L’agrandissement des entreprises agricoles, la diversité des activités et le manque de relève suscitent de nouveaux besoins en main-d’œuvre. Ne pouvant garantir seul un volume de travail suffisant pour fidéliser un employé, le partage d’une main-d’œuvre qualifiée et stable peut s’avérer profitable pour plusieurs producteurs agricoles. La formule des CUMO, ou coopératives d’utilisation de main-d’œuvre, apparaît comme un défi porteur d’avenir pour créer ou combler des emplois en milieu agricole afin d’améliorer les conditions de travail et de vie des entreprises ainsi associées.



Partager une main-d’œuvre entre plusieurs exploitations agricoles s’inscrit comme un moyen de repenser l'agriculture au même titre que les CUMA (Coopérative d'utilisation de matériel agricole). Nul n'aurait pu prévoir, en 1991, lors de la création de la première CUMA dans le Bas-Saint-Laurent, que cette formule de partage obtiendrait la faveur des producteurs agricoles. Pourtant, les résultats actuels le démontrent : en 2003, on dénombre environ 6 500 personnes impliquées dans 1 900 entreprises agricoles au sein de 65 CUMA dissé-minées un peu partout au Québec, particulièrement dans le Bas-Saint-Laurent et dans Chaudière-Appalaches, ainsi qu’en Ontario. Les immobilisations atteignent près de 7,5 millions $. L'intérêt toujours grandissant pour la formule CUMA réside dans le fait qu'elle est accessible à tous les producteurs. Elle représente beaucoup plus qu'une simple formule d'achat et de mise en commun du matériel agricole. Elle forme une association structurée, organisée, démocratique et solidaire à la mesure des besoins exprimés. C'est sur ces mêmes énoncés que reposent les fondements du projet coopératif de partage de main-d'œuvre (CUMO) mis de l’avant en 1996. Comme pour les CUMA, ce projet s'appuie sur une association ouverte à tous et « concep-tuellement souple », régie par des principes d'encadrement essentiels pour assurer et soutenir la dynamique du groupe. En bref, il s’agit d’une association coopérative constituée dans le but exclusif de mettre à la disposition de ses membres un ou des employés. Les membres sont collectivement responsables de l’employé, mais la CUMO est, de droit, l’employeur unique. Le respect mutuel et l’obligation envers les producteurs et la CUMO sont essentiels à son bon fonctionnement.


Les avantages et les exigences
Une CUMO comporte plusieurs avantages tant pour les producteurs membres de la coopérative que pour l’employé. Les producteurs profitent d’un employé qualifié dont l’expérience acquise sert à tous et chacun, ne payent que pour le bloc d’heures engagé et se dispensent des charges administratives et salariales. Cette formule coopérative permet également aux producteurs de s’offrir une meilleure qualité de vie en prenant des moments de repos (vacances, colloques, etc.). Pour l’employé, la CUMO offre une plus grande sécurité d’emploi de même qu’un enrichissement des connaissances et des compétences.

Une CUMO est une coopérative de producteurs agricoles constituée en vertu de la Loi sur les coopératives. Sa mise sur pied comprend trois principaux volets : consultation, organisation, formation. Il faut d’abord mesurer l’intérêt du milieu agricole pour ce projet par l’entremise d’un sondage, identifier les besoins en services et en personnel, dresser une liste de producteurs utilisateurs potentiels (il faut des leaders qui sauront rallier le monde) et rechercher des sources de financement.

Au départ, les sources de financement sont nécessaires. Idéalement, il faut compter entre 120 et 150 entreprises dans une CUMO pour que celle-ci puisse couvrir tous les frais (autofinancement) d’organisation de structure et d’administration reliés au fonctionnement d’un orga-nisme. Ces entreprises se répartissent dans diverses productions agricoles : bovins, ovins, laitiers, etc., que l’on nomme branches d’activité. On doit compter un employé par huit ou dix entreprises. L’employé, qui travaillerait en moyenne 160 heures par mois, consacrerait, à chacun des dix membres d’une CUMO, environ 16 heures de travail par mois (voir le schéma). Le conseil d’administration est indépendant des branches d’activité et regroupe en général sept membres. Le Québec compte actuellement quatre CUMO, mais aucune n’est financièrement autonome.

Au plan de l’organisation, il importe de constituer et définir l’association coopérative CUMO, faire une demande de statuts de constitution, élaborer la réglementation et le contrat d’engagement et procéder à la recherche d’un coordonnateur des diverses branches d’activité. Enfin, il restera à tenir l’assemblée de fondation conformément à la Loi sur les coopératives, déterminer le rôle des membres et du conseil d’administration, dresser le profil du poste, élaborer le contrat de travail de l’employé, et établir une grille de partage des services. De son côté, l’employé devra savoir s’adapter à plusieurs producteurs et à différentes méthodes de travail de même que respecter ses engagements.


Les conditions de réussite
Elles sont multiples et ne doivent pas être prises à la légère. Avant d’adhérer à une CUMO, il faut se poser les vraies questions : quels sont mes besoins de main-d’œuvre? Suis-je prêt à partager un employé, à déléguer des respon-sabilités et à payer pour ce service? Ai-je des qualités d’employeur? Suis-je assez souple pour accepter que des erreurs surviennent sans toujours tenir l’employé pour responsable? En tant que personne, il faut bien entendu avoir le souci des autres et la volonté d’agir ensemble. En plus d’élaborer une réglementation, un mode de fonctionnement et de bonnes conditions de travail, il faut s’assurer d’établir un climat de confiance entre les producteurs et l’employé. Chacun doit donc respecter ses engagements envers la coopérative, faire en sorte que les vraies affaires soient dites et ne jamais laisser un problème s’amplifier. De là l’importance d’engager un coordonnateur ou une coordonnatrice qui veillera à faciliter tout le processus (voir le schéma).

Structure organisationnelle type

La mise en place de ce type de coopérative est l'occasion de conduire une réflexion sur le devenir de l'agriculture par l’entremise de la réalisation d'une action concrète bien ancrée sur le terrain. Face au besoin criant de main-d’œuvre expérimentée en agriculture, cette avenue peut s'avérer une des solutions pratiques à cette problématique. Après 13 ans, la formule CUMA fait de plus en plus partie du paysage agricole parce que les producteurs y croient. Alors, pourquoi pas la formule CUMO également?


* L’auteur, conseiller en aménagement et développement rural au MAPAQ, direction générale du Bas-Saint-Laurent, est l’initiateur du mouvement des CUMA et des CUMO au Québec. Et le Bas-Saint-Laurent, son patelin, est la région qui les a vus naître. Camille Morneau serait même à l’origine du concept en Amérique du Nord. L’Ouest canadien s’intéresse notamment à cette formule. Il supervise également des projets au Vietnam, en Afrique central et au Maroc.




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