Vous êtes-vous déjà demandé d’où proviennent les semences d’orge, de soya, de blé, de maïs ou de plantes fourragères que vous mettez en terre année après année? Comment sont-elles produites, où et par qui? Lorsque votreexpert-conseil vous propose un produit correspondant exactement à vos besoins et aux conditions climatiques de votre région, ce n’est pas par pur hasard. Loin de là.



Les semences que commercialise le réseau coopératif agricole sont issues d’imposants travaux de recherche et de développement pouvant s’échelonner sur de nombreuses années. À preuve, les trois excellents cultivars d’orge six rangs – Cyane, Païdia et Perseis – lancés en 2003 proviennent du vaste projet de recherche Céréales 2003 mis sur pied par le Secteur des productions végétales de la Coopérative fédérée de Québec en 1995. Ces cultivars, développés pour répondre à vos exigences, se démarquent entre autres sur le plan du rendement, du poids spécifique et de la résistance à la fusariose. En deux mots, comment développe-t-on de nouveaux cultivars? Il suffit de croiser deux parents d’une variété de céréale ou de soya comportant des caractéristiques complémentaires afin de produire une nouvelle génération améliorée. Les grains que produit cette nouvelle génération sont à leur tour semés. Ainsi, après quatre ou cinq générations, des individus seront choisis et deviendront, après plusieurs années de sélection, des cultivars.

Pour concevoir ces projets de recherche, il faut faire preuve d’une bonne vision de ce que seront les besoins futurs des producteurs agricoles en matière de semences, de fertilisants et de produits de protection des cultures. Pour les mener à terme, il est nécessaire, en plus de possé-der de solides ressources, de démontrer de la patience, de la détermination et, bien entendu, beaucoup d’enthousiasme. L’équipe de recherche en productions végétales de la Coopérative fédérée se penche déjà sur ce que les producteurs et productrices sèmeront en 2015.

Christian Azar est professionnel de recherche, améliorateur et sélectionneur à la Ferme Techno Champs de la Coopérative fédérée de Québec à Saint-Hyacinthe.

Le soutien financier et matériel consenti par la Coopérative fédérée de Québec et ses coopératives affiliées dans ce secteur d’activité est imposant. Les ressources humaines le sont tout autant. La Ferme Techno Champs que possède la Coopérative fédérée de Québec, à Saint-Hyacinthe, est, depuis plus de 25 ans, l’un des piliers de la recherche en productions végétales dans l’est du Canada. Les essais réalisés sur quelque 23 000 parcelles expérimentales sont à la base du développement de nombreux cultivars du réseau CO-OP adaptés à l’agriculture d’ici. Soulignons, en outre, que l’on ne se limite pas qu’aux parcelles expérimentales. En effet, de très nombreux essais sont également effectués chez de multiples producteurs agricoles collaborateurs de manière à valider les résultats sous des conditions réelles de culture.

La Ferme Techno Champs est composée d’une équipe multidisciplinaire au sein de laquelle on retrouve deux professionnels de recherche, deux spécialistes en grandes cultures et un spécialiste en développement.

« Pour s’assurer de bénéficier de toute l’expertise possible en matière de recherche et de développement dans le secteur des productions végétales, nous travaillons également en partenariat avec des équipes de recherche d’universités québécoises, canadiennes et américaines, ainsi qu’avec près de 70 partenaires, pour la plupart des semenciers, des États-Unis et d’Europe, fait savoir Alexandre Mailloux, directeur des services techniques au Secteur des productions végétales de la Coopérative fédérée de Québec. Ces liens permettent à la fois de produire des variétés répondant à nos besoins et d’en découvrir de nouvelles pouvant faire l’objet d’études et dont les caractéristiques agronomiques peuvent s’avérer d’un grand intérêt pour notre agriculture. » (Voir l’article Échec à la fusariose dans l’édition de mai-juin 2004 du Coopérateur agricole.)

Professionnel de recherche au Secteur des productions végétales de la Coopérative fédérée de Québec, Christian Azar travaille à la Ferme Techno Champs depuis 1996.

Il est responsable des programmes d’amélioration et de sélection dans le soya, l’orge, l’avoine, le blé et les plantes fourragères qui permettront de les adapter aux besoins des producteurs et productrices agricoles québécois. Détenteur d’un baccalauréat et d’une maîtrise de l’Université McGill en amélioration génétique, Christian Azar possède également une accréditation de sélectionneur de l’Association cana-dienne des producteurs de semences. Il siège en outre aux comités céréales et plantes oléoprotéagineuses du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). Ses collègues, dont nous ferons le portrait des travaux dans des éditions ultérieures du Coopérateur agricole, effectuent des essais de sélection et mettent en oeuvre des programmes d’amélioration dans le maïs, le canola et le pois.

« Les essais d’amélioration consistent à croiser des parents des différentes espèces végétales étudiées afin d’obtenir des cultivars démontrant, par exemple, un meilleur rendement, une meilleure tenue ainsi qu’une tolérance accrue aux maladies et aux insectes, explique le chercheur. La sélection, pour sa part, se résume à évaluer ces cultivars de façon à ne retenir que ceux démontrant les caractéristiques souhaitées. »

« Un processus de sélection exige tout de même plusieurs années de travail, poursuit le professionnel de recherche. Réalisé à la Ferme Techno Champs, ce processus comporte plusieurs étapes : préobservation, observation préliminaire, essai officiel et enregistrement. Au fur et à mesure que l’on progresse dans ces étapes, les parcelles, les essais et les sites d’expérimentation sont plus nombreux. »

Les essais qu’ils pilotent sont réa-lisés au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis, mais aussi à Porto Rico et en Amérique du Sud. Ces régions permettent de tirer profit d’un deuxième printemps pour travailler de façon continue et accélérer la production des générations.

Par ses travaux, Christian Azar vise à développer des cultivars de soya conventionnels et Roundup Ready (résistant au glyphosate) adaptés à toutes les zones de culture du Québec – y compris l’Abitibi, la Gaspésie et le Lac-Saint-Jean – de l’est de l’Ontario et du sud du Manitoba. Pour ce qui est de l’orge, il cherche à produire des cultivars toujours plus tolérants à la fusariose et affichant un bon rendement, un poids spécifique élevé et une faible propension à la verse. Précisons que les travaux dans l’orge sont réa-lisés en collaboration avec une équipe de chercheurs de l’Université Laval.

Avec ces programmes de sélection et d’amélioration, arrivera-t-on un jour à produire la variété idéale qui résistera à tout et possédera toutes les qualités agronomiques recherchées?

« Je ne le crois pas, exprime Christian Azar. Il y aura toujours, par exemple, de nouveaux insectes ravageurs et de nouvelles maladies qui mettront au défi la nouvelle plante. Et c’est en soit une bonne chose. C’est signe que la nature est active et qu’elle évolue. Une nature qui cesserait de nous défier serait plutôt inquiétante… »

Alexandre Mailloux abonde dans le même sens : « La nature change et nos recherches se raffinent en conséquence. Je suis d’avis qu’il faut beaucoup de temps pour comprendre et connaître ce qui nous entoure. On doit, d’une part, savoir s’adapter à la nature et, d’autre part, l’adapter à nos besoins, et ce, tout en la respectant. »

Notre prochain article traitera de la régie des cultivars afin d’en maximiser le potentiel génétique. Le Coopérateur agricole s’entretiendra avec Valérie Chabot, professionnelle de recherche à la Ferme Techno Champs.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés