On aurait pu dire aussi : « La route est longue… » C’est d’ailleurs ce qu’ont pu constater les 70 participants au voyage annuel d’étude de la Société des parcs d’engraissement du Québec (SPEQ) qui se sont envolés, au début d’août, pour aller voir ce qui se fait en production bovine au Manitoba.

On pourrait croire que le découragement le plus total aurait envahi ces producteurs durement touchés financièrement depuis mai 2003 par la crise de la vache folle. L’ampleur des pertes encourues par ces propriétaires de parcs d’engraissement donne, en effet, le vertige.

Et pourtant, une telle participation nous démontre leur confiance dans la production.


Un horaire chargé
Le Manitoba n’est pas à notre porte et il ne s’agit pas d’une destination courante pour quelqu’un résidant dans l’est du pays. Les organisateurs du voyage en étaient bien conscients et ont donc mis en place un horaire chargé qui permettrait à tous de se faire une bonne idée des réalités géographiques et démographiques (environ 5 % de la population est d’origine francophone et 10 % des Manitobains parlent français), ainsi que des contraintes que doivent surmonter les producteurs de bovins de boucherie de cette province.


Jour 1
La première journée a été consacrée à la visite de quatre fermes situées dans la région sud de Winnipeg. Les deux autocars nolisés nous ont déplacés de chaque côté de la rivière Rouge, soit entre Morden et Saint-Malo.

Robert Krentz, propriétaire de Evergreen Farms, conversant avec notre guide, René Catellier.

Au programme, la visite d’un parc d’engraissement, construit en 1995, (High Ridge Feeders) d’une capacité, en inventaire, de 2 700 têtes. Ed et Glory Dulke possèdent environ le tiers des animaux; les autres, soit 1 800 têtes, sont engraissées à forfait pour le compte de quelques propriétaires. Il s’agit pour la plupart de veaux qu’ils achètent directement de producteurs de Saskatchewan. Ce modèle de production, très populaire dans l’Ouest canadien et américain, permet de séparer le risque financier (vente-achat) des coûts réels d’opérations (alimentation – santé – bâtiments).

La semi-finition à l’herbe représente un deuxième modèle de production fréquemment rencontré dans l’Ouest. Robert Krentz (Evergreen Farms) est un producteur qui a vendu ses vaches il y a quelques années et qui a pu profiter du développement intense de la production porcine dans son secteur pour obtenir de l’engrais à très faible coût. Cette situation lui permet aujourd’hui de faire la semi-finition de 5 000 têtes sur des pâturages en rotation.

Michael Pankiw, de Honeyland Farms. La ferme possède un troupeau de 250 vaches Black Angus et produit, annuellement, de 8 à 9 000 balles de foin pesant chacune entre 800 et 900 kg.

M. Krentz envisage aussi l’exportation d’animaux vivants dans des pays n’ayant pas décrété l’embargo sur les bovins en provenance du Canada.

La présentation de l’excellent troupeau pur sang Red Angus de René Catellier, l’un de nos guides manitobains, francophone et très affable, ainsi que la rencontre de la famille Pankiw (Honeyland Farms) ont très bien complété la journée. Les Pankiw sont les descendants d’une famille ukrainienne arrivée au Canada en 1910. Ils possèdent aujourd’hui un troupeau de 250 vaches Black Angus et produisent annuellement de 8 à 9 000 balles de foin pesant chacune de 800 à 900 kg.


Jour 2
Direction Brandon, à l’ouest de Winnipeg, pour une visite de la station de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. En ce moment, les travaux portent surtout sur les techniques de synchronisation des chaleurs, sur l’effet de la photopériode sur le système reproducteur et sur les émissions de méthane et de CO2 en fonction de l’alimentation servie.

Nous avons également visité l’entreprise Hamiota Feedlot Ltd., un parc d’engraissement de 8 500 têtes, construit en 1998, et ne fonctionnant qu’à forfait.

Impossible de passer sous silence le dîner offert par Heartland Livestock Services, une entreprise multiservice en production bovine. Cette entreprise possède des encans et des abattoirs et offre les services d’achat et vente, de financement, de transport, d’assurance et de contrats à forfait.

Cette deuxième journée s’est terminée par l’allocution de Cam Ostercamp, un producteur de bœuf albertain, venu nous entretenir de pistes de solutions possibles à la présente crise de la vache folle.


Jour 3
Cette dernière journée passée au nord de Winnipeg, aux abords du lac Manitoba, a permis de visiter cinq fermes (vaches-veaux, semi-finition, animaux de race pure), dont EUR Ranchers, l’une des plus grosses fermes vaches-veaux (1 600 vaches) du Manitoba. Les vêlages y sont regroupés sur une période de 60 jours. Ainsi, il peut y avoir des journées de 60 à 70 vêlages. Malgré tout, les résultats sont impressionnants et le taux de sevrage avoisine les 96 %. Tous les vêlages y sont supervisés. Tous les veaux sont vaccinés à 5 ou 6 semaines d’âge. On vaccine à nouveau avant la saillie.

René Catellier avec quelques-unes de ses Red Angus, s´adressant à un groupe de producteurs attentifs.

Des questions des participants concernant la vaccination ont permis à Henry Rosen, gérant de la ferme, de clarifier la situation à savoir que ce ne sont pas tous les producteurs vaches-veaux du Manitoba qui vaccinent. Selon lui, les avantages sont pourtant évidents, que ce soit pour le troupeau vache-veau ou en semi-finition.

En résumé, le voyage d’étude a encore rempli ses diverses missions : permettre des échanges entre producteurs afin de mieux cerner les besoins de l’industrie bovine, découvrir des techniques d’élevage applicables chez nous et pouvoir confirmer ou infirmer certaines idées préconçues.

En terminant, de sincères remerciements à nos guides René Catellier et Roger Robert. Un gros merci aussi, pour leurs participations financières, à Intervet Canada et Pfizer Animal Health, au ministère de l’Agriculture et au ministère de l’Industrie, du Commerce et des Mines du Manitoba. Enfin, merci à tous les membres de la SPEQ qui ont participé à ce voyage. Ils sont la preuve vivante du désir de réussite de l’industrie bovine québécoise.


* L’auteur est coordonnateur production bovine à La Coop fédérée.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés