Au début des années 1980, la gestion liquide des déjections animales s’est entre autres développée pour réduire les coûts en main-d’œuvre et en capital des bâtiments. Mais le lisier compte deux inconvénients : une gestion agronomique plus difficile et le dégagement de gaz nocifs dans les bâtiments et d’odeurs désagréables à l’entreposage et à l’épandage. L’isolation sous les lattes est une technologie novatrice qui concilie les bénéfices de la gestion liquide sans ses désagréments.

Première génération de grattes japonaises installées à l’unité de recherche du Michigan State University.champ, compostée ou transformée engrais organo-minéraux.

En 1995, une étude menée au Michigan State University (MSU) a démontré que les fonds de dalot en forme de V permettent la ségrégation des fèces et de l’urine. Basé sur ces résultats et sur des connaissances techniques japonaises, le MSU a acquis en 1998 un système de gratte japonaise pour son unité de recherche porcine. Ce type de système est utilisé depuis au moins vingt ans au Japon dans des bâtiments porcins commerciaux.
Le système de gratte est installé à l’intérieur des dalots, sous le plancher latté des chambres d’engraissement. Le dalot en forme de V est doté d’une pente transversale de 10 % et d’une pente longitudinale de 1 %. Une conduite en PVC fendue sur le dessus est encastrée dans le fond du V sur toute sa longueur. Le plancher incliné du dalot permet au liquide, composé d’eau et d’urine, de s’écouler par la conduite vers l’extérieur du bâtiment. La fraction solide est pour sa part accumulée sur le plancher bétonné du dalot. Une gratte, également en forme de V, est actionnée quotidiennement pour acheminer le solide vers un écureur à chaîne qui l’évacue vers l’extérieur du bâtiment.

Lors d’une visite en 2002, des ingénieurs de l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA) et du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ) constatent que ce système peut devenir un mode intéressant de gestion des déjections. Afin de confirmer ces impressions, un projet conjoint entre l’IRDA, le CDPQ et le MSU est réalisé au cours de l’année 2003. L’objectif est d’évaluer l’impact de ce type de gratte sur l’efficacité d’isolement du phosphore dans la fraction solide et sur la réduction des émissions de gaz et d’odeurs.

Les résultats obtenus ont confirmé l’efficacité de ce système. Il a permis, en moyenne, de concentrer 91 % du phosphore, 66 % de l’azote total et plus de 95 % des métaux dans une fraction solide constituée de 34 % de matières sèches et représentant 40 % du volume total. La fraction liquide contenait pour sa part 2,5 % de matières sèches et 63 % de l’azote ammoniacal. Le tableau 1 donne les concentrations de fertilisants obtenues dans les deux fractions.



Ce mode de gestion distincte des phases solides et liquides des déjec-tions s’avère une solution intéressante pour les producteurs en surplus de phosphore. La fraction solide, concentrée en phosphore, peut être transportée sur une plus grande distance pour être valorisée au champ. Elle peut également être compostée ou transformée en engrais organominéraux. De plus, la composition en éléments fertilisants de la phase liquide permet de l’appliquer sur une plus petite surface de terre en culture, située près de la ferme, ou servir d’intrants à un procédé de traitement ultérieur.

ISOLATION SOUS LES LATTES
Principe de fonctionnement
• Isolation du solide et du liquide par gravité
• Dalot en pente en forme de V
• Écoulement du liquide en continu dans une conduite
• Système de gratte évacuant la fraction solide vers un autre convoyeur

Comparativement à des systèmes conventionnels, l’isolation sous les lattes réduirait de 50 % les odeurs et de 40 à 60 % les émissions d’ammoniac au bâtiment. L’IRDA conduit présentement un projet de recherche dans les installations des mini-porcheries à Deschambault. La Coopérative fédérée est un partenaire financier de ce projet. Son objectif est d’éva-luer l’impact sur les émissions de gaz, de poussières et d’odeurs comparativement à d’autres systèmes de gestion des déjections au bâtiment. Un volet de démonstration à la ferme est également en élaboration. Il permettra de transférer les connaissances liées à cette technologie aux différents intervenants du secteur porcin québécois.

Pour un bâtiment d’engraissement de 1 000 places, ce système de gratte d’isolement comporte un coût de construction supplémentaire de 38,00 $/place porc, comparativement au système conventionnel. Ce coût est basé sur des estimés provenant de deux firmes d’ingénieurs spécialisées dans les bâtiments porcins. Une étude économique préliminaire avait été réalisée par le CDPQ, pour un producteur qui possède 10 hectares de terres cultivables. Comparativement au bâtiment conventionnel, les frais de gestion annuel de ce système sont inférieurs de 5,36 $ par porc produit. Ces résultats sont résumés au tableau 2.



En somme, cette technologie est très performante pour réduire à la source la production d’odeurs et de gaz tels l’ammoniac et le sulfure d’hydrogène. Assurant à la fois une meilleure cohabitation et une réduction des impacts environnementaux, elle s’avère une solution intéressante située à mi-chemin entre la gestion liquide et la gestion solide. Combinée à sa simplicité d’opération et à ses faibles frais d’exploitation, son intégration aux nouveaux bâtiments ou lors de rénovation de bâtiments existants est donc bénéfique sur plusieurs plans.


* L’auteure est directrice - Service environnement à la Coopérative fédérée de Québec.




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