Alain Couture et Vicky Grondin. Un jeune couple beauceron âgé dans la jeune trentaine. En avril dernier,lors du concours organisé par l’Association du congrès du porc, leur entreprise a été promue Ferme porcine de l’année dans la catégorie finisseur. Honorés par ce titre et redevables à tous ceux et celles qui les ont aidés, ces éleveurs souhaitent pouvoir un jour vivre entièrement de leur ferme. À l’horizon toutefois, le futur est incertain et porte à réfléchir. Au-delà des performances et des honneurs bien mérités, Vicky et Alain se questionnent : « La relève actuelle a de la misère et nage en eau trouble. Si on ne fait rien aujourd’hui, on risque de perdre nos entreprises agricoles une après l’autre d’ici les dix prochaines années… »


D’une nature joyeuse et déterminée, Alain Couture n’a rien d’un pessimiste. Sa conjointe Vicky qui s’était jurée de ne jamais marier un agriculteur a maintenant le goût de la terre et des défis qui s’en suivent. Ces jeunes parents ont du coeur au ventre et bénéficient de beaucoup d’aide. Ils le reconnaissent et avouent que cette aide les motive à poursuivre leur idéal. S’ils doivent tous les deux travailler à temps partiel pour réussir à générer suffisamment de revenu pour la famille, ce n’est pas par choix ni parce qu’ils dépensent trop. Outre les investissements liés à l’achat de la terre et à la construction de la porcherie, la ferme détient une production de vaches-veaux qui, en plus de ne pas être très payante, a subi un dur coup il y a un an avec la crise de la vache folle. Pourquoi ne pas vendre le troupeau?

« Ce n’est pas si simple, témoignent les jeunes agriculteurs. Notre premier choix serait de vendre et de se construire une deuxième porcherie. Un choix qui avait été mis de côté à cause du moratoire. Nous attendons de voir le dénouement de tout ce dossier avant de se repositionner. »


Le commencement en agriculture
Lorsqu’ils décident d’explorer la production porcine, le jeune couple souhaite augmenter les revenus de la ferme. Acquise en octobre 1997, la terre de 43 hectares (ha) sera pour ainsi dire l’entrée officielle dans le monde de la production agricole. « J’ai commencé à acheter des vaches pour m’amuser, raconte Alain. L’achat de la première a d’ailleurs suscité tout un débat entre lui et Vicky. « J’ai vu mes parents travailler dur sur une ferme laitière, réplique l’agricultrice, et je ne voulais pas vivre cette réalité. Finalement, j’y ai pris goût. J’aime travailler avec mon conjoint, être proche de la maison et des enfants. J’aime faire le train et conduire les tracteurs… » Même si elle travaille à temps partiel à la caisse populaire, Vicky s’occupe de la comptabilité et se rend disponible là où sont les besoins.

Située à Saint-Éphrem-de-Beauce, la ferme compte un troupeau de 46 vaches de boucherie, croisées Charolais-Simmental pour la plupart. Les veaux sont vendus à l’encan de la région lorsqu’ils atteignent un poids d’environ 650 livres. Depuis un an, le prix offert n’est guère plus élevé que 0,90 $/livre. Un prix qui normalement se situe aux alentours de 1,50 $/livre. Cet hiver, il a même chuté jusqu’à 0,45 $/livre. Si le programme d’assurance-stabilisation compense une partie du manque à gagner, il est actuellement difficile de pouvoir retirer un revenu de cette production. La réflexion des jeunes éleveurs se poursuit : « J’aime cette production, même si elle n’est pas payante », avouera Alain à plusieurs reprises. Le contact avec l’animal est particulier. Nos familles sont toujours contentes de se retrouver chez nous et de participer au train. » Et d’ajouter Vicky, l’agriculture dans son ensemble est incertaine.

On doit se conformer aux normes environnementales et cela coûte très cher. Nous sommes déjà installés pour cette production, nous avons les terres. Ce n’est pas si simple de renverser cette situation. »


L’appui du réseau et des intervenants
Au dire des lauréats, l’appui manifesté pour la réalisation de leur projet de porcherie ressemble un peu à une corvée de village. « J’étais enceinte de Jasmine, se rappelle Vicky. Nous avons eu notre permis d’environnement au mois de mai 2000 et la construction du bâtiment a commencé le 31 juillet suivant. Je suis sortie de l’hôpital le 14 septembre avec bébé Jasmine et le lendemain, c’était la journée porte ouverte. Lorsque j’ai commencé à lire ma liste des gens à remercier, sourit Vicky, les valves ont relâché et je me suis mise à pleurer sans arrêt. Alain essayait de m’aider, mais il s’est mis à pleurer lui aussi.

Nos familles et nos voisins se sont mis de la partie pour la construction de la porcherie, fait valoir Alain. Une vraie corvée de beaucerons… »

Tout au long de l’entrevue, le couple d’éleveurs insiste sur un point : l’encadrement technique et la disponibilité des conseillers de la coopérative La Seigneurie. « Nous ne connaissions rien dans le porc, relatent les jeunes agriculteurs. La production nous intéressait et nous sommes allés nous renseigner à la coopérative tout simplement. Nous y avons reçu toute l’aide nécessaire pour penser le projet au complet à partir du permis de l’environnement, de la construction du bâtiment, de la gestion de cette production jusqu’à la journée porte ouverte, tenue le 15 septembre 2000, soit trois jours avant l’entrée des premiers porcelets. » Outre le support technique, la coopérative contribue au financement de la porcherie. « C’était un préalable pour avoir droit au prêt de la Financière agricole. » Sur cette question de financement, le ton monte légèrement. « Je n’ai rien contre le fait que les jeunes ayant un diplôme d’études puissent avoir droit à une prime à l’établissement, argumente l’agriculteur. Mais pourquoi ne pas accorder un montant d’aide aux jeunes de la relève qui comme nous, n’ont pas acquis leurs connaissances sur les bancs d’école? Pour moi, ce n’est pas une prime à l’établissement qui est offerte actuellement, mais bien une prime à la formation… Ce qui est fâchant dans tout cela, c’est de constater que finalement le système actuel ne nous fait pas confiance comme gestionnaires de ferme, poursuit Alain. Pourtant, nous avons les capacités et nous sommes bien encadrés par la coopérative. Nous ne sommes pas plus à risque que d’autres jeunes qui sont diplômés. Les marchés sont les mêmes pour tout le monde! » Un dossier chaud sur lequel Alain promet de s’investir au cours des prochains mois…


Performances techniques de l’engraissement
L’entreprise fait de l’élevage à forfait pour la coopérative La Seigneurie depuis le début de ses opérations en production porcine. « C’était plus sécurisant pour nous et les prêteurs, commente Alain. Nous avions assez de nous concentrer sur la régie d’élevage sans avoir à se soucier des fluctuations du prix des marchés. » Patrick Leblond, conseiller en production porcine, et Jean Brochu, médecin vétérinaire, tous deux de la coopérative, assument le suivi technique du troupeau. Selon Patrick, les bonnes performances techniques de cette ferme sont liées en bonne partie au suivi serré effectué à l’entrée des nouveaux porcelets. « Alain a l’œil qu’il faut pour bien partir les élevages, explique le représentant. Il faut bien comprendre que les porcelets arrivent d’une pouponnière de sevrage hâtif où les trémies sont différentes. Cela prend quelques jours avant que les bêtes comprennent qu’ils doivent faire bouger eux-mêmes la trémie pour que la moulée descende. Pour compenser, Alain veille à ce que la moulée soit accessible à tous les porcelets. Je dirais également qu’il voit bien et vite les animaux malades et prend le temps de les isoler dans un des deux “parcs-hôpitaux” dont il dispose. »

La porcherie fait 12 mètres de long sur 75 (40 pi sur 246). Divisée en trois chambres, elle offre une capacité d’élevage de 1 000 porcs à la fois. Les porcelets entrent à un poids moyen de 25,1 kilos et proviennent de l’une des pouponnières gérées en mode tout plein-tout vide du réseau de la SCA La Seigneurie. En 2003, l’entreprise a élevé 3,25 lots pour un total de 4 001 porcs vendus.


La gestion des fumiers
La Ferme Alain Couture possède 43 ha de terre, en plus de louer trois autres terres dont la dimension totale s’élève à 65 ha. Le fumier du troupeau de bovins est géré en tas pour ensuite être ajouté à celui du troupeau porcin. Entreposé sous forme liquide, le lisier est épandu à forfait sur les 107 ha de terre gérée par Alain et Vicky. Cette superficie n’est toutefois pas suffisante pour absorber tout le volume produit. Une entente d’épandage permet la vidange complète de la fosse ayant une capacité totale de 320 jours. Tout est géré en conformité avec le plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) de l’entreprise.

Comme tous les éleveurs porcins, la question des fumiers fait partie des préoccupations constantes. « La population n’est pas consciente de tous les efforts que l’on fait pour être conformes et pour atténuer les odeurs, constatent Vicky et Alain. La moindre erreur est remarquée, et souvent amplifiée par les médias, et finit par affecter notre moral. Ici, à la ferme, nous faisons le maximum pour minimiser les odeurs, mais on ne peut pas les éliminer complètement. »

Âgés respectivement de 31 et 32 ans, Vicky Grondin et Alain Couture sont également parents de Jasmine et Jessie. Ils aiment l’agriculture et souhaitent un jour pouvoir en vivre pleinement sans avoir à cumuler des emplois extérieurs. Le fait d’avoir mérité le titre de ferme porcine de l’année les réjouit beaucoup. « C’est une reconnaissance motivante et encourageante, concluent les éleveurs. Ce titre montre bien que nous sommes capables de bien gérer notre ferme. Nous comptons d’ailleurs nous en servir pour faire valoir notre point de vue de jeune relève au sein de différents organismes. »

Performances techniques en 2003
Pourcentage de mortalité : 1,75 %
Pourcentage des porcs abattus dans la bonne strate : 92,4 %
Conversion alimentaire standardisée sur le gain de poids : 2,53
Indice d’efficacité en engraissement : 203,3

* L’auteure est journaliste et rédactrice en chef de la revue Bio-bulle.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés