En cultivant principalement des courges, pour le légume et pour la fleur, mais aussi des pâtissons, piments de Chili, artichauts, ainsi que des fleurs de capucines, de pensées et de calendulas, on ne peut pas qualifier Normand Legault de producteur traditionnel. Mais peut-on bien se tirer d’affaires avec des produits aussi inusités? Oui, selon lui, en visant les marchés de niche.

Établi à Auteuil, un quartier de Laval près de Montréal, Normand Legault a toujours commercialisé ses produits par l’entremise d’un distributeur qui vend au marché Jean-Talon, à Montréal. « Ces commerçants occupant les marchés publics cherchent à se distinguer les uns des autres en offrant la meilleure qualité ou en étant les premiers à offrir un nouveau produit », explique le producteur. Ils sont aussi à même de voir les nouvelles tendances. C’est ainsi qu’un jour ils ont vu croître la demande en courges et se développer un créneau dans la fleur de cette cucurbitacée.

De cette dernière tendance, le maraîcher lavallois a créé une plus-value en offrant la courge attachée à sa fleur. Un produit d’une beauté tellement attrayante que les clients s’exclament devant les caisses de fleurs entassées minutieusement lorsqu’il livre au marché. Ce contact privi-légié avec les clients est d’ailleurs un élément de son métier qu’il apprécie particulièrement : « C’est tellement valo-risant », exprime-t-il.

Ce fils de producteur a acheté son entreprise maraîchère il y a une vingtaine d’années. L’ancien propriétaire cultivait principalement de la laitue romaine. À cette époque, la consommation de cette plante herbacée était en croissance au Québec et l’offre, encore rare. Les prix étaient donc intéressants. Cependant, cette laitue est devenue un produit plus commun et les prix ont chuté avec sa popula-risation. Au fil des ans, Normand Legault s’est donc dirigé vers la culture de la courge pour produire aujourd’hui entre 10 et 12 000 plants par année, dont 3 à 4 000 sont consacrés à la fleur.


La qualité et le souci du détail
Une courge plus ferme, plus jaune ou plus verte, une fleur plus résistante, voilà ce qui stimule Normand Legault à faire continuellement des essais avec de nouvelles variétés. L’objectif ultime : avoir le meilleur et le plus beau produit à offrir. Dans un même souci de qualité, il produit chaque année quelque 600 plants en serre, parce que les fleurs sont plus hâtives et plus belles lorsqu’elles ne sont pas exposées aux intempéries.

Outre cela, sachant que, par sa fragilité, la fleur de courge ne peut être lavée avant d’être apprêtée, il n’utilise aucun pesticide dans ses cultures en serre. « Ce ne serait pas respectueux pour les consommateurs », soutient cet homme qui ne manque pas de mots pour s’exprimer. Il prend aussi soin de retirer les abeilles, lorsqu’il s’en trouve quelques-unes magnétisées par le pollen au fond de la fleur.

Normand Legault aime les gens et la vie. Toute l’énergie qu’il déploie pour offrir à la clientèle du marché Jean-Talon des fleurs de courge aussi somptueuses le démontre bien.

Son souci de la qualité s’applique également au service. Le temps de la récolte venu, les fleurs, dont la durée de vie est d’environ 24 heures, sont cueillies à l’aube et livrées le matin même. « Il m’est déjà arrivé d’être en retard et un client attendait mes fleurs de courge depuis un bon moment », raconte le producteur qui en a tiré une bonne leçon : « Quoi qu’il arrive, je m’arrange pour être à l’heure. »

Est-ce une production payante? « Ça permet de bien gagner sa vie, répond l’intéressé, à la condition d’être prêt à vivre avec les inconvénients : se lever à l’aube tous les matins, des mois de mai à octobre, et faire sa journée en quelques heures; vivre avec les aléas de Dame Nature, les récoltes n’étant pas fructueuses tous les ans; savoir négocier avec un distributeur et être assez minutieux pour répondre aux exigences d’un marché de niche. »
Cultiver les courges

Normand Legault ne fait pas de semis directs au champ. Il produit ses propres plants en serre qu’il transplante selon trois techniques culturales : dans des pots en serre, sous tunnel et en plein champ. De la sorte, il obtient une récolte qui s’échelonne de mai à octobre.

Il procède à cinq plantations durant la saison. La première se fait en serre à la fin du mois d’avril; la deuxième, sous tunnel, vers le 15 mai; les trois autres se font au champ vers le 1er et le 25 juin ainsi qu’au milieu du mois de juillet.

En serre, chaque plantule est transplantée dans un pot individuel, en terre noire. « Je fertilise par fertigation (technique par laquelle les éléments fertilisants sont ajoutés à l’eau d’irrigation) seulement au besoin », commente le producteur. Trente jours après la plantation, les premières fleurs de courge apparaissent.


Contrôle des parasites
La philosophie première de Normand Legault est d’éviter, dans la mesure du possible, tout traitement avec des produits chimiques. Ainsi, dans la serre, il a installé au sol un tapis en géotextile pour empêcher les mauvaises herbes d’envahir les plants. Sous tunnel, le paillis de plastique empêche les mauvaises herbes de pousser dans l’environnement immédiat de la courge. Et pour l’ensemble des cultures au champ, un bon travail du sol élimine en grande partie les mauvaises herbes en formation, puis il enlève manuellement celles qui apparaissent en cours de route.

Xavier Legault

Pour ce qui est de la chrysomèle rayée du concombre, l’insecte qui tend à envahir les courges, le producteur ne traite pas à moins d’une situation d’infestation excessive. En serre, toutefois, il les contrôle à l’aide de plaquettes collantes, selon le même procédé que les collants à mouches, fixées à plusieurs endroits.

Quelles sont les maladies qui attaquent la courge? « C’est surtout l’oïdium », répond Amélie Lachapelle, experte-conseil à la SCA de l’Assomption qui explique que cette maladie fongique, communément appelée « le blanc », se manifeste par des taches poudreuses blanches sur les feuilles. Dans les champs de Normand Legault, elle apparaît habituellement après le pic de production, soit au moment où le plant perd de la force. « J’arrête alors la production plutôt que de traiter avec un fongicide », explique le père de cinq enfants.


Cap sur l’avenir!
Quand on demande à Normand Legault quels sont ses projets, il répond qu’il ne compte rien changer de ses acti-vités d’ici cinq ans. Sa conjointe, Réjane Gélinas, enseignante au collégial répond dans le même sens : « Faire la cueillette, ça me relaxe », dit-elle en signifiant qu’elle souhaite bien continuer ainsi. Quatre de leurs enfants sont encore aux études et contribuent aux travaux de l’entreprise. Une de leurs filles, Anne-Marie, est experte-conseil en production maraîchère à la SCA Sud de Montréal, mais aspire à exploiter un petit coin de terre. Pour se faire la main, cette année, elle a mis en terre quelque 5 000 plants de tomates.

En somme, le couple conserve le statu quo en attendant que leurs enfants manifestent leur désir de prendre ou non la relève. Il faut dire qu’en février dernier, Normand Legault a été élu au sein du conseil d’administration de la Fédération des producteurs maraîchers. Ceci lui apportera un peu plus d’implication et lui donnera une autre occasion de mettre à profit ses connaissances… ainsi que son éloquence.


Récipiendaire d’un Phénix en environnement
En 2003, Normand Legault a reçu un Phénix en environnement pour un projet de mise en valeur de matières résiduelles, réalisé en partenariat avec Moisson Montréal (un organisme de distribution alimentaire aux démunis) et un autre producteur agricole, Roger Paquette. Le Conseil régional de l’environnement de Laval et le Collège de Rosemont ont aussi contribué au développement du projet.

L’idée, initiée par Moisson Montréal, visait à achemi-ner les matières putrescibles vers des entreprises agricoles pour être compostées, plutôt que de les diriger vers les sites d’enfouissement. Ainsi, les tonnes d’aliments non consommables (surtout des fruits et légumes) reçus par l’organisme sont désormais sélectionnés. « J’ai trouvé extraordinaire que les gens de Moisson Montréal aient cette sensibilité de récupérer les matières putrescibles, commente Normand Legault. Après tout, c’est un surplus de travail pour eux. »

Depuis 1992, Normand Legault produisait du compost qu’il utilisait comme amendement de sol. C’est pourquoi il a eu envie de participer au projet. C’est une manière de faire une bonne action pour l’environnement, tout en étant rémunéré pour le temps qu’il y consacre.




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