« En Beauce, nous avons été baptisés à l’eau d’érable », plaisante Angelo Trépanier pour expliquer l’origine de sa passion pour la forêt et l’acéricuture. Maintenant établi depuis plus de 40 ans à Sainte-Thècle en Mauricie, il exploite avec sa famille l’Érablière Aux Mille Érables. Une entreprise qui fait presque figure d’institution dans le milieu acéricole avec ses 25 000 entailles et les nombreux prix à son actif.



Quand j’étais petit, mon père entaillait 50 érables à chaque printemps, se souvient Angelo Trépanier. C’était tout juste assez pour produire le sirop qui servirait aux besoins de la famille durant l’année. » C’était aussi tout juste assez pour donner à Angelo la piqûre de la production acéricole.

Josée Duchesne et Luc Trépanier assistent Angelo à l’étape de la transformation. Ingénieur spécialisé en hydrogéologie, Luc travaille à temps plein à l’érablière à l’automne et durant la saison des sucres. Responsable de la production du sirop d’érable, il supervise entre autres, l’entaillage, le bouillage et l’entretien du réseau de tubulures. Quant à Josée, elle s’occupe de la mise en marché des produits de l’érable et de l’administration de l’entreprise.

Celui-ci a donc été employé pendant deux ans dans des érablières de sa Beauce natale avant de partir en Mauricie pour travailler dans les chantiers forestiers. C’est là qu’il a rencontré Anita Saint-Amant, celle qui allait devenir son épouse et partenaire dans sa future entreprise.

Le couple a bientôt fait l’acquisition d’une érablière à Sainte-Thècle en 1963. Au tout début, Angelo n’entaillait que mille érables. « Ce sont ceux qui ont donné leur nom à l’entreprise », révèle-t-il.

Leur exploitation a passablement changé de visage depuis. L’expansion a eu lieu progressivement par l’achat de terrains boisés des alentours que le producteur aménageait et mettait en production.

Avec 25 000 érables en production, 40 employés doivent venir prêter main-forte aux Trépanier au prin-temps. Du nombre, huit ou neuf travaillent à la production acéricole pendant que le reste des employés s’affairent aux cuisines. Car, en plus de la récolte de l’eau d’érable, de l’évaporation, de l’embouteillage et de la transformation, les producteurs doivent aussi accueillir les nombreux clients venus se sucrer le bec à la cabane.

Quatre fois récipiendaire en dix ans du prestigieux prix du Maître sucrier, Angelo Trépanier n’a plus à faire la preuve de la qualité de ses produits.

Il transforme lui-même son sirop, confectionnant bonbons, beurre, sucre granulé, caramels à l’érable et autres confiseries.


Formateur à ses heures
Avec les années, le producteur a acquis une grande expertise de l’érable. Et il n’hésite pas à partager ses connaissances et les trucs du métier, lors des formations en acériculture qu’il donne à chaque année depuis plus de 20 ans. « J’ai près de 4 000 heures de cours à mon actif en tant que formateur », précise le producteur.

L’équipe derrière l’Érablière Aux Mille Érables Anita Saint-Amant, Philippe, âgé de 7 ans, Marie-Pier, 4 ans, Angelo, Sylvie, Josée Duchesne et Luc.

L’an dernier, il a donné des cours dans les villes de Louiseville, Joliette et Saint-Jean-Chrysostome. Ces formations en acériculture d’une durée de 15 à 30 heures portent sur tous les aspects de la production soit, du potentiel d’une érablière jusqu’à la transformation en passant par l’entaillage et les équipements.

Dans les commissions scolaires où la durée de la formation le permet, l’acériculteur passe de la théorie à la pratique. « J’apporte 20 litres de sirop et je fais une démonstration de la transformation en différents produits, explique Angelo. Le lendemain, les producteurs apportent un peu de leur propre sirop d’érable et ils le transforment eux-mêmes pour se pratiquer. C’est la meilleure façon d’apprendre. »

Angelo apprécie son expérience en tant qu’enseignant, une activité qu’il compte conserver lors de sa retraite. « J’aime le contact avec les gens et j’apprends également beaucoup en donnant ces cours », confie-t-il.


L’aménagement forestier, une priorité
Durant la saison chaude, Angelo consacre beaucoup de temps à l’aménagement de l’érablière. « La diminution des espèces compagnes favorise le développement et la production de l’érable », explique-t-il.

Les soins fournis depuis des années afin d’exploiter le plein potentiel de son entreprise se reflètent bel et bien sur la production. L’Érablière Aux Mille Érables affiche une moyenne de production oscillant entre 3 et 4 livres par entaille. Selon la Fédération des producteurs acéricoles, la moyenne québécoise se situait autour de 2,53 livres par entaille en 2003.

En outre, l’aménagement d’un réseau de sentiers permet au producteur et à ses employés de circuler aisément en véhicule tout terrain dans la totalité de l’érablière. Ce qui n’est pas à négliger avec la taille imposante de l’entreprise qui s’étend sur 225 hectares.

Les sentiers profitent également aux clients des Mille Érables. Ils peuvent aller faire une petite promenade dans les bois après un copieux repas à la table des Trépanier.

Les efforts du producteur en matière d’aménagement ont été reconnus par le milieu. Il a déjà remporté le prix du Mérite forestier pour la région Mauricie – Bois-Francs.

Une collection inusitée

La passion d’Angelo Trépanier pour le bois est telle qu’elle se reflète même dans son principal hobby, la collection de scies mécaniques. Il possède plus de 400 scies, ce qui en fait le plus important collectionneur dans l’est du Canada. Le producteur acéricole devient intarissable, lorsque l’on aborde ce sujet avec lui. Connaissant dans les moindres détails l’histoire et le fonctionnement de ces outils, il en apprend beaucoup aux non-initiés qui se rendent à l’érablière pour admirer sa collection.

« Je consacre annuellement un budget prédéterminé pour l’achat de scies, dit-il. Avec Internet, je peux prendre contact avec d’autres collectionneurs dans le monde pour m’aider à trouver de nouvelles scies. »

Depuis qu’Angelo a débuté sa collection en 1980, il a amassé des spécimens provenant de plusieurs pays. Outre l’Amérique du Nord, certaines proviennent d’Europe de l’Ouest, de Russie et d’Australie. Sa dernière trouvaille est une scie de fabrication chinoise, rapportée d’un récent voyage en Chine.

Parce qu’en plus d’être collectionneur, Angelo Trépanier est grand voyageur et ce hobby plutôt particulier a parfois donné lieu à des anecdotes croustillantes. « J’ai trouvé plusieurs scies lors d’un voyage en France, il y a quelques années, raconte-t-il. Nous étions quatre passagers dans la voiture en plus des scies, nous manquions donc un peu d’espace. Comme je ne pouvais me résoudre à laisser une de mes cinq scies derrière, j’ai pris le train sur 400 kilomètres pour aller rejoindre ma famille à la prochaine ville. »

La collection peut être visitée en contactant les Trépanier au (418) 289-2348.

Coordonnées des producteurs :
Angelo Trépanier et Anita Saint-Amant., Érablière Aux Mille Érables
1671, route 153 Nord
Sainte-Thècle (Québec), G0X 3G0
Téléphone : (418) 289-2348
Télécopieur : (418) 289-3879
Courriel : angelotr@globetrotter.qc.ca


Une équipe derrière ce succès
La passion d’Angelo pour le bois s’est probablement transmise par les gènes à ses enfants, Luc et Sylvie qui, tous deux, travaillent dans l’entreprise.

Sylvie Trépanier gère tout le volet restauration de la cabane à sucre.

Luc et son épouse, Josée Duchesne, sont depuis peu propriétaires majoritaires de l’érablière avec Angelo et Anita. Quant à Sylvie, elle possède sa propre érablière avec son conjoint, Claude Francoeur.

Sylvie est également responsable de la restauration de l’Érablière Aux Mille Érables. La cuisine fonctionne toute l’année avec deux salles d’une capacité totale de 300 personnes conçues pour accueillir tous les genres de réception.

Angelo a toujours bénéficié de l’aide précieuse de son épouse pour la gestion de l’entreprise. Anita s’occupe du personnel, de la comptabilité et a longtemps eu la charge de la cuisine, maintenant la responsabilité de Sylvie.

Même si le couple laisse de plus en plus la place à leurs enfants, ils ne trouvent pas encore le temps de s’ennuyer. Les deux sont des collectionneurs invétérés. M. Trépanier collectionne les scies mécaniques (voir l’encadré Une collection inusitée), alors que son épouse jette plutôt son dévolu sur la vaisselle des années 1930 et les ensembles salière et poivrière.

Le producteur s’implique toujours au sein du milieu acéricole en siégeant au conseil d’administration de Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d’érable depuis 1991.

Il continue d’assister aux divers colloques sur l’acériculture. Il a aussi été actif au sein du groupement forestier de Champlain.

Que ce soit comme travailleur forestier ou comme producteur acéricole, Angelo Trépanier a fait de la forêt sa vocation. Avec une telle passion, il n’est pas étonnant que tout ce qu’il a touché depuis le printemps 1963 se soit transformé en succès.


* L’auteure est agronome et journaliste.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés