Des taures dont la condition de chair oscille entre 4,5 et 5, donc carrément obèses, peuvent avoir de sérieux problèmes au vêlage.



L’obésité occasionnelle rencontrée chez la taure d’élevage est due à la qualité toujours grandissante des fourrages (coupe hâtive, utilisation accrue de l’ensilage de maïs, etc.) ainsi qu’à une plus grande disponibilité d’aliments (refus du groupe 1) durant la phase de croissance. Même si elles perdront rapidement cet excès de poids en début de lactation, le risque qu’elles soient atteintes d’une acéto-némie clinique est élevé, surtout si cet état est combiné avec un stress au moment du vêlage comme une mammite, le transport ou encore le froid.


La dystocie et la résistance des veaux
La condition de chair excessive peut augmenter les risques d’un vêlage laborieux (dystocie) qui requiert généralement de l’assistance.

Examinons les données d’une étude effectuée au Colorado en 2003 sur trois troupeaux qui recensaient 6 528 vêlages et 6 690 veaux1.

Première constatation, les primipares (1er veau) ont reçu de l’assistance dans 52,6 % des cas comparativement à 28,7 % pour les multipares. Le pourcentage de veaux mort-nés était, dans l’ensemble, de 7,2. Les risques associés au vêlage sont donc importants et, malgré notre bonne volonté, on peut perdre un veau à la naissance.

Les chercheurs ont aussi étudié le pourcentage de mort-nés, de morbidité (faible viabilité) et de mortalité en fonction du niveau d’assistance donnée et du sexe du veau. Les veaux ayant nécessité une assistance avaient 5,3 fois plus de risques d’être mort-nés que ceux nés sans assistance. Étonnamment, cette étude n’indiquait aucune différence significative entre les veaux mâles et femelles lorsqu’il y avait eu assistance au vêlage.

Une autre étude2 réalisée en 2004 sur trois troupeaux de Californie (1 905 taures) a révélé que la difficulté de vêlage avait été plus grande avec les veaux mâles qu’avec les veaux femelles, ce que l’on observe d’ailleurs le plus souvent sur nos fermes.

De plus, dans l’étude du Colorado, les veaux ayant reçu de l’assistance avaient 1,3 plus de risques d’être moins viables et 1,4 fois plus de risques d’être affectés par des troubles respiratoires et des désordres digestifs que les veaux n’ayant reçu aucune assistance (voir le tableau ci-dessous).

Enfin, le taux de mortalité moyen a été de 13,4 % entre la naissance et le sevrage pour les veaux nés vivants. Lorsque les mort-nés ont été additionnés à la mortalité jusqu’au sevrage, les génisses nées lors de dystocie avaient 2,3 fois plus de risques de mourir.


L’assistance au vêlage
L’assistance au vêlage ne cause pas la dystocie. Cependant, si elle est pratiquée trop prématurément ou avec une force excessive, elle peut effectivement en devenir la cause. Il importe donc d’en discuter avec votre vétérinaire. Dans l’étude réalisée au Colorado, mentionnée précédemment, la ferme qui avait le plus d’assistances au vêlage était aussi celle qui avait enregistré le moins de mortalité chez les veaux. Ce qui signifie que lorsqu’elle est bien effectuée, l’assistance au vêlage peut être bénéfique.

Un bon article sur le sujet a d’ailleurs été publié dans la revue Le Producteur de lait québécois en 20023. Dans cet article, il est mentionné qu’un retard dans le processus de vêlage pouvait être dû, entre autres, à l’inertie de l’utérus, comme dans les cas de fièvre du lait, et qui entraîne le ralentissement ou l’arrêt des contractions utérines. Il va de soi qu’un utérus inerte nécessite que l’on porte assistance au vêlage.

Augmentation de la fréquence des problèmes de santé
lorsqu’une assistance est nécessaire au vêlage.

Mort-nés Morbidité Mort-nés + morbidité Troubles digestifs + respiratoires
Avec assistance 5,3 fois plus 1,3 fois plus 2,3 fois plus 1,4 fois plus


Toxémie de gestation et corps cétoniques

La toxémie de gestation, terminologie plus fréquente chez les petits ruminants (ovins et caprins), pourrait aussi être à l’origine de l’inertie de l’utérus chez les bovins. Ce phénomène résulterait d’une accumulation de corps cétoniques dans le sang (acétonémie). La toxémie de gestation se produirait le plus souvent lorsque les brebis ou les chèvres portent des jumeaux ou triplets et lorsqu’elles sont soit trop grasses ou trop maigres.

Le premier symptôme de la toxémie de gestation est le manque d’appétit. Les brebis sont léthargiques, dépressives et, souvent, ne mangent plus du tout. Le manque d’appétit entraîne alors une mobilisation excessive des réserves corporelles et un engorgement du foie qui provoque une hausse des corps cétoniques dans le sang et l’urine.

Chez la taure, l’utilisation des réserves de gras corporel pour fournir de l’énergie lorsqu’elle consomme moins, entraînera la production de corps cétoniques dans le système sanguin de l’animal et un excédent lorsque les taures sont trop grasses (voir la figure à la page 55), conduisant aussi à la toxémie de gestation.

Les corps cétoniques sont des molé-cules très petites qui peuvent traverser la barrière placentaire et, de ce fait, atteindre le fœtus. S’ils se retrouvent en excès dans le sang, ils peuvent devenir toxiques pour l’animal et, possiblement, pour sa progéniture. De plus, dans les cas d’acétonémie, il pourrait y avoir un manque de transfert de glucose entre la mère et le fœtus, affaiblissant ce dernier si ce déficit est prononcé.


Le glucose
L’énergie est entreposée dans les cellules du foie et des muscles sous forme de glycogène. Lors d’un effort musculaire, le glycogène se transforme en glucose, le carburant qui permettra de soutenir un effort important. Dans les cas d’acétonémie prononcée avant le vêlage (en raison d’une baisse drastique de la consommation d’aliments), les réserves de glycogène des muscles et du foie sont utilisées pour les besoins de maintenance de l’animal. Le manque de glucose pour les autres fonctions du métabolisme qui en résultera pourra entraîner un manque de glucose au niveau des muscles et, par conséquent, provoquer un ralentissement des contractions en plein travail. Cette situation aura pour effet de prolonger le vêlage et d’augmenter les risques de dystocie et de mort-nés.

Selon des observations sur le terrain, le niveau anormalement élevé de mort-nés dans un élevage pourrait être relié à la condition de chair excessive (4,25 et plus) des taures. Lors de ces observations, le niveau de mort-nés est revenu à la normale après avoir corrigé la ration et la condition de chair. La condition de chair excessive combinée à un stress (mammite, froid, transport, etc.) aurait vraisemblablement haussé le taux de corps cétoniques, réduit le glucose sanguin et entraîné un état léthargique ainsi qu’une réduction des contractions musculaires. Cette situation aurait prolongé indûment le vêlage et causé l'épuisement, l’affaiblissement ou la mortalité du veau.


Le contrôle de la condition de chair
Avec la qualité énergétique des fourrages et des grains, les RTM servies à 1 ou 2 groupes et la quantité élevée des refus des groupes en lactation que l’on donne aux taures, les taures gestantes peuvent, lentement mais sûrement, engraisser sans que l’on s’en aperçoive. Il importe donc de bien contrôler la condition de chair des taures durant toutes les phases de l’élevage.

Plusieurs facteurs entraînant la dystocie sont hors de notre contrôle (gros veau, passage étroit, positionnement, etc.). En revanche, on peut s’assurer que les animaux soient en bonne forme physique, en bonne condition de chair et logés confortablement. La taure dont la condition de chair est de 3,5 à 3,75, qui n’est ni trop grasse ni trop maigre, démontrera plus d’agressivité à la mangeoire et risquera moins d’être affectée par l’acétonémie clinique lors du vêlage. Les risques d’assister à une diminution ou à un arrêt des contractions en plein travail lorsque le veau est engagé dans le passage seront de beaucoup diminués.

S’il ne faut pas suralimenter l’animal, évitez aussi de le sous-alimenter. Rappelez-vous que c’est lors des derniers mois de la gestation que se forment les deux tiers du poids du veau. Durant la phase finale de la période de transition, soit trois ou quatre semaines avant le vêlage, il faut suffi-samment de concentrés pour préparer le rumen et éviter la mobilisation excessive des réserves corporelles qui sont des sources de corps cétoniques. Ce n'est pas durant cette période que les taures engraissent, c'est avant.

Si le taux de mort-nés ou de morbidité des veaux de votre troupeau est élevé, de même que dans les cas de condition de chair excessive, n’hésitez pas à demander à votre vétérinaire de vérifier le taux de corps cétoniques dans le sang ou l’urine de vos taures et de vos vaches pour déterminer si elles sont affectées par l’acétonémie.

Observations sur le terrain

Par Vincent Caldwell, D.M.V.

Il y a environ deux ans, j'ai observé un problème sévère de mortinatalités dans deux troupeaux sur lesquels ma clinique effectuait un suivi régulier de santé. Dans les deux cas, une « série noire » de mort-nés affectait les vêlages des taures, alors que chez les vaches matures, les mises bas se déroulaient bien. Les points communs des deux troupeaux étaient les suivants : niveau élevé de production, vaccination courante adéquate et « surconditionnement » des taures. Dans certains cas, le veau ne survivait pas à un vêlage difficile, mais dans beaucoup d'autres cas, le veau était tout simplement mort, alors que le vêlage ne semblait pas avoir duré trop longtemps ou avoir été trop ardu.

Après avoir fait effectuer des autopsies sur certains veaux morts (sans résultats concluants) et avoir vérifié que les taures n'avaient pas été en contact avec Neospora ou avec d'autres microbes causant des avortements, je me suis adjoint la collaboration du représentant technique de La Coop fédérée, qui suivait aussi ces deux troupeaux, pour explorer d'autres explications possibles au problème. Des analyses sanguines chez les taures dues à vêler n'ont révélé aucune anomalie pour l'équilibre sanguin des minéraux, oligo-éléments et électrolytes. Dans les deux troupeaux, la ration théorique « sur papier » des taures était adéquate bien que la cote de chair était excessive (souvent 4,25 et +). Dans les deux cas, les taures étaient transférées sur une diète de transition prévêlage environ deux semaines avant la date prévue de mise bas. Aux deux endroits, les taures recevaient cependant les « refus » des vaches en lactation pendant leur croissance.

Nous avons donc convenu d'adopter la stratégie suivante : cesser de donner les refus de la RTM des vaches aux taures, se conformer à la ration calculée et passer les taures à une ration de préparation au vêlage 4 à 5 semaines avant le vêlage. Le problème s'est ensuite estompé assez rapidement dans les deux troupeaux, les décès de veaux au vêlage chez les taures revenant à un taux normal (légèrement plus élevé que chez les vaches).


En conclusion
Pour faire face à l’effort du vêlage, l’animal doit, tout comme l’athlète, être en bonne forme physique et posséder de bonnes réserves énergétiques. On voit mal une personne obèse courir le « 400 mètres »! Ainsi en est-il de l’animal qui se prépare à vêler, il doit être en forme. Soyez de bons entraîneurs. Surveillez leur diète et leur forme physique.


* Les auteurs sont respectivement spécialiste de la nutrition des ruminants au Secteur des productions animales à La Coop fédérée et vétérinaire praticien à la clinique vétérinaire de Coaticook.

1. TOMLINSON, S. M. et autres. Journal of Dairy Science, vol. 86, supp. 1, 2003.
2. ETTEMA, J. F. et J. E. P. SANTOS. Journal of Dairy Science, vol. 87, no 8, 2004.
3. DR MORIN, Denis. « L’assistance au vêlage : un art », Le Producteur de lait québécois, octobre et novembre 2002.




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