Pascal Lemire et Chantal Blanchette ont été couronnés, le 1er septembre dernier, Jeunes agriculteurs d’élite du Canada 2004, section Québec. Leur entreprise, Les Élevages Madystar Holstein, est située à La Visitation. Elle se spécialise en productions laitière et céréalières ainsi que dans l’élevage de sujets de haut statut génétique. Mais il y a plus. En les côtoyant, on découvre des êtres pour qui la famille, le partage et le respect de l’autre sont au cœur du quotidien.

Pascal est doté d’une vitalité qui lui permet de déplacer des montagnes. Un véritable volcan. Avec toute cette énergie émanent aussi beaucoup de chaleur humaine et de sensibilité.

Un événement douloureux, vécu en 1995, aurait pu avoir raison de lui. La mort de son épouse dans un tragique accident de la route, le 13 décembre, l’a marqué au fer rouge. Madeleine, son amour, son amie, sa complice de tous les instants, la mère de ses quatre enfants, le quittait pour toujours. Pascal, inconsolable, est écorché vif. La tristesse, le découragement et la solitude l’accablent. Rien ne sera plus jamais pareil. Il pense à la rejoindre. Il ne s’en cache pas. Ses enfants, source de bonheur, l’aident à surmonter cette dure épreuve et sa faculté de résilience le garde sur le chemin de la vie.

Mais un autre drame l’afflige. En février 2002, l’étable dont il venait de compléter la construction quatre mois plus tôt, de même que les 125 bêtes qu’elle abritait, sont emportées par les flammes. Treize ans d’efforts anéantis en quelques heures. Il décide de rebâtir. Pour lui. Pour sa famille. Pour son épouse, Chantal, rencontrée en 1997, qui lui a donné ses cinquième et sixième enfants.


Vingt ans plus tôt
Après des études en sciences de la santé au cégep de Trois-Rivières, Pascal travaille pendant près de deux ans avec le docteur Rolland Lussier, un vétérinaire itinérant, spécialiste de la transplantation embryonnaire chez le bovin laitier. « Une expérience inoubliable qui m’a fait comprendre beaucoup de choses », exprime le jeune agriculteur.
De 1986 à 1989, il exploite, à Saint-Zéphirin, la ferme familiale avec ses parents, Michel et Lise, et son frère, Mathieu. Puisque ce dernier est de trois ans son aîné, on convient qu’il prendra la relève de l’entreprise. Les deux frères démontrent aussi les mêmes intérêts, la génétique des bovins laitiers, une situation qui ne ferait pas nécessairement bon ménage à la ferme Micheret. Sans aucune forme de pression, Pascal se met à la recherche d’une exploitation.
Il se marie avec Madeleine Rainville, fille de Gérard Rainville et Cécile Viens, en 1987. Le premier enfant du couple, Daniel-Hubert, naît l’année suivante. En 1989, Pascal, 24 ans et Madeleine, 22 ans, dénichent à La Visitation, un village voisin de Saint-Zéphirin, une bonne exploitation à vendre pour 500 000 $. Une somme importante pour l’époque, d’autant plus que les institutions financières ne prenaient pas en garantie la valeur du quota. Les parents de Pascal et Madeleine, de même que la Société de financement agricole du Québec, les aident à concrétiser le projet.

L’entreprise a beaucoup de potentiel. Les terres, peu exploitées, sont riches. Certaines parcelles n’ont pas été labourées depuis près de 30 ans. On n’y a fait qu’une coupe de foin par an. Avec un quota de 19 kg par jour, le troupeau de 52 vaches croisées ne produisait en moyenne que 6 900 kilos de lait. « C’était une belle ferme, mais pour rembourser les prêts elle se devait d’être beaucoup plus rentable », exprime l’agriculteur. Lorsque Pascal quitte la ferme familiale, Michel, Lise et Mathieu lui donnent un sérieux coup de pouce en lui cédant des embryons et des vaches de bonne génétique.

Dès l’acquisition de l’exploitation, Pascal et Madeleine, établis en société, vendent 18 vaches, développent la génétique du troupeau, rénovent l’étable, doublent le quota de production et commencent le drainage et le nivelage des sols. Avec la famille, ces tâches accaparent le plus clair de leur temps. Madystar Holstein voit le jour.

De judicieux croisements leur permettent d’élever une vache dont la réputation fera le tour du monde, Micheret Atlanta Aerostar. Sept de ses taureaux, dont Madystar Amadeus, ont été acquis au fil des ans par des centres d’insémination artificielle au Canada et aux États-Unis. Et parmi ses filles, nombreuses sont celles qui se sont distinguées par leur conformation et leur production.

Trois vaches porteuses de sens (de gauche à droite) : Marybrook Inquirer Mildred BP 83 points, 1 an 11 mois, projection de 9 667 kg (267-244-260). Dernière génisse née en Ontario, elle représente le troupeau Marybrook que Pascal et Chantal ont acquis pour relancer leur entreprise. Bois-Mou Chancel Igniter, BP 84 points, 2 ans 1 mois. Signe de solidarité de la part du milieu, cette vache évoque les embryons et les génisses reçus en cadeaux. Madystar Besse Igniter TB 86 points, 2 ans, projection de 8 969 kg (231-230-235). Cette vache symbolise à la fois les porteuses d’embryons offertes par les voisins et les sujets Madystar. Derrière : la nouvelle étable, construite en 2002, comprend 69 attaches pour vaches laitières, 54 logettes pour la relève et 24 places pour les génisses âgées de moins de six mois. Réparties en deux groupes, les vaches sont alimentées d’une ration totale mélangée qui contient deux types d’ensilage, deux types de grain, du foin sec, des minéraux et un supplément de protéine.

En 1992, le Club Holstein Nicolet-Yamaska décernait à Madeleine et Pascal le titre Éleveur émérite. Ce titre est attribué en fonction de points cumulés au cours des trois dernières années de production d’une entreprise et de la participation de ses propriétaires aux activités du club. Le couple remporte le titre pour ses trois dernières années qui s’avèrent également être ses trois premières! La production moyenne du troupeau atteint alors 9 661 kilos (3,56 %; 3,1 %; 213-204-211).

Après maintes hésitations, Micheret Atlanta Aerostar est mise en vente au printemps 1994. Des acheteurs provenant du Canada et de 22 autres pays sont présents à la grande vente nationale qu’organise chaque année Holstein Québec. À l’encan, un Canadien débourse 32 000 $ pour en faire l’acquisition. Madystar Holstein prend alors une nouvelle tangente : l’entreprise misera dès lors sur la vente de sujets de haut statut génétique. La réputation acquise lors de cet événement porte ses fruits : les contrats de taureaux et de transplantation fusent.

En 1995, c’est la consécration. Madystar Besse Lindy, une vache issue de leur propre élevage, décroche le titre Réserve Tout Québec et se voit nominée All-Canadian 1 an intermédiaire. L’entreprise a le vent dans les voiles.

Très engagés dans leur milieu, Pascal et Madeleine sont comblés.

Le 13 décembre, tout chavire. Le ciel bleu devient orage. Madeleine décède lors d’un accident de la route, alors qu’elle était de retour de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal, où sa fille, Jessica, venait d’être hospitalisée pour le traitement d’infections urinaires récurrentes. Elle n’était qu’à quelques kilomètres de la maison.

Malgré la peine et le désarroi, il est résolu à continuer d’être le soutien et l’inspiration qu’il a toujours été pour sa famille et dont, plus que jamais, elle avait besoin. Un an après le décès de Madeleine, il construit la maison qu’ils avaient toujours voulue et qui convient davantage aux enfants Daniel-Hubert, Marie-Louise, Jessica et Laurence. Cette dure épreuve, Pascal l’a surmontée grâce à son courage et à sa force de caractère, mais aussi par le soutien des parents, des amis et des employés. Louise, une des tantes de Madeleine, a été une présence des plus rassurantes pour les jeunes.

En mai 1997, il aménage dans sa nouvelle demeure et, par un concours de circonstances, rencontre à nouveau l’amour : Chantal Blanchette deviendra sa conjointe et la mère de Michel-Antoine et Mély-Anne.


Un nouveau départ sous le signe de la continuité
Au cours des années 1998 à 2000, Pascal multiplie ses présences aux expositions et développe encore plus la génétique du troupeau. L’exploitation décroche plusieurs prix. Les deux sœurs Madystar Besse et Madystar Bailey obtiennent le titre Réserve Tout Québec Progéniture de mère en 2000. On lui offre 35 000 $ US pour Besse. Cette fois, il refuse.

Les taures, gardées sur une autre ferme depuis les cinq dernières années, sont ramenées à l’étable. Elles sont logées avec les génisses dans un nouvel espace, aménagé en octobre 2001, doté de systèmes de ventilation naturelle et contrôlée. Pascal en profite pour construire une fosse à fumier solide et un purot séparé.

Le couple a six enfants : Daniel-Hubert, 16 ans; Laurence, 11 ans; Marie-Louise, 14 ans; Jessica, 12 ans; Michel-Antoine, 4 ans et Mély-Anne, 1 an. Les quatre plus âgés sont membres du Cercle des jeunes ruraux du Lac Saint-Pierre. Marie-Louise y occupe les tâches de secrétaire. Laurence et Jessica en sont directrices.

Quatre mois plus tard, le 6 février 2002, le feu ne laissera que débris, cadavres d’animaux et désolation.

À part les silos et les fosses, tout est détruit. Les pertes s’élèvent à 1,4 million $. À 36 ans, son courage et sa détermination sont à nouveau mis à l’épreuve, mais Pascal refuse de baisser les bras et décide, avec Chantal, de rebâtir. Ils visitent de nombreuses exploitations, étudient des plans, préparent des budgets. Leur choix s’arrête sur une structure à ventilation naturelle de 76 mètres (250 pi) sur 20 (65 pi), pouvant permettre une production de 65 kg par jour. Elle comprend 69 attaches pour vaches laitières, 54 logettes pour la relève et 24 places pour les génisses âgées de moins de six mois. Ils y installent un système d’alimentation RTM et aménagent un entrepôt à grosses balles de foin rectangulaires de 24 mètres (80 pi) sur 18 (60 pi).

« Sans la solidarité des gens du milieu, des amis, des employés, des familles Blanchette, Rainville et Lemire, la situation aurait été beaucoup plus difficile », expriment Pascal et Chantal, encore très touchés par tout l’amour qu’on leur a témoigné. On leur a offert des vaches porteu-ses pour les embryons qu’ils avaient conservés chez leur vétérinaire, des génisses et des vaches de haute génétique pour repeupler le troupeau, des bras et de la sueur pour la construction des bâtiments, des repas et du temps pour garder les enfants, et 48 embryons issus de croisements pur sang provenant de fermes québécoises et ontariennes réputées pour la qualité de leurs bovins laitiers. « Je n’en reviens pas encore », dit Pascal.

Le couple fait ensuite l’acquisition du troupeau Marybrook à Cobden, dans la région de Pembroke, en Ontario. Le troupeau de 103 têtes compte 5 vaches Très Bonne, 29 Bonne Plus et 22 Bonne. Plusieurs d’entre elles serviront de porteuses pour les embryons. Le troupeau Madystar renaît.

Chantal est esthéticienne, gère sa propre clinique à domicile et participe à la gestion des travaux de la ferme. Elle travaille aussi le bois et a un penchant marqué pour la décoration. C’est elle qui a aménagé le vaste bureau de l’étable. Membre du Syndicat des agricultrices du Centre-du-Québec, elle se passionne aussi pour les arrangements floraux.

Les 97 hectares de terre en culture permettent à l’entreprise de combler les besoins alimentaires du troupeau (voir l’encadré à la page 34). « Je tiens à contrôler ce que je donne aux vaches, explique Pascal, ce qui me permettra, éventuellement, de produire un lait HACCP. » L’éleveur croit d’ailleurs que, d’ici 2010, les exploitations laitières québécoises seront tenues de produire un tel lait et de posséder un cahier des charges qui en dictera les bonnes pratiques. « Certains éleveurs québécois en produisent déjà, dit-il. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les consommateurs ont exigé des aliments en quantité suffisante, puis des aliments sûrs qui ne présentent aucun danger pour la santé. Ils voudront bientôt savoir comment ces aliments sont produits. »

Depuis un certain temps, Pascal s’intéresse à l’élevage de vaches Jersey dont il garde quelques têtes pour en observer le comportement. « La Jersey est une vache agile, combative et plus précoce que la Holstein, dit-il.

Des producteurs de Holsteins de l’Ouest canadien commencent à l’utiliser dans certains de leurs croisements. Le résultat donnerait un nouveau croisement surnommé Kiwi et qui permettrait aux taures de vêler vers 18 ou 20 mois. »

L’entreprise que Pascal a acquise en 1989 n’utilisait à peu près pas de matériel. Puisque l’investissement nécessaire pour bien l’équiper était imposant, il devait faire un choix. Il a misé sur le troupeau. Tous les travaux de champs, de la préparation des sols jusqu’à la récolte, sont effectués à forfait. « Je profite toujours, sans m’endetter, des dernières technologies disponibles, dit-il. Puisque plusieurs entrepreneurs font ce type de travaux dans la région, je peux négocier les prix ou les délais. » Chaque année, le couple accueille un stagiaire qu’il recrute par l’entremise du Service des échanges et des stages agricoles dans le monde (SESAME). Au moment de l’entretien, Anthony était en poste et se faisait la main en production laitière, à la manière des Lemire, avant de retourner chez lui, près de Tours, dans la vallée de la Loire, prendre graduellement la relève de l’exploitation laitière familiale.

« J’aime contribuer au milieu et aider les jeunes à prendre leur place », souligne Pascal qui est reconnu dans le milieu pour ses qualités de communicateur. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’il milite dans de multiples organismes, particulièrement ceux touchant la production et la génétique laitière. Juge officiel de Holstein Canada depuis 1995, et vice-président depuis 2003, Pascal a récemment été invité à juger les bovins laitiers qui seront présentés au prestigieux salon SIMA-SIMAGENA 2005 en février et mars prochains à Paris. Qu’un juge d’Amérique du Nord soit appelé à s’acquitter de cette tâche en Europe est une première. D’une superficie de 21 hectares, le SIMA-SIMAGENA est sans contredit le plus imposant salon agricole du monde. Pascal a aussi été président de l’Exposition agricole de Drummondville pendant cinq ans et vice-président de la Société d’agriculture de Yamaska pendant huit ans. En plus d’être conseiller à la municipalité de La Visitation depuis 1998, il a siégé aux comités de fondation d’Agri-Traçabilité Québec.

Reconnu pour ses qualités de communicateur, Pascal milite dans de nombreux organismes agricoles.

Le jeune agriculteur n’hésite pas à citer ses parents, Michel et Lise, comme modèle et comme une grande source d’inspiration. Le père et le fils se ressemblent : par leur famille (tous deux six enfants) et leur entreprise; leur acharnement au travail et leur engagement dans le milieu; les difficultés qu’ils ont vécues (l’étable de Michel et Lise a déjà été dévastée par un incendie) et la force dont ils ont fait preuve pour les surpasser.

Michel a remporté la médaille d’or de l’Ordre du mérite agricole du Québec en 1976. En 1996, sa famille décrochait le titre Famille terrienne de l’année. Son père, Georges-Henri Lemire, avait aussi obtenu ce titre en 1964.

Le prestigieux Pique-nique Holstein, organisé par Holstein Québec, aura lieu, en 2006, à la ferme Madystar.

« Nous avons choisi de le tenir sous le thème de la solidarité, déclarent Pascal et Chantal, pour témoigner notre reconnaissance aux gens du milieu qui nous ont aidés à surmonter nos épreuves. »

« Avec l’obtention du prix, on pensait qu’on venait de conclure une grosse année, exprime Pascal. Mais on nous a dit, en réalité, que ça ne faisait que commencer… »

Le 14 novembre prochain, le jeune couple défendra son titre à Winnipeg, lors de la grande finale nationale du concours Jeunes agriculteurs d’élite du Canada où sept entreprises provenant d’autant de régions au pays se disputeront les grands honneurs.

Les Élevages Madystar Holstein en culture
Ensilage de maïs : 10 hectares
Maïs grain : 12 hectares
Orge : 18 hectares
Lin oléagineux : 6 hectares
Fourrages de
luzerne-mil-brome :
40 hectares
Les rotations
Les parcelles sont gérées de la façon suivante :
Prairies : 2-4 ans
Maïs grain : 1 an
Lin : 1 an
Ensilage : 1 an
Orge : 1 an
Orge grainée : 1 an
Prairies : 2-4 ans
Pascal a récemment entrepris la production de lin oléagineux. En plus d’être une bonne source d’énergie, le lin améliore les performances du système reproducteur des bovins et pourrait permettre la production d’un lait contenant des gras Oméga-3.

FÉLICITATIONS AUX FINALISTES!


Gaétan Labonté et Maryse Paradis - Ferme Bonté inc., de Sainte-Sophie-d’Halifax

Éric Beaudoin et Nathalie Leblanc - La Belle Ferme S.N.C., de Saint-Barnabé-Sud

Michel Brien et Jocelyne Plouffe - Ferme Mylixy, de Racine




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