type de ventilation approprié – la ventilation par extraction basse, par exemple, contribue à diminuer les odeurs à l’intérieur des bâtiments, mais augmente considérablement les odeurs à l’extérieur;
Choisir un plancher approprié – un plancher partiellement latté contribue moins au développement des odeurs qu’un plancher complètement latté;
Procéder au traitement de l’air – biofiltration, lavage, additifs, etc.;
Utiliser des additifs – les résultats à la ferme sont très variables. Avec plus de 150 composés volatils susceptibles de dégager des odeurs dans les lisiers, on comprend qu’une stratégie de réduction basée sur un seul de ces composés ne peut neutraliser l’ensemble des odeurs;
Séparer à la source les fèces de l’urine (voir explication ci-dessous);
Optimiser les rations alimentaires (voir explication ci-dessous).


Séparer à la source les fèces de l’urine
L’isolation sous les lattes (séparation des phases solide et liquide) offre, à moindre coût, un potentiel intéressant de réduction des émissions de gaz et d’odeurs (50 %), tout en facilitant la gestion des composés fertilisants du lisier. Ce procédé très prometteur fera l’objet de la prochaine chronique Environnement.


Alimentation
L’optimisation des rations peut également contribuer à réduire les odeurs à l’intérieur des bâtiments. Les odeurs proviennent d’un processus de dégradation, par les micro-organismes, des protéines et des fibres contenues dans les déchets métaboliques des animaux, des apports alimentaires excédentaires aux besoins de l’animal et des aliments gaspillés. Une meilleure digestion ou une diminution du gaspillage des aliments auraient donc un impact positif sur la réduction des odeurs :

Programme alimentaire adapté aux besoins des animaux en croissance (l’alimentation multiphase);
Diminution de l’apport en protéines brutes dans les rations, ce qui contribuera, tout en respectant les besoins alimentaires de l’animal, à réduire les rejets d’ammoniac et de soufre présents dans les protéines;
Équipements limitant le gaspillage;
Amélioration des performances zootechniques;
Granulation des aliments adaptée, etc.

À L’entreposage
En plus de réduire les odeurs, le recouvrement des fosses diminue le volume de lisier à épandre et, par le fait même, baisse les coûts d’épandage et augmente la valeur fertilisante des lisiers. De plus, on observe une augmentation de la capacité d’entreposage de la fosse de 15 à 35 %. Les différents types de recouvrement des structures d’entreposage sont les toitures rigides ou les toitures gonflables et les couvertures flottantes.

En contrepartie, comme une toiture étanche empêche la libération de gaz, la quantité de ceux-ci à l’intérieur du lisier sera plus grande et l’épandage risque d’être plus odorant. Une solution de rechange intéressante et peu coûteuse consiste en une couverture de paille soufflée sur la fosse (voir Le Coopérateur agricole, octobre 2003).

Mentionnons que d’autres mesures de réduction des odeurs peuvent être prises à l’entreposage, par exemple l’aération et le traitement chimique.

Par ailleurs, l’utilisation des haies brise-vent réduit la dispersion des odeurs émanant des bâtiments et des structures d’entreposage (voir Le Coopérateur agricole, janvier et
février 2003).


À l’épandage
L’épandage des fumiers et lisiers est le principal responsable des nuisances causées par les odeurs. Le brassage de la fosse, même s’il offre une meilleure homogénéisation, contribue à dégager plus rapidement les gaz odorants. De la même façon, l’aspersion haute lors de l’épandage occasionne le fractionnement du lisier en petites gouttelettes, offrant un plus grand contact avec l’air et créant un dégagement important des gaz.

Les deux pratiques ayant le plus d’impact sur la réduction des odeurs sont l’utilisation des rampes basses et l’incorporation des fumiers et lisiers aussitôt que possible après l’épandage. L’incorporation réduit également les pertes d’éléments fertilisants dans l’environnement. En outre, éviter l’épandage les fins de semaine et les jours fériés réduit les impacts négatifs qu’il entraîne sur la cohabitation.

Enfin, mieux vaut prévenir que guérir. Avant d’essayer de réduire les impacts des odeurs, il vaut mieux travailler à en prévenir la formation.


* L’auteure est conseillère en agroenvironnement à la Coopérative fédérée de Québec.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés