La Société coopérative agricole La Seigneurie a remporté, en février dernier, le titre Étoile-Coop 2004. Selon Jean-Yves Corriveau, le directeur général de l’entreprise dont le siège social est situé à Saint-Narcisse de Beaurivage, les trois forces qui ont fait d’elle une coopérative étoile sont les employés, les services aux membres et le développement, « marche par marche », de tous ses secteurs d’activité.


Jean-Yves Corriveau se garde bien de prendre tout le crédit de cette réussite. « Aux fins de cette entrevue, je ne suis que le porte-parole des employés et des sociétaires, tient à souligner celui qui œuvre à la Coopérative depuis plus de 35 ans. C’est une réussite d’équipe et je précise qu’elle ne s’est pas obtenue en un jour. C’est pourquoi, cette reconnaissance, je la partage avec tout mon monde. »

Jacline Brouard, secrétaire de direction. À l’emploi de la SCA La Seigneurie depuis 19 ans.

L’homme rend également hommage à ses prédéces-seurs aux conseils d’administration et à la direction générale qui ont su, génération après génération, depuis 1941, année de fondation de la Coopérative, bâtir et léguer un riche patrimoine. Jean-Yves Corriveau songe parti-culièrement à l’un d’eux, Normand Toutant, directeur général de la Coopérative de 1962 à 1984, qu’il considère comme son mentor. Soulignons qu’en 2001, les festivités du soixantième anniversaire de la Coopérative ont été l’occasion de publier un ouvrage de quelque 300 pages, intitulé Le temps passe, les écrits restent, relatant l’historique de l’entreprise.

Lancé en 2003 par la Coopérative fédérée de Québec, le concours de la Coopérative Étoile a pour but de révéler les forces et réalisations des coopératives qui composent le réseau CO-OP. Réparties en trois grandes régions au Québec (Est, Centre et Ouest), les coopératives participantes sont jugées en fonction de trois critères et des points sont accordés à chacun d’eux : gestion de l’entreprise (50 %), gestion des ressources humaines (20 %) et gestion de la vie associative (30 %). La SCA La Seigneurie figure dans la région Centre.

Bien entendu, le concours ne considère pas que les résultats financiers et le bilan social du dernier exercice de l’entreprise. Pour qu’une telle reconnaissance lui soit attribuée, une coopérative doit avoir fait ses preuves. Toutefois, une jeune coopérative peut tout aussi bien se distinguer qu’une coopérative ayant plus de 60 ans d’histoire.

La récipiendaire du titre Étoile-Coop reçoit, en guise de récompense, une magnifique sculpture conçue par l’artiste Hélène Coulombe et fabriquée dans les ateliers du musée du bronze de Inverness.

L’entreprise de Lotbinière accorde beaucoup d’importance aux valeurs familiales et à la conjugaison travail-famille. Jean-Yves Corriveau est fier de souligner que 17 des 19 employés du siège social de la Coopérative sont des femmes. « On ne fait pas de discrimination, dit-il.

De plus, on s’assure toujours que deux employés peuvent effectuer les tâches qu’exige chacun des postes de sorte qu’on ne se trouve pas désemparé lors d’un congé de maternité, de maladie ou encore lorsque l’un d’eux doit s’absenter pour assurer le bien-être d’un enfant. Le travail se fait sans que quiconque ne ressente de pression indue. Cela ne signifie pas pour autant que l’on se la coule douce, loin de là. Un employé respecté et qui sait que l’on a con-fiance en lui travaille mieux. »

L’accueil des nouveaux employés est un aspect auquel on attache aussi beaucoup de considération. Le nouvel employé visite toutes les installations de l’entreprise et prend connaissance des divers services offerts aux membres. Il est également mis au fait de tous les dossiers : budget, code de déontologie, assurances, états financiers, production de porcs à forfait, contrats divers, etc. C’est ce que Jean-Yves Corriveau appelle familièrement « faire le tour du classeur », un outil qu’il consulte d’ailleurs quotidiennement des dizaines de fois.

« Il importe aussi de s’associer avec les bonnes personnes, de travailler dans les secteurs d’activité où l’on a de l’expertise et de savoir les développer étape par étape, enchaîne ce passionné de chasse et de pêche. Nous ne sommes pas des adeptes des coûts d’éclats qui, en bout de ligne, s’avèrent durs à gérer. » À ce chapitre, le conseil d’administration et la direction générale n’ont jamais hésité à mettre un terme aux activités peu profitables qui minaient l’entreprise. Le secteur de la machinerie agricole a été abandonné pour ces raisons. « Nous n’avions pas l’expertise et les bonnes personnes pour gérer ces activités », admet Jean-Yves Corriveau.

Pour s’assurer que les 115 employés de la coopérative peuvent relever les défis du secteur agricole et agroalimentaire, la coopérative prête une attention toute particulière à leur formation. L’entreprise consacre 2,4 % de sa masse salariale à ce chapitre. Les cours dispensés par l’Académie Coop sont amplement mis à profit. « Chaque année, on fait le bilan de la formation des employés et tous démontrent beaucoup d’enthousiasme, assure Jean-Yves Corriveau, car ils comprennent que c’est largement grâce à leur expertise toujours plus poussée que l’entreprise haussera ses performances et sa crédibilité. »

Pour leur part, les administrateurs possèdent en moyenne 25 crédits dans le Programme de formation des élus qu’a élaboré la Coopérative fédérée de Québec. Enfin, plus d’une centaine d’heures de formation technique ont été données aux membres de la coopérative par l’entremise, entre autres, de journées d’étable, de réunions Agrepp et de voyages d’études.

Guy Lachance, camionneur, livraison de moulée en sac.
À l’emploi de la Coopérative depuis 17 ans.

La mission première de la Coopérative, dont le sociétariat est en croissance depuis plus de 10 ans, consiste à répondre aux besoins de ses quelque 1 435 membres dont 659 sont producteurs agricoles. Trois sondages et dix groupes de discussion ont été tenus en 2003 pour bien cerner leurs besoins. Un nouveau membre n’est pas considéré comme un simple acheteur de marchandises.

« Il est pour nous, et à juste titre, un nouveau propriétaire, souligne le directeur général. Une lettre d’accueil lui est expédiée et dans laquelle on décrit l’historique de l’entreprise, les services offerts, les principes et valeurs de la coopération, etc. » Ce n’est donc pas sans raison que la SCA La Seigneurie a obtenu, en 2002, la Médaille d’Or, catégorie Service, au Gala d’Excellence du Centre local de développement de la MRC de Lotbinière.
L’entreprise offre des services très variés en productions animales, en productions végétales, dans les grains et les produits pétroliers. Le secteur porcin (courtage, fermes et élevages à forfait) accapare à lui seul près de la moitié du chiffre d’affaires. Deux importantes unités d’élevage de truies hybrides, Ferme Cogéporc et Ferme Ste-Catherine, respectivement situées à Deschambault et Pont-Rouge, approvisionnent en sujets de reproduction les éleveurs de porcs commerciaux. La coopérative est également présente dans le secteur de la quincaillerie et de l’épicerie. Ces deux activités attirent d’ailleurs bon nombre des 776 membres auxiliaires.

Bien que la concurrence dans la région où évolue la coopérative soit très vive, la SCA La Seigneurie tire honorablement son épingle du jeu. Elle a obtenu, en 2003, la plus importante augmentation des ventes de moulées laitières, en équivalent moulée complète, de tout le réseau Coop. Elle a également décroché, toujours en 2003, ex aequo avec Covilac, coopérative agricole, la Coupe du Président qui, dans le réseau, récompense les plus importantes augmentations de ventes, tous secteurs d’activité confondus, ainsi que la réussite des sociétaires de la coopérative. « Des reconnaissances attribuables en bonne partie au travail de nos experts-conseils », fait savoir

Jean-Yves Corriveau qui n’hésite jamais à rendre à César ce qui revient à César. « J’encourage beaucoup les employés, je leur fais confiance, je les appuie, je souligne leurs bons coups et je leur donne tout le crédit qu’ils méritent. »

Jean-Yves Corriveau gère par priorité tout en gardant un œil bien ouvert sur les projets et besoins de l’entreprise. « Ça m’écœure de voir les dossiers s’accumuler sur mon bureau », mentionne le diplômé de l’ITA de La Pocatière en 1969.

Sous la présidence de Marcel Bélanger depuis 18 ans, le conseil d’administration propose de bonnes orientations et favorise la mise sur pied de projets novateurs. L’idée d’unir sous un même toit une quincaillerie, un poste de carburants Sonic et un dépanneur, un concept aujourd’hui adopté par un nombre grandissant de coopératives du réseau, provient des dirigeants de la SCA La Seigneurie, et tout particulièrement du cerveau de Jean-Yves Corriveau. Ce concept leur a d’ailleurs valu le Prix Innovateur en quincaillerie. Toujours dans l’optique de satisfaire les besoins de ses membres, dont le volume de céréales transigé est en croissance, la coopérative a construit, en 2003, un imposant centre de grains au coût de 1,7 million $.

Un important centre de grains a été érigé en 2003 au coût de 1,7 million $.

« Toutes les idées sont bienvenues, fait savoir le directeur général. On étudie les propositions de tous les employés, car cela donne parfois naissance à des projets qui entretiennent l’esprit coop et qui assurent une présence dans les petites communautés québécoises. »

L’entreprise n’hésite pas à adopter de nouvelles pratiques, et encourage également ses sociétaires à le faire. Quand les PAEF ont été institués en 1998, la coopérative n’a pas rechigné, au contraire. Ses trois agronomes spécia-lisés en agroenvironnement ont aussitôt mis les sociétaires au fait de la situation puis les ont épaulés pour formuler les programmes en fonction des réglementations en vigueur.

La Coopérative enregistre une croissance constante de ses ventes depuis plusieurs années. En 2003, elles ont culminé à près de 60 millions $, en hausse de 4,4 millions sur l’exercice précédent. On cherche continuellement de nouvelles parts de marché tout en contrôlant les différents coûts d’opération. Les ratios financiers, minutieusement suivis par le secrétaire trésorier, Marcel Drapeau, permettent de dégager des excédents confortables et d’attribuer de généreuses ristournes. « Les ristournes sont une de nos façons de souligner la fidélité des sociétaires et leur contribution à l’obtention de bons résultats », exprime le président, Marcel Bélanger.

À La Seigneurie, le bilan social revêt autant d’importance que le bilan financier. Il est présenté à l’assemblée générale annuelle par François Vachon, directeur ventes et marketing et Normand Roy, directeur laitier végétal. François et Normand font partie du comité de régie interne composé de sept membres cumulant en moyenne 27 ans de service à la Coopérative. Fortement engagée dans son milieu, la coopérative a versé, l’an dernier, plusieurs milliers de dollars en dons et commandites au profit d’associations locales, régionales et coopératives. Elle permet aussi à des étudiants des niveaux secondaire, collégial et universitaire de réaliser des stages en entreprises et les invite à visiter ses diverses installations. Une politique d’aide à la relève figure d’ailleurs sur la liste de ses priorités.

Enfin, en plus de tenir une assemblée générale des employés, la coopérative organise annuellement plus de 25 activités sociales qui visent notamment à rapprocher les membres et les employés… ces valeureux décrocheurs d’étoiles.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés