En 2003, les producteurs agricoles ont utilisé environ 17 % des composts québécois. D’ici les prochaines années, de nouvelles installations de compostage verront le jour pour tenter de résoudre certaines problématiques environnementales et répondre aux nouvelles exigences gouvernementales visant à dévier de l’enfouissement ou de l’incinération 60 % des matières putrescibles. Le compostage est une version améliorée, contrôlée et accélérée du processus qu’utilise Dame Nature pour décomposer la matière organique en une matière nutritive pour le sol. Bien que pratiqués depuis de très nombreuses années, ce n’est qu’au cours du 20e siècle que ces principes scientifiques et bienfaits pour les sols ont été reconnus. Il augmente leur niveau de matières organiques et stimule leur activité biologique. Il aide à contrôler l’érosion, rend les sols argileux plus légers et moins compacts favorisant ainsi l’infiltration de l’eau et sa rétention. Sa valeur fertilisante est variable selon les matières premières utilisées.

Le processus de compostage
Le compostage est un procédé biologique qui repose sur des opérations simples : formulation de mélanges de matières biodégradables, aération, retournement, humidification et entreposage. Par contre, pour obtenir un produit de qualité, les paramètres suivants doivent être rigoureusement suivis tout au long du processus : la tempé-rature, la teneur en oxygène, la porosité, l’humidité, le rapport carbone-azote et le pH du mélange. Le contrôle efficace de ces derniers réduit la durée du compostage, détruit les pathogènes et minimise l’émission d’odeurs de gaz et de liquides polluants produits durant l’opération.

Produire du compost nécessite aussi peu qu’une surface étanche et une pelle mécanique. Cependant, des défis importants se présentent selon les matières et les volumes à composter ainsi que la qualité souhaitée. Voici les principales technologies disponibles en ordre croissant d’investissements et de coûts d'opération :

piles statiques;
andains ou piles retournés;
piles ou andains aérés;
silos couloirs;
tunnels fermés.

Lorsqu’il est fait correctement, le compostage permet d’éliminer les organismes pathogènes (susceptibles de causer une maladie) retrouvés dans certaines matières. Le recouvrement par une toile ou une toiture réduit de façon importante le volume de liquides produits en cours de compostage et les pertes d’éléments fertilisants. Les principales technologies utilisées au Québec sont les piles ou andains retournés mécaniquement.


Le compostage de fumier et de boues de lisier
Le compostage du fumier permet d’en réduire la masse et le volume d’environ 50 %. Ceci permet d’apporter les éléments nutritifs au champ avec moins de déplacements, sans odeur et sans apport d’organismes pathogènes. Les producteurs en situation de surplus de phosphore peuvent également vendre leur compost au secteur horticole ou aux producteurs maraîchers et biologiques, s’il correspond aux caractéristiques de ces clients.

Quelques producteurs gèrent depuis quelques années des sites de compostage de fumier ou de boues de lisier. Mentionnons que l’obtention d’un certificat d’autorisation n’est pas nécessaire pour le compostage de fumier ou de produits de ferme de volume inférieur à 500 m3 ou d’un mélange de moins de 150 m3 de feuilles mortes et de fumier.

Plusieurs travaux de recherche de compostage à la ferme ont donné des résultats intéressants ces dernières années. Des projets ont récemment été réalisés par l’ITA et le Centre de recherche industriel du Québec (CRIQ) pour mettre au point un procédé de compostage à la ferme de fumier et de résidus municipaux de feuilles et de gazon. Ceci pourrait s’avérer une avenue intéressante pour les petites municipalités dans le cadre de la réalisation de leur récent plan de gestion des matières résiduelles. Peut-être verrons-nous prochainement des partenariats entre producteurs et municipalités afin de répondre à leurs besoins respectifs.

Aquaterre, filiale de Purdel, coopérative agroalimentaire, produit entre autres du compost avec les boues de lisier de porc issues du traitement BIOSOR. Mieux connu sous le nom bio-correcteur HUMIX, ce compost est caractérisé par sa teneur élevée en matière organique qui apporte aux sols argileux et sablonneux les éléments nécessaires pour l’alléger. Pour ce faire, les boues de lisier sont mélangées à de la tourbe et de la sciure de bois franc. Afin de détruire les organismes pathogènes et assurer l’hygiénisation du compost, l’andain formé est maintenu pendant environ six semaines dans une phase thermophile. Cette phase de décomposition rapide est caractérisée par des températures entre 45 et 55 °C. Les andains sont par la suite brassés et mis en meule pour permettre la maturation de ce compost. Le produit composté est ensuite mélangé à un compost de première qualité et ensaché dans des sacs de 35 litres ou vendu en vrac.


Compostage d’animaux morts
Le compostage pourrait-il s’avérer une technologie de rechange intéressante à la récupération des animaux morts? Pour l’instant, la réglementation n’autorise pas ce type de compostage à la ferme (voir l’encadré Nouveau projet de règlement). Des projets pilotes pour plusieurs productions (bœuf, porc, veau, agneau, chèvres) devant se terminer en 2005 sont en cours dans plusieurs fermes québécoises. Ces projets permettront d’identifier la faisabilité technique et économique de ce procédé. Ce choix nécessitera une réflexion poussée et représentera un défi de taille pour ne pas transférer le problème ailleurs. Il faudra porter une attention particulière sur plusieurs aspects : l’efficacité de destruction des organismes pathogènes, la qualité du compost produit, le respect des normes de biosécurité, les risques de conta-mination de l’environnement et la protection de la santé publique notamment à cause du risque accru d’attirer sur le site des animaux nuisibles potentiellement porteurs de maladies.

Avant de se lancer dans le compostage à la ferme, les producteurs intéressés doivent évaluer le temps qu’ils peuvent y consacrer, estimer les coûts et revenus associés au choix de la technologie appropriée et au compost produit et s’assurer de trouver des débouchés à leur produit. À première vue, le compostage peut être rentable pour des petits volumes qui nécessitent peu d’investissement, pour les gros volumes où l’on bénéficie d’une économie d’échelle ou lorsque le producteur peut facturer des frais de service (pour le compostage de résidus verts municipaux, par exemple). Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, une formation sur le compostage en agriculture a récemment été développée conjointement par le CRIQ et la firme SOLINOV. La ville de Gatineau sera également l’hôte de la 14e conférence nationale annuelle sur le compostage, du 15 au 17 septembre 2004, organisée par le Conseil canadien du compostage. Vous trouverez plus d’information sur le site Internet suivant : www.compost.org/cccConf2004Fr.html

Le compostage en chiffres
Au Québec, en 2003, plus de 865 000 tonnes humides de matières aurait été traitées par les sites centralisés de compostage. De ce nombre, 11 % sont des résidus agricoles. Selon une enquête réalisée en 2003 par l’Association québécoise des industriels du compostage (AQIC) auprès de 32 sites, les composts produits au Québec sont écoulés sur divers marchés, et ce, principalement en vrac. Un peu plus de 40 % des composts produits sont utilisés par le secteur horticole de détail (centres jardins et grandes surfaces), 31 % pour l’aménagement paysager et l’entretien des espaces verts, 17 % en agriculture (grande culture et horticulture) et 11 % pour la restauration des sites dégradés. Le prix de vente moyen en 2002 du compost de catégorie AA1 se chiffrait à 25 $/tonne en vrac et 89 $/tonne en sac.

Nouveau projet de règlement
Le MAPAQ a publié en juillet 2004 un projet de règlement afin de permettre aux producteurs avicoles d’utiliser le compostage comme autre moyen de disposition des cadavres de volaille et des œufs provenant de leur ferme. L’installation de compostage devra être située sur les lieux mêmes de l’exploitation et comporter : une plate-forme bétonnée étanche conçue de façon à ne pas contaminer l’environnement, un toit la protégeant de la pluie et de la neige, des sections de compostage primaire et secondaire de moins de 1,8 mètre et une structure empêchant l’accès aux animaux vivants. Les producteurs devront obtenir au préalable, un permis d’atelier d’équarissage de catégorie « compostage ».


1. Les normes de qualité du compost ont été conçues et déterminées en fonction de l’usage auquel il est destiné. Le compost de catégorie A ou AA peut être utilisé à toutes les fins. Le compost de catégorie inférieure (catégorie B) ne devrait être utilisé que dans des cas bien précis, comme la restauration des anciens sites miniers où le sol est de moins bonne qualité.

Sources
FORCIER, Françoise, et Sophie CANTIN. Opération d’installations de compostage – Manuel de référence, La Société SOLINOV–CRIQ-CCC, 2e édition, 2003, 245 p.
Site du Conseil canadien du compostage www.compost.org
FORCIER, Françoise, et Mario LAQUERRE. Filière des matières résiduelles compostables – Plan stratégique, Document de travail, Version 2, RECYC-QUÉBEC, juin 2004.

* L’auteure est directrice au Service de l’environnement à La Coop fédérée.




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