La coopération internationale est un rêve que je caressais depuis un bon moment déjà. Le goût de l’aventure et la passion pour les autres cultures sont parmi les raisons qui m’ont incitée à faire l’expérience du travail à l’étranger. Me voilà donc de retour après un séjour de six mois au Sénégal, où j’ai animé différentes activités dans le cadre d’un stage en éducation environnementale. Ce stage a été réalisé avec la collaboration d’un organisme d’éducation et de coopération internationale appelé le CLUB 2/3 dont l’Agence canadienne de développement international (ACDI) est un des bailleurs de fonds.

M. Mamadou MBengue, technicien dans les laboratoires de la CSS.

On dit du Sénégal que c’est le pays de la « Teranga », mot wolof signifiant hospitalité. Il faut réellement vivre cette hospitalité pour en saisir toute sa portée. Le soleil qui brille en tout temps et les gens chaleureux qui prennent le temps de vivre font en sorte que l’on se sent rapidement à l’aise dans ce pays où la population est en grande majorité musulmane. Le Sénégal est également un pays de contradiction, où la tradition côtoie le modernisme. Malgré le sous-développement, une grande proportion de la population a maintenant accès à l’information provenant du monde entier : télévision, journaux, internet, etc. La culture occidentale influence donc de plus en plus le mode de vie des populations citadines. La pudeur des femmes musulmanes est confrontée à l’influence ultra-sexy de la mode actuelle. Le boubou (longue tunique ample) côtoie le jeans taille basse, et les gris-gris, les téléphones portables.

Production laitière au centre-ville

J’ai été accueilli par deux sympathiques familles qui habitent Richard Toll, une petite ville située au nord du pays. Mon stage consistait à conscientiser les étudiants d’un collège de la ville à la préservation de leur environnement. Mes tâches, très diversifiées, nécessitaient une bonne dose de persévérance et de débrouillardise. Les élèves et moi avons également fait des visites dans les villages environnants afin de sensibiliser la population à des sujets en lien avec l’environnement. À la campagne, se sont souvent les groupements de femmes qui s’occupent de la culture et de la mise en marché de la production maraîchère (mangues, oranges, citrons, bananes, papayes, piments, tomates, gombos, maniocs, pommes de terre, etc.) Elles ont peu accès à la formation et beaucoup de sensibilisation reste à faire en ce qui concerne l’augmentation de la productivité, la préservation de l’environnement et la santé des populations.

Le Sénégal est un pays plat composé de sols sablonneux pour la plupart. Bien qu’il s’agisse d’un pays semi-aride, très sensible à la désertification, l'agriculture est la deuxième ressource économique. Les principales productions vivrières sont le mil, le riz paddy et le maïs. L’arachide est la première culture industrielle au Sénégal.

Canaux d’irrigation

Sa production s’oriente toutefois à la baisse sous l’effet de nombreuses contraintes : cours mondiaux défavorables, sécheresse, concurrences d’huiles végétales plus compétitives sur les marchés étrangers. Les efforts de diversification, avec la promotion d’autres cultures industrielles (coton, canne à sucre) et vivrières (maraîchage, céréales), ont achevé de briser le monopole arachidier.

Richard Toll est un centre industriel de premier plan, vivant au rythme de la production sucrière. La Compagnie Sucrière du Sénégal (CSS) inaugurée en 1970, est la propriété d’un Français, Jacques Mimran. On y cultive présentement 7 500 hectares de canne à sucre, laquelle est transformée chaque année en 85 à 95 000 tonnes de sucre raffiné. Le rendement est de 120 tonnes de canne à l’hectare. La CSS possède la totalité de la superficie cultivée et procède à la transformation de la canne, du champ jusqu’à la tasse de thé! La majeure partie des travaux est mécanisée, mais la récolte est toujours faite au moyen d’un instrument rudimentaire, la faucille. La CSS emploie 3 000 employés permanents et 2 000 employés saisonniers pour la coupe manuelle. L'irrigation, dans une zone où les précipitations ne dépassent pas 300 mm par an, réparties d'août à octobre, est indispensable. Elle est assurée par un réseau d'environ 700 km de canaux! L'eau douce est actuellement prélevée par pompage dans le fleuve Sénégal et amenée aux champs de cannes par divers systèmes : aspersion, irrigation par gravité, goutte à goutte. L'excédent est évacué par un réseau de drain d'environ 500 km.

Battage du maïs-grain par les femmes

L’irrigation est vitale pour l’agriculture moderne. De nouvelles orientations insistent à présent sur les aménagements hydroagricoles. Par exemple, à Diama, près de Richard Toll, un barrage anti-sel a comme fonction d'empêcher l'intrusion de la langue salée de la mer dans le fleuve Sénégal pendant la saison sèche. Cette construction permet ainsi de rendre les terres de la vallée du fleuve, autrement salines, propices à l'agriculture. Parallèlement à cette agriculture industrielle, les paysans qui cultivent les terres environnantes disposent de peu de moyens. Certains d’entre eux n’ont pas accès aux tracteurs et peuvent bêcher, manuellement, jusqu’à quatre ou cinq hectares! Ils sont confrontés à beaucoup d’autres difficultés liées à la sécheresse, au manque de formation et à l’absence de soutien technique. Par exemple, de mauvais systèmes de rotation apportent la recrudescence de certains insectes ou maladies. L’utilisation de l’engrais est encore marginale et certaines terres déjà peu fertiles s’appauvrissent. L’apport de fumier serait très bénéfique pour les cultures. Cependant, les animaux ne sont pas élevés dans un bâtiment, il est donc parfois difficile de récupérer les fumiers des troupeaux nomades. Depuis quelques années, on s’intéresse à la production laitière industrielle. On a même commencé à faire des croisements entres les races bovines locales et les races Holstein. Le fumier sera utilisé pour la production de fourrage et la production maraîchère.

La pollution est un fléau très important dans les pays en voie de développement. Une des raisons tient à l'absence d'une « culture environnementale ». Heureusement, les choses sont en train de changer peu à peu au Sénégal et j’ai eu la chance d’apporter un infime coup de pouce à cette transformation! Merci à Covilac, coopérative agricole et à la Coopérative fédérée de Québec de m’avoir aidée à vivre une telle expérience. Je termine avec un souhait pour mon pays d’accueil : qu’il se développe économiquement de façon durable tout en conservant sa culture riche et unique!




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