D’après le portrait agroenvironnemental des fermes du Québec, réalisé en 1998, environ 45 % des ruminants avaient un accès potentiel aux cours d’eau. Or, à partir du 1er avril 2005, le Règlement sur les exploitations agricoles (REA) interdira « l’accès des animaux aux cours d’eau et aux plans d’eau ainsi qu’à leur bande riveraine, sauf dans le cas des traverses à gué ». Le MAPAQ estime à 4 000 le nombre d’entreprises qui devront retirer leurs animaux des cours d’eau.

Le piétinement par les animaux contribue à l’érosion des berges et aux pertes de sol vers le cours d’eau, sans compter la contamination directe de l’eau de surface par les déjections. L’aménagement de sites d’abreuvement permet donc d’améliorer la qualité de l’eau et des habitats aquatiques, ainsi que la productivité du troupeau. L’eau étant plus propre, plus fraîche et plus facilement accessible, les animaux seront incités à boire davantage. On sait que la consommation en aliments est fortement reliée à la quantité de liquide consommée. Enfin, les risques de blessures et de maladies s’en trouveront également diminués.


Aménager un site d’abreuvement contrôlé
L’aire d’abreuvement désigne une plate-forme en béton sur laquelle est fixé un bassin ainsi que l’ensemble des aménagements autour de la plate-forme. Le choix de l’emplacement devrait tenir compte du fait que les animaux préfèrent ne pas se déplacer à plus de 250 mètres de leur source d’abreuvement, selon une étude du Missouri State University.

Afin d’alimenter le bassin d’abreuvement, plusieurs sources sont possibles. La méthode la plus facile, et qui procure un désaltérant de qualité, consiste à acheminer l’eau d’un bâtiment jusqu’à un bassin muni d’une flotte pour en contrôler le niveau. Si le contexte de la ferme ne permet pas cette installation, on peut aussi se procurer l’eau d’un puits au champ ou d’une source jaillissante. Elle est souvent de meilleure qualité que celle d’un cours d’eau. Par contre, si on doit s’approvisionner à partir d’un cours d’eau, on peut le faire en amont des bassins. De cette façon, le liquide arrivera au bassin par gravité, en continu, et le trop-plein sera alors retourné d’où il vient. Toutefois, dans un tel cas, l’eau peut être difficile à filtrer.

Dans certains cas, lorsque la source d’eau est plus basse que les abreuvoirs, il faut recourir à une pompe pour assurer un approvisionnement constant. Lorsqu’une source d’électricité est disponible, on peut utiliser une pompe électrique. Dans le cas contraire, il est possible d’utiliser une pompe à énergie solaire, un bélier hydraulique ou des pompes à nez. La pompe à énergie solaire est assez chère par rapport aux autres. Le bélier hydraulique ne fournit pas de grands débits et la pompe à nez n’abreuve qu’un seul animal à la fois. Le choix se fera donc en fonction des moyens de chacun et des particularités de l’entreprise.


Clôturer les abords de cours d’eau
Pour limiter l’accès des animaux aux cours d’eau et les amener à s’abreuver aux endroits voulus, il est très important d’en clôturer les bordures. Pour ce faire, les clôtures électrifiées sont efficaces et peu coûteuses. Elles doivent être installées aux abords des rives accessibles aux animaux et de façon à préserver une bande riveraine d’au moins trois mètres.

Aménager une traverse à gué
Une traverse à gué permet au bétail de passer un cours d’eau pour aller d’un champ à un autre, par exemple. Les côtés doivent être clôturés de façon à éviter que les animaux aient un accès direct à l’eau, sauf au moment de traverser. Cet aménagement peut également permettre à la machinerie agricole de passer sans la présence de ponts ou de ponceaux. Idéalement, la pente de la traverse devrait être d’une dénivellation de 30 cm (1 pi) pour chaque 2,5 à 3 mètres (8 à 10 pieds) de longueur.

Prime-Vert 2004
Le programme Prime-Vert, élaboré par le MAPAQ, touche sept volets d’intervention, dont le volet 10, Réduction de la pollution diffuse. Toutes les entreprises agricoles qui désirent résoudre une problématique de pollution diffuse peuvent obtenir une aide financière couvrant jusqu’à 70 % des coûts admissibles, et ce, jusqu’à concurrence de 30 000 $ (pour le volet 10). Les coûts admissibles peuvent inclure la clôture, la pompe, les conduites, le bassin d’abreuvement, la plate-forme, l’implantation de la bande riveraine, etc. Cependant, si l’entreprise cultive plus de 15 ha en cultures (exception faite des prairies et pâturages) ou qu’elle produit plus de 1 600 kg de P2O5 par année, l’entreprise devra détenir son PAEF et son bilan de phosphore. De plus, un PAA (Plan d’accompagnement agroenvironnemental) ou un PAAE (Plan d’accompagnement agroenvironnemental équivalent) est requis pour toutes demandes de subvention du volet 10. Le PAAE pourra être réalisé par le MAPAQ pour les entreprises qui produisent moins de 1 600 kg de P2O5 ou par un conseiller en agroenvironnement pour les autres. La plupart des coopératives dotées d’un service en agroenvironnement offre également le service de réalisation de PAA.

Pour de plus amples informations sur le programme Prime-Vert, vous pouvez communiquer avec le centre de service du MAPAQ de votre région.


* L’auteure est experte-conseil en agroenvironnement à La Coop fédérée.

Sources :
Aménagement de sites d’abreuvement contrôlé pour le bétail au pâturage, Guide technique. Richard Laroche, ing. et autres, MAPAQ, mars 2003.
L’abreuvement des ruminants hors cours d’eau, Guide technique. UPA-Estrie, MAPAQ-Estrie, Fondation des lacs et rivières, FPBQ, mars 2002.




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