À l’automne 2000, Ghislain, Claude et leur père, Cyrille Gervais, de la Ferme Gercy inc. à Saint-Guillaume, ont fait construire un nouveau poulailler doté d’un plancher chauffant. Coûtant 25 000 $ de plus qu’un système traditionnel, l’objectif des Gervais était d’assurer un confort supérieur aux oiseaux.



Il y avait là aussi un défi », ajoute Cyrille Gervais, car ces équipements sont encore rares dans les poulaillers du Québec. Marc L’Heureux, leur conseiller du Comptoir agricole de Saint-Hyacinthe, une filiale de la coopérative Comax, les avait encouragés à faire le saut. « Ghislain, Claude et Cyrille sont des gens ouverts et innovateurs, commente le conseiller, je n’ai donc pas hésité à leur recommander un système novateur qui baisserait leur coût de production et leur offrirait de plus beaux lots. » Les Gervais connaissaient quelqu’un de confiance dans leur région qui faisait l’installation de tels planchers. Parfois, il n’en faut pas plus pour mettre en marche un projet qui nous titille depuis un moment.


Comment ça marche?
Seul le premier plancher est doté de ces installations, le deuxième est chauffé avec les éleveuses traditionnelles. Pour ce bâtiment qui mesure 12 mètres sur 76 (40 pi sur 250), le chauffage est assuré par 3 050 mètres (10 000 pieds) de tuyaux d’eau chaude qui arpentent le sous-plancher.

Le contrôle se fait électroniquement. Le plancher est divisé en trois sections, chacune étant dotée d’une sonde reliée à une valve qui active la circulation de l’eau lorsque le sol tend à refroidir. L’eau est chauffée à l’aide d’une fournaise au gaz naturel.


Les avantages
Selon les spécialistes de l’industrie des planchers chauffants, ce système permet d’augmenter les performances zootechniques des oiseaux : meilleur gain de poids, meilleure conversion alimentaire et moins de condamnation. Mohamed Ghalem, représentant de territoire à la Coopérative fédérée, explique comment cela est possible : « C’est simple, l’énergie que le poussin puise habituellement pour combattre le froid est maintenant utilisée à combler ses besoins métaboliques et à augmenter la production de viande. » Ghislain et Claude ont en effet remarqué qu’à chaque pesée – à 30 jours d’âge – les poussins du premier plancher ont un poids plus élevé, de neuf à dix grammes, par rapport à ceux du deuxième étage.

Faites-vous des économies de chauffage? « On peut difficilement vérifier cette donnée, répond Ghislain, parce que les deux étages sont alimentés avec le même réservoir de gaz naturel. En plus, on ne peut pas comparer avec l’autre pou-lailler que nous possédons, parce qu’on y élève 23 000 poulets à la fois, alors que celui-ci en accueille 17 000. » Toutefois, ils estiment que les frais sont moindres parce qu’ils y maintiennent la température 3 °C plus bas, soit à 27 °C (80 °F), par rapport à un poulailler à chauffage traditionnel.

Sur le plan de la litière, les producteurs économisent 200 $ à chaque élevage. En effet, la chaleur provenant du plancher ne doit pas être bloquée par une trop grande épaisseur de copeaux de bois. Dans l’industrie, on estime même que l’élevage pourrait se faire sans litière. Mohamed Ghalem croit que ce serait possible, mais Ghislain est d’avis, d’une part, que ce serait moins confortable pour les poussins et, d’autre part, que les rejets colleraient au sol.

Par ailleurs, une autre économie d’énergie est réalisée en réduisant la ventilation à son niveau minimal, parce qu’il n’y a pas d’excédent de gaz carbonique produit par les éleveuses.

En somme, selon les résultats observés à la Ferme Gercy, le représentant de la Coopérative fédérée croit aux estimations de l’industrie, à savoir que la mise en place d’un plancher chauffant entraîne un profit net de 2¢ de plus pour chaque kilo de poulet par rapport au chauffage traditionnel.


Un transfert de ferme bien réussi
La Ferme Gercy inc. vient tout juste de passer aux mains des deux fils. Ghislain et Claude, âgés respectivement de 34 et 32 ans, détiennent chacun 40 % de l’entreprise tandis que leur père, Cyrille, et leur mère, Jocelyne St-Jacques, ont chacun conservé 10 % des parts. Un transfert qui s’est bien déroulé. « Il faut dire que depuis que nous avons l’âge, intervient Claude, mon père nous consulte pour les investissements majeurs. »

Cyrille, lui, a su lâcher prise et s’adapter aux nouvelles idées de sa progéniture. Pour preuve, malgré qu’il ait exploité pendant plus de 35 ans la ferme laitière qu’il avait acquise de son père, il a accepté le choix de ses enfants d’orienter l’entreprise vers l’aviculture. « Autrefois, quand je m’absentais, je revenais et mes gars n’étaient pas toujours de bonne humeur… que voulez-vous, ils n’aimaient pas la production laitière! Maintenant, je suis plus tranquille quand je pars, je sais qu’ils sont heureux là-dedans. »

En plus des deux poulaillers de poulets à griller, les frères possèdent 275 hectares (800 arpents) de terre sur lesquels ils cultivent surtout du soya. Mentionnons également que Ghislain est président de la coopérative Agrilait depuis quatre ans.

Quels sont les projets? « Nous visons à acquérir du quota parce que notre nouveau poulailler peut accueillir jusqu’à 25 000 poulets », répondent les deux frères. Déjà, en mai dernier, ils en ont acheté par l’entremise du Comptoir agricole de Saint-Hyacinthe. À l’automne, ils pourront passer d’un élevage de 17 000 à un peu plus de 19 000 oiseaux. En attendant, parions que d’autres projets trottent dans leurs petites têtes d’innovateurs!




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