Toujours souriante, Maria Labrecque Duchesneau estime que notre vie individualiste est la cause des nombreux cas de détresse de notre société. Elle prend le taureau par les cornes pour y remédier.



Les agriculteurs québécois détiennent le plus haut taux de suicide au Canada. Il est temps qu’on fasse quelque chose », s’exclame Maria Labrecque Duchesneau qui a fondé Au Cœur des Familles Agricoles pour prévenir la détresse dans le milieu agricole.

En novembre 2003, à Toronto, Maria Labrecque Duchesneau a reçu le prix d’excellence canadien en agroalimentaire
pour le bénévolat. Ce prix lui a été remis par le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire d’alors, M. Lyle Vanclief,
et le président de la Royal Agricultural Winter Fair, M. Michael Belcourt.

Cette femme de Marieville en Montérégie, qui a grandi sur une ferme laitière, n’est pas du genre à attendre les autres quand un besoin devient criant. Elle se fait voir et entendre partout, déplace des montagnes pour obtenir de l’aide des gouvernements et des organisations du milieu. Le premier à soutenir son initiative a été Santé Canada à titre de projet-pilote, en 2001. Depuis septembre 2003, Au Cœur des Familles Agricoles est un organisme à but non lucratif qui vole de ses propres ailes.

Par l’entremise de son organisme, Maria Labrecque Duchesneau vise à former un réseau d’entraide avec les personnes qui gravitent autour de l’agriculture et les ressources de soutien déjà existantes afin que ceux-ci sachent intervenir pour prévenir la détresse psychologique des producteurs. « On ne changera pas l’agriculteur, explique-t-elle. Il travaille de nombreuses heures, il est fier et pour lui, il faut rester fort et prospère. Si on veut l’aider, il faut s’adapter à lui. »

Elle cite en exemple les lacunes du système de santé qui connaît trop peu le style de vie du monde agricole. « Un médecin ou un professionnel de la santé qui signe un arrêt de travail de deux semaines à un producteur pour qu’il se repose, raconte-t-elle décontenancée, n’a vraiment aucune idée de ce qu’est l’agriculture au quotidien. » Tout comme le long processus qu’on doit entreprendre pour obtenir de l’aide au CLSC, ça décourage le producteur déjà bien occupé.


Faisons ça simple
Dotée d’une formation d’intervenante psychosociale, Maria Labrecque Duchesneau ne fait pas de la thérapie. « Je ne suis qu’une oreille et j’ai des solutions simples à suggérer », dit-elle. Au producteur, qui maudissait de toujours chercher le balai parce qu’aucun de ses enfants ne le remettait à la bonne place, soit dans un des coins du bâtiment, elle a suggéré d’acheter trois autres balais, un pour chaque coin! N’est-ce pas là une solution simple et efficace!

D’autres solutions moins terre à terre ont aussi du succès. Par exemple, à cette agricultrice suicidaire, elle a offert son ange gardien. « Je lui ai demandé qu’elle m’appelle à tous les jours pour me dire ce qu’elle faisait de mon ange gardien, explique cette femme énergique et dévouée. Ainsi, je savais qu’elle était toujours en vie. Au bout de quatre jours, elle me l’a remis en me disant que ça allait mieux. Et je le sentais dans sa voix. »
Maria Labrecque Duchesneau a aussi sa chronique mensuelle dans La Terre de chez nous. Quand la vie prend de l’âge; Une histoire de prostate; Le suicide… ça vous regarde sont quelques titres évocateurs dans lesquels tous se sentent interpellés.

Pour mieux connaître son œuvre, Le Coopérateur agricole a rencontré cette grande dame qui veut le bien des producteurs.

C.A. : Comment a germé l’idée de mettre sur pied Au cœur des Famille Agricoles?

Maria : En l’an 2000, j’ai travaillé au Centre régional d’établissement en agriculture (CRÉA) en transfert de ferme et j’ai vu beaucoup de détresse chez les producteurs agricoles. J’ai décidé de créer un organisme pour leur venir en aide.

C.A. : De quelle maniÈre votre organisme intervient-il?

Maria : J’ai fondé Au Cœur des Familles Agricoles pour sensibiliser le plus de gens possible qui sont en relations avec les producteurs afin qu’ils sachent détecter la détresse psychologique. Ainsi, j’offre des cours aux producteurs agricoles mêmes. Je forme les conseillers de La Financière agricole et je vise à faire la même chose avec d’autres professionnels qui œuvrent auprès des producteurs. J’offre aussi de la formation aux employés des soins de santé (CLSC) pour leur faire connaître la dynamique particulière d’un producteur agricole. Je ne remets pas leurs compétences en doute, je leur apprends à penser comme un producteur quand ils interviennent dans ce milieu. Je suis aussi présente auprès des étudiants de l’ITA de Saint-Hyacinthe. Je les sensibilise sur les difficultés de la vie en agriculture.

Mes cours et mes conférences, que je donne aussi à d’autres regroupements ou organisations qui le demandent, sont toujours présentés avec humour. Ça dédramatise l’affaire.

C.A. : Concrètement, un producteur qui ne se sent pas bien, comment peut-il obtenir de l’aide?

Maria : Il peut m’appeler, mais je l’invite surtout à contacter un des organismes qui apparaît au verso de ma carte d’affaires (voir la liste à la fin du texte). Ces lignes d’écoute ont toutes un numéro 1-800, c’est-à-dire sans frais interurbains, et sont ouvertes 24 heures par jour, sept jours par semaine.

C.A. : Comment ça se passe lorsqu’il vous appelle ou communique avec une ligne d’écoute?

Maria : On ne fait qu’écouter, comprendre et les accompagner un peu. En situation de détresse, on est trop collé sur le problème pour voir clair. Nous aidons donc la personne à prendre un peu de recul, à faire ressortir les aspects positifs, puis à chercher avec elle des solutions pour améliorer les aspects négatifs.

C.A. : Quelles sont les principales craintes des producteurs à demander de l’aide?

Maria : D’abord, si le processus est trop long, ils abandonnent. C’est pourquoi je leur demande souvent à la blague s’ils veulent ça en dix interventions ou en une seule. Évidemment, ils choisissent une intervention.

Quand je leur suggère d’appeler une des lignes d’écoute, ils craignent de se faire reconnaître. À cela, je les rassure qu’il y a peu de chance qu’une personne de leur entourage leur réponde, car la plupart des centres d’appel sont situés à Montréal ou dans les grandes villes du Québec. D’autre part, s’ils veulent s’assurer que leur numéro de téléphone ne s’affiche pas, ils n’ont qu’à presser *67 avant de signaler le numéro. Ces lignes d’écoute sont totalement anonymes, personne n’est obligé de se nommer. Enfin, je leur demande toujours : « Qu’as-tu à perdre en appelant? »

C.A. : Maria, d’où vous vient cette grande générosité?

Maria : D’abord, nous vivons dans un monde tellement individualiste et négatif que ça entraîne du stress, de l’anxiété et de la détresse. J’ai décidé de travailler à changer cela. Aussi, j’ai déjà vécu pendant 24 heures avec un faux diagnostic de leucémie. Laissez-moi vous dire que ça change la perception de la vie…

Organismes au service de la population 24 heures par jour sept jours semaine :
Prévention suicide : 1-866-277-3553
SOS violence conjugale : 1-800-369-9010
Joueur compulsif : 1-800-461-0140
Drogue/alcool : 1-800-265-2626
Jeunesse j’écoute : 1-800-668-6868


Mentionnons qu’à l’instar de la Journée de la femme, de la Fête des mères et de la Fête des pères, Maria Labrecque Duchesneau a suggéré que le 18 avril de chaque année soit décrété Journée de la bonne nouvelle. Au mois de mai dernier, elle nous annonçait que la Chambre des communes, à Ottawa, avait accepté son projet. Attendons-nous à ce que le 18 avril 2005, les bulletins de nouvelles de la radio, de la télé ainsi que la Une des quotidiens subissent une légère métamorphose.




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