L’avènement du Règlement sur les exploitations agricoles (REA), entré en vigueur le 15 juin 2002, avait pour objectif de contrer la pollution diffuse d’origine agricole afin de préserver la qualité de l’eau potable. Pour atteindre cet objectif, une piste de solution a été lancée : préconiser une approche de gestion du phosphore ferme par ferme.



Pour faciliter cette approche, l’échantillonnage des fumiers à la ferme est devenu un incontournable. En plus, il permet de tenir compte de l’amélioration constante des méthodes d’élevage (taux de conversion alimentaire, alimentation multiphase, phytase, etc.), qui nécessairement diminuent les rejets de phosphore.

Unicoop, coopérative agricole a vite compris la nécessité de prendre des échantillons de fumier. Au cours des années 2001 et 2002, toutes les fermes lui appartenant ont été soumises au projet de caractérisation des lisiers en Chaudière-Appalaches. La coopérative poursuit depuis l’échantillonnage des fumiers pour chacune de ses fermes selon un protocole rigoureux.

Depuis 2002, Unicoop incite tous ses clients à emboîter le pas en leur rappelant que l’échantillonnage de leur fumier peut être profitable. Leur participation a été un tel succès qu’avec la grande quantité de résultats, Unicoop a élaboré une banque de données, assez révélatrice quant aux avantages, pour les quatre principaux types de production : porcine, laitière, avicole et de bovin de boucherie.


Résultats par production
En production porcine, 54 fermes ont participé à l’exercice pour un total de 307 échantillons analysés. Pour ce qui est des porcs à l’engrais, nous avons observé une diminution moyenne de 30 % de la quantité de phosphore par tonne de lisier, comparativement aux valeurs théoriques fertilisantes de référence (Agdex1 et CRAAQ2). En maternité, une diminution moyenne de 34 % a été enregistrée par rapport aux valeurs théoriques (Agdex).
En revanche, nous n’avons observé aucune réduction considérable par rapport aux valeurs théoriques (CRAAQ). Des réductions similaires (environ 35 %) de la quantité de phosphore par tonne de lisier ont été observées dans les maternités-engraissements et dans les maternités-pouponnières par rapport aux valeurs de référence.

En production laitière, la participation de 77 fermes a permis l’analyse de 177 échantillons. Pour cette production, la diminution de la quantité de phosphore est beaucoup moins considérable. Résultats : dans le fumier solide, une baisse de la teneur en phosphore de 7 % et dans le lisier, de 9 %, par rapport aux valeurs théoriques (Agdex et CRAAQ).

Dans le secteur bovin de boucherie, 17 élevages de vaches-veaux ont participé à l’exercice pour un total de 38 échantillons de fumier analysés. La réduction de la teneur en phosphore n’est pas considérable (< 2 %), par rapport aux données (CRAAQ).

Finalement, sur le plan de la production avicole, pour du fumier solide, nous avons observé une diminution moyenne de 34 % de la teneur en phosphore des fumiers par rapport aux valeurs théoriques (Agdex et CRAAQ).


En somme
Après analyse de l’ensemble de ces résultats, on remarque que la plupart des productions ont enregistré une baisse substantielle de la teneur en phosphore des fumiers, en comparaison aux valeurs théoriques.


Pourquoi ces analyses réelles peuvent-elles être rentables?
Au tableau ci-dessous, nous avons simulé un modèle d’engraissement porcin de 1 000 porcs et avons converti la réduction de la teneur en phosphore, de l’ordre d’environ 30 % par rapport aux valeurs théoriques, en superficies de culture. Les besoins en superficie de culture, pour une richesse de sol identique, sont de 55 ha avec la valeur fertilisante théorique (CRAAQ), comparativement à 39 ha avec la valeur réelle obtenue à la ferme. Ces résultats s’avèrent particulièrement intéressants dans un contexte de régions en surplus où la recherche de fonds de terre peut s’avérer pénible et surtout, très coûteuse.

À vous de jouer, maintenant. Consultez votre conseiller en agroenvironnement CO-OP pour faire prendre vos échantillons de fumier et établir un bilan et un diagnostic réalistes de l’état de votre entreprise. Ça peut rapporter gros!

Engraissement de
1 000 porcs

Valeur lisier
P2O5 (kg/t)
Volume lisier
produit par an (m3)
Volume total P2O5 produit
(kg P2O5)
Dépôt permis sur 50 ha (kg P2O5) Besoin total en hectares
Valeur réelle moyenne clients Unicoop
1,61
1 880
3 027
3 900
39
Valeur théorique transitoire du CRAAQ
2,3
1 880
4 324
3 900
55
Cette comparaison est faite en assumant que le volume produit par les porcs est le même dans les deux situations. Cependant, il est important de noter que les rejets réels sont calculés grâce à deux éléments essentiels : le volume de fumier produit (registre d’épandage) et la valeur fertilisante de ce fumier. Ces deux étapes sont reliées et sont nécessaires afin d’obtenir un portrait réel de l’entreprise.

* L’auteure est conseillère en agroenvironnement à Unicoop, coopérative agricole.

1. Comité de référence économique en agriculture du Québec (CRÉAQ), Fumier de ferme.
2. Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec, Valeurs références pour la période transitoire, 2003.




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