Même après avoir décelé une belle chaleur, inséminé au bon moment, puis avoir réussi la conception, on voudrait crier victoire. Mais il reste encore une période critique : celle des mortalités embryonnaires.

Pour qu’une vache puisse produire du lait, elle a besoin de plusieurs nutriments. Mais l’élément essentiel reste qu’elle doit mettre bas. La réussite reproductive est à la base de la productivité et de l’efficacité des fermes laitières. Depuis une dizaine d’années nous remarquons, avec les nouvelles générations de vaches plus productives, que l’efficacité reproductive est légèrement en déclin. On observe une augmentation de l’intervalle vêlage-conception, une plus grande période d’anoestrus postvêlage ainsi qu’un pourcentage plus élevé de chaleurs irrégulières (Lucy, 2002). La communauté scientifique s’interroge : d’où provient ce déclin? Il semble que le lien avec la production de lait serait indirect. Le bilan énergétique négatif et les pertes de condition de chair plus importantes en début de lactation en seraient plutôt la source (Butler, 2003). Il est également vrai de penser que les vaches d’aujourd’hui, avec des productions de plus en plus élevées, sont davantage susceptibles d’avoir un bilan énergétique négatif plus sévère en début de lactation. Quoi qu’il en soit, la reproduction est non seulement le facteur le plus important en production laitière, mais aussi le plus grand défi.


Une période critique!
Même après avoir décelé une belle chaleur, inséminé au bon moment, puis avoir réussi la conception, on voudrait crier victoire. Mais il reste encore une période critique : celle des mortalités embryonnaires. La recherche démontre qu’il y aurait de 25 à 55 % de mortalités embryonnaires. Cela signifie que jusqu’à plus de la moitié des vaches gestantes peuvent perdre leurs embryons en début de gestation. C’est quand même un peu frustrant, après tous ces efforts.

Pour qu’une gestation soit maintenue, la mère doit reconnaître l’embryon, ce qui nécessite une série d’interactions métaboliques. Ce sont ces interactions qui feront que la gestation sera maintenue et menée à terme. Les mortalités embryonnaires, ou avortements, peuvent se produire tout au long de la gestation. Par contre, les risques sont beaucoup plus élevés durant les 40 premiers jours suivant l’insémination, c’est-à-dire la phase embryonnaire de la gestation. Environ 30 % des mortalités embryonnaires surviennent lors des 7 premiers jours de gestation et 40 % entre les jours 8 et 17 (Thatcher et al., 1994). Généralement, on retrouve moins de 10 % de mortalités après 42 jours de gestation (Vasconcelos et al., 1997).


Quelle en est la cause?
Les anomalies chromosomiques sont une des causes majeures des mortalités embryonnaires. Ce phénomène, malheureusement incontrôlable, existe chez toutes les espèces. La nature étant bien faite, elle met fin au développement de l’embryon plutôt que de rendre à terme un animal anormal.

Il existe, par contre, d’autres facteurs externes qui peuvent avoir des répercussions sur les mortalités embryonnaires et sur lesquels on peut avoir un certain contrôle. On sait que le stress thermique ou les chaleurs intenses occasionnent des hausses de température corporelle. Ces hausses de température diminuent la production d’hormones responsables du développement folliculaire, de même que la concentration de progestérone sanguine, l’hormone responsable du maintien de la gestation, ce qui a pour effet d’augmenter les risques de mortalités embryonnaires. Une ventilation, un environnement adéquat et une alimentation bien adaptée sont donc de mise durant les périodes chaudes de l’été.

Tableau 1

L’alimentation est également un facteur important de réussite. Pratiquement tous les nutriments des rations pour vaches laitières ont une influence directe ou indirecte sur la reproduction. Les bilans énergétiques et protéiques peuvent avoir une influence considérable. La protéine est essentielle au développement du fœtus. Il est donc important de rencontrer les besoins en protéines brutes et disponibles au rumen (RAPMC) tout en respectant les ratios de protéines solubles, dégradables et non dégradables. Un excès de protéines brutes ou rapidement dégradables dans les rations peut contribuer à augmenter les niveaux d’urée sanguins, changer le pH de l’environnement utérin et, par le fait même, affecter le développement embryonnaire et diminuer les chances de survie.

Il est maintenant accepté de tous que le bilan énergétique a un impact très important sur la reproduction. Le temps et l’intensité du déficit énergétique en début lactation ont des répercussions directes sur la longueur de l’anoestrus postvêlage, l’intervalle vêlage-première ovulation ainsi que sur la fertilité proprement dite.

Une des façons d’améliorer le bilan énergétique en début de lactation, une fois la consommation volontaire optimisée, est l’ajout de gras dans la ration. De plus, certains chercheurs ont démontré que le gras stimule les fonctions ovariennes et le développement folliculaire (Lucy et al, 1992). Les gras sont également des précurseurs du cholestérol qui, comme chez l’humain, est essentiel à la production de plusieurs hormones sexuelles.

Figure 1

Depuis quelques années, plusieurs recherches se penchent sur les acides gras et leurs effets sur la reproduction. De nombreux chercheurs, dont la Dre Hélène Petit du centre de recherche d’Agriculture et agroalimentaire Canada, ont démontré que certains types de gras, les Oméga-3, auraient des répercussions plus positives que d’autres sur la reproduction, et plus particulièrement sur la viabilité des embryons. En fait, comme chez l’humain, les vaches ont des besoins spécifiques en différents types d’acide gras. On recherche un ratio Oméga-6 : Oméga-3 optimum.

À l’origine, les vaches mangeaient des rations moins denses et plus riches en Oméga-3. Par contre, en augmentant la densité des rations pour combler les besoins des vaches hautes productrices, nous avons augmenté la quantité d’Oméga-6 et diminué les Oméga-3. L’objectif est donc d’améliorer les ratios Oméga-6 : Oméga-3 des rations à haute densité.

On a démontré que des vaches dont l’alimentation est supplémentée avec une source d’Oméga-3 avaient un corps jaune plus gros et produisaient une plus grande quantité de progestérone, l’hormone responsable du maintien de la gestation (Petit et al, 2002).

Il est important de bien connaître le développement de l’embryon pour comprendre la problématique des mortalités embryonnaires (Tableau 1). Une des périodes critiques se situe entre le quinzième et le vingtième jour du développement. Si le développement embryonnaire est normal, au jour 15 l’embryon prend une forme filamenteuse et envoie un signal à l’utérus, l’interféron(IFN-t), qui lui dira qu’il y a bel et bien un embryon viable et qu’il faut maintenant le rendre à terme. Ce signal fera donc baisser les niveaux de PGF2a, l’hormone responsable du retour du cycle et de la chaleur. Il y aura également diminution de l’ocytocine, l’hormone des contractions, et un développement accru du corps jaune. Il en résultera une production plus importante de pro-gestérone et l’embryon sera maintenu en vie. Par contre, si l’embryon n’est pas assez développé au jour 15 et ne peut manifester sa présence par la production d’interféron (IFN-t), il y aura alors sécrétion de prostaglandine (PGF2a) par la muqueuse qui tapisse la cavité utérine. Ce signal sera interprété comme s’il n’y avait pas eu fécondation, il y aura alors régression du corps jaune et le cycle sera initié de nouveau.

C’est à cette période que les acides gras Oméga-3 peuvent intervenir. En favorisant un corps jaune plus développé et une production de progestérone plus importante, l’embryon a beaucoup plus de chance d’atteindre le diamètre nécessaire pour produire la quantité nécessaire d’interféron(INF-t) et donner signe de vie à l’utérus. De plus, il a été démontré que les acides gras Oméga-3 réduisent la production de la prostaglandine 2a, responsable du retour de l’activité cyclique et de certaines mortalités embryonnaires (Figure 1).

Cette approche d’acides gras spécifiques est, en fait, celle du supplément énergétique Repr-O-Méga ALC. Il contient plusieurs sources d’acides gras Oméga-3 qui sont protégés de la dégradation au rumen. Le Repr-O-Méga, en plus d’être une source importante d’énergie en début de lactation, fournit les éléments non énergétiques des Oméga-3 afin de minimiser les mortalités embryonnaires. Il permet d’obtenir un plus gros corps jaune pour un meilleur développement de l’embryon (Figure 2) et de diminuer la production de PGF2a afin de réduire les risques de retour en chaleur après fécondation (Figure 3).

Figure 2
Figure 3

La reproduction sur une ferme laitière est certainement un des éléments les plus complexes à maîtriser. Après avoir franchi toutes les étapes qui précèdent la conception, on voudrait dire mission accomplie! Mais il reste toujours la période frustrante des mortalités embryonnaires. Certains facteurs incontrôlables proviennent de la sélection naturelle, alors que d’autres peuvent être amoindris. L’environnement est un facteur important, surtout en période estivale. Une alimentation bien équilibrée est aussi de mise, d’autant plus que des recherches récentes viennent appuyer les bienfaits du Repr-O-Méga ALC pour le développement embryonnaire en améliorant le ratio Oméga-6 : Oméga-3.


* L’auteur est spécialiste en nutrition des ruminants à La Coop fédérée.




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