Un taux de change qui a considérablement nuit aux exportations vers les États-Unis, la perte d’un important client du partenaire commercial Shady Maple Farm et la venue de l’agence de vente ont miné les résultats de Citadelle au cours du dernier exercice. Des résultats que le président de la coopérative, René Arès, qualifie de « décevants compte tenu des efforts que l’entreprise a déployés ». Mais la coopérative de Plessisville ne lâche pas prise et entend se redresser notamment grâce au développement de produits et à l’élargissement de ses marchés locaux et internationaux.

Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d’érable, qui tenait sa 79e assemblée générale annuelle le 2 juin dernier, a vu ses ventes régresser de 7,5 % pour atteindre 44,6 millions $. L’excédent brut a quant à lui dégringolé de 26 % pour s’établir à 7,1 millions $.

Les quatre usines de Citadelle – Plessisville, Auclair, La Guadeloupe et Saint-Quentin, Nouveau-Brunswick – ont produit, au total, 12,6 millions de livres de sirop (nature et trans-formé) contre 15,2 millions de livres lors de l’exercice précédent. « Depuis l’avènement de l’agence de vente, nos ventes de sirop nature ont complètement cessé », explique le président de la coopérative. « L’utilisation du sirop pour la transformation accuse pour sa part une diminution de plus de 15 % en raison de difficultés commerciales que connaît Shady Maple Farm sur les marchés à grandes surfaces où l’élément prix est primordial », enchaîne Luc Lussier, le directeur général.

René Arès, président

En conséquence, l’excédent net de l’exercice n’a atteint que 112 700 $ comparativement à 2,7 millions $ l’année précédente. Il va sans dire que l’assemblée a résolu à l’unanimité que cet excédent soit entièrement versé à la réserve générale de la coopérative qui, pour l’exercice terminé le 29 février 2004, se chiffre à 7,86 millions $ par rapport à 7,2 millions $ l’an dernier.

L’excédent net du dernier exercice a suscité de l’inquiétude tant à la direction de l’entreprise que parmi les membres réunis en assemblée à Québec. La remise en question du statut de coopérative a même été lancée sur la table lors de la lecture des messages du président et du directeur général. Ce questionnement fondamental n’est évidemment pas étranger, encore une fois, à la venue dans le secteur acéricole québécois de l’agence de vente qu’a instituée la Régie des marchés agricoles en 2002, ont exprimé les dirigeants de l’entreprise.

« Le lien d’usage avec nos sociétaires a depuis été rompu, estime le président de Citadelle. On ne transige plus avec nos membres, on ne fait que leur fournir des barils. Nous n’acceptons plus de nouveaux membres, car nous ne disposons plus des bases pour le faire. Si nous demeurions dans la situation actuelle, d’importants changements pourraient survenir dans notre statut futur.»Souli-gnons que le nombre de membres de la coo-pérative de Ples-sisville, en régression depuis 2000, est passé de 2 300 au cours del’exer-cice 2002-2003 à 2 217 pour l’exercice terminé le 29 février 2004, soit un recul de 83 sociétaires.

Au cours de l’exercice, Citadelle a débattu devant la Cour supérieure la validité de son contrat de sociétaire et du respect de l’article 2 de la Loi sur la mise en marché agricole qui permettrait à Citadelle de se soustraire de l’agence de vente. Rappelons que l’article 2 stipule notamment que la mise en marché collective ne doit pas nuire aux coopératives. « Le statu quo n’augure rien de bon, estime le président. L’agence de vente concurrence et nuit considérablement à notre développement commercial et financier. Puisqu’elle est le fournisseur exclusif, elle vend ou peut vendre à notre clientèle à des conditions semblables ou pouvant être meilleures aux nôtres. Nous nous battrons pour conserver nos marchés. »
Comme le mentionnait Colette Lebel, directrice aux Affaires coopératives à La Coop fédérée et conférencière invitée à l’assemblée générale de Citadelle : « Jusqu’à quel point tenez-vous à contrôler la transformation et l’exportation du sirop d’érable? En tant que sociétaire, vous devez vous poser la question suivante : soutenir Citadelle ou démissionner? »

Interpellée par ces questions de premier ordre, Citadelle entend miser sur le sentiment d’appartenance de ses sociétaires et accroître, pour leurs bénéfices, saprésence corporative au sein des différents marchés du secteur acéricole, et ce, tant à l’échelle locale qu’internationale.

Les dirigeants et sociétaires de Citadelle croient aux valeurs de la coopération et sont persuadés que ce mode de fonctionnement est gage d’avenir. Une résolution a d’ailleurs été prise lors de la dernière assemblée générale de La Coop fédérée pour défendre et consolider la position des coopératives dont le lien d’usage avec ses membres est remis en question.

Luc Lussier, directeur général

Mais tout n’est pas sombre. Loin de là. Malgré la situation difficile qui prévaut, Citadelle a tout de même développé, en collaboration avec Shady Maple Farm Ltée, plusieurs nouveaux produits et emballages pour mousser les ventes – sirop épais, tire qui ne se cristallise pas à la température de la pièce, beurre d’érable demeurant toujours homogène. Précisons à ce sujet que, après la fin de l’exercice, la coopérative s’est engagée à acheter la totalité des actions de Shady Maple Farm Ltée avec laquelle Citadelle avait un contrat d’approvisionnement depuis cinq ans. Cet achat permettra de bénéficier d’une meil-leure synergie des efforts engagés dans la commercialisation des deux entités.
Active sur les marchés d’exportation depuis 1927, Citadelle met à profit son expertise aux quatre coins du globe, car de nombreux marchés restent encore à conquérir. Au cours du dernier exercice, ses ventes se sont accrues de 21 % en Europe et de 15 % en Asie.

« Les marchés de détail demeurent toujours les plus solides et les plus intéressants, exprime toutefois Luc Lussier. Nous avons maintenu substantiellement nos volumes de vente ce qui reflète le choix du consommateur à l’épicerie pour un produit dont il reconnaît la marque et la valeur. Le secteur des hôtels, de la restauration et des institutions constitue aussi un potentiel important que nous allons développer à court terme. »

À ce chapitre, la qualité des produits de Citadelle, qui ne se gène pas pour affirmer qu’elle commercialise « le meilleur sirop d’érable au monde », a encore une fois été reconnue, et ce, à l’échelle mondiale. Citadelle a en effet reçu, pour une sixième année consécutive, la médaille d’excellence dans la catégorie Marché international décernée par l’Institut international du sirop d’érable. Malgré ces efforts, il n’en demeure pas moins que la concurrence est très vive et que Citadelle est confrontée à des produits de qualité inférieure, décolorés ou encore embouteillés à l’étranger à moindre coût. Les importateurs de vrac qui transforment et embouteillent chez eux sont également des irritants pour Citadelle qui tente d’y exporter ses produits.

Pour mousser la consommation de produits de l’érable, la coopérative a lancé, il y a quelques années, le concept avant-gardiste des bistros-boutiques Les Délices de l’érable où l’on peut acheter ou consommer sur place une gamme étendue de produits de l’érable de même que des mets et desserts fabriqués à base de produits de l’érable. Citadelle exploite deux bistros-boutiques, à Montréal et à Vancouver. L’établissement de Montréal, le plus rentable des deux, sert de modèle pour ajuster celui de Vancouver qui a récemment été rénové. Les dirigeants de Citadelle comptent aussi donner un nouvel essor à ce réseau en établissant des alliances avec des partenaires d’affaires.

L’entreprise a également trouvé moyen de soutenir des projets de développement à l’étranger par l’entremise de la Société coopérative de développement international (Socodevi) et d’appuyer la Coopérative de développement Centre du Québec/Mauricie pour promouvoir le développement régional par la formule coopérative. Enfin, Citadelle a versé, comme chaque année, des commandites à plusieurs organismes pour contribuer à la réalisation de leurs projets.

Pour atteindre ses multiples objectifs, Citadelle mise largement sur ses employés qui jouent un rôle de premier ordre dans l’application de la politique de qualité dont elle s’est dotée. Le thème du rapport annuel Notre force : l’expertise de notre équipe, en fait d’ailleurs état.

La récolte 2004 a été très productive, et ce, tant sur le plan de la quantité que de la qualité du sirop. Les inventaires québécois pourraient s’élever à 60 millions de livres. Même si les volumes de sirop écoulés ont doublé depuis le début des années 1990, le marché est régulièrement aux prises avec des surplus. Un système de contingentement a été imposé cette année pour tenter de juguler la production. « Accroître le volume de consommation, c’est la seule véritable façon de réduire les surplus et Citadelle s’y consacre avec acharnement », assure Luc Lussier.




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