Denis Maltais et Lucie Fortin, propriétaires de Verger de Tilly, cultivent, sur plus de 9 hectares, des bleuets, des framboises et 21 variétés de pommes. Leurs fruits sont destinés à la vente, à l’autocueillette ou transformés en produits dérivés. Ces producteurs de Saint-Antoine-de-Tilly ont de quoi s’enorgueillir : depuis juillet 2004, leur verger est le premier au Québec et au Canada à obtenir la certification environnementale ISO 14001. Cette certification a été réalisée dans le cadre du projet pilote AGRISO.

Des branches générées par l’émondage des arbres sont utilisées comme matière première pour produire un compost. Ce dernier est appliqué sur un mètre autour des pommiers. Les bienfaits sont nombreux : réduction de l’utilisation d’eau, stabilisation du pH du sol, élimination de l’usage d’herbicides et réduction de l’usage de fongicides.

La norme ISO 14001 prescrit les exigences d’un système de gestion environnementale (SGE) pour intégrer l’environnement dans la gestion quotidienne de l’entreprise. Elle permet à celle-ci d’identifier ses impacts sur l’environnement, d’améliorer sa performance environnementale et d’en faire la preuve lorsque nécessaire. En 2003, 66 070 entreprises étaient certifiées ISO 14001 à travers 113 pays dont 1 274 certifications au Canada.

Avant de s’embarquer dans cet ambitieux projet, Denis et Lucie exploitaient déjà leur verger selon les principes de développement durable. En effet, ils ont choisi des pommiers semi-nains qui ont une durée de vie plus longue que les pommiers nains retrouvés en majorité dans les vergers commerciaux. On remarque également que la densité des pommiers de leur verger est plus faible et que suffisamment d’espace est laissé entre les rangers d’arbres. Cette culture moins intensive assure plus de longévité aux arbres et comporte l’avantage de réduire l’utilisation d’engrais et de pesticides. « L’adhésion au programme de lutte intégrée m’a permis de réduire sensiblement les arrosages, déclare Denis Maltais. Nous en faisions 25 il y a dix ans. On en fait maintenant entre 7 et 15. » Pourquoi donc entreprendre la certification ISO 14001 quand on travaille déjà à protéger l’environnement? « Je souhaitais certifier toutes nos opérations et non seulement le produit », exprime le producteur.


Un SGE à trois niveaux
Le premier niveau qu’ils ont entrepris a été de s’assurer que les opérations du verger respectent toutes les lois et règlements environnementaux en vigueur. La deuxième étape a exigé l’adoption d’une politique environnementale, l’identification des impacts environnementaux de toutes les activités du verger, la mise en place de projets visant à combler les lacunes identifiées et la rédaction d’un plan d’intervention d’urgence. La dernière étape (niveau 3) a été la certification ISO 14001. « Tout ce processus nous a exigé de 400 à 500 heures de travail et s’est étalé sur un an et demi », informe Denis Maltais.

La politique environnementale de Verger de Tilly contient huit engagements. Parmi ceux-ci, on note l’amélioration de leur performance environnementale, la mise en place d’objectifs et de cibles ainsi que le dialogue avec les employés et le public sur les questions environnementales et l’engagement à tenir compte des préoccupations soulevées.


Des actions concrètes
L’identification des impacts de leurs activités sur l’environnement leur a permis de découvrir des secteurs où leur performance environnementale pouvait être accrue. Ils se sont ensuite fixé des objectifs et ont identifié six projets accompagnés d’échéanciers précis. Parmi ceux-ci, on retrouve l’entreposage et l’utilisation sécuritaire des pesticides et produits pétroliers, visant entre autres à limiter leur déversement dans l’environnement; l’application de compost de bois raméaux fragmentés autour des pommiers et la réduction du volume des matières résiduelles générées.

Le Verger de Tilly exploite également une terre à bois. Les propriétaires utilisent les branches générées par l’émondage des arbres comme matière première pour produire un compost. Ce dernier est appliqué sur un mètre autour des pommiers. Ils ont ensuite noté les bienfaits qu’apporte ce compost : « Ceci nous a permis de réduire l’utilisation d’eau, stabiliser le pH du sol, éliminer l’usage d’herbicides et abaisser l’usage de fongicides, car on remarque une diminution de la tavelure de la pomme », commente le pomiculteur.


Chaque chose à sa place et place à la récupération
Ce slogan en dit long sur l’engagement de ces producteurs. Lors de la mise en place de leur SGE, ils ont identifié systématiquement tous les endroits à risque, placé les pesticides et autres produits dommageables pour l’environnement dans des bacs, et disposé du matériel d’intervention d’urgence près des zones où des déversements pourraient survenir. Ils se sont également engagés à récupérer le plus de déchets possible aux fins de recyclage. Pour ce faire, ils ont déjà établi des ententes avec des entreprises de récupération et de recyclage. Ils vont bientôt placer des bacs de récupération (verre, aluminium, plastique) à plusieurs endroits stratégiques de leur verger et sensibiliser leur clientèle de l’autocueillette pour qu’elle participe à l’atteinte de leur objectif de réduction du volume de matières résiduelles en plaçant leurs déchets de pique-nique dans le bon bac.

L’entreposage et l’utilisation sécuritaire des pesticides et produits pétroliers visent entre autres à limiter leur déversement dans l’environnement.

Quels sont les avantages de cette certification? « D’abord, nos produits ont une plus-value, répond Denis Maltais. De plus, j’ai appris beaucoup de choses qui m’ont permis d’améliorer mes pratiques, par exemple, sur les normes à respecter en entreposage de produits chimiques et pétroliers. » Le producteur affirme aussi avoir changé plusieurs habitudes de travail au bénéfice de l’environnement.

Par ailleurs, Denis Maltais et Lucie Fortin ont récemment eu à renégocier leur hypothèque auprès de leur institution financière. À leur grande surprise, leur certification leur a permis d’obtenir une meilleure cote de crédit et une baisse de leur taux hypothécaire.

Ce processus de certification a été financé par le projet AGRISO. Par contre, les investissements et dépenses pour rencontrer les objectifs fixés sont payés par le producteur. Le choix des projets et des moyens pour les réaliser revient aussi au producteur en fonction de ses problématiques, ses choix et sa capacité financière. « La certification ISO 14001 n’est pas là pour me mettre en faillite », déclare-t-il. Un producteur qui ne complète que les premier ou deuxième niveau a déjà fait un grand pas pour intégrer l’environnement dans la gestion quotidienne de sa ferme.

Mentionnons que dans un processus de certification ISO, un producteur doit s’attendre à documenter plusieurs méthodes de travail, mettre en place des procédures additionnelles et noter plusieurs informations afin de maintenir leur SGE et conserver leur certification.


La vie après ISO 14001
« Les clients sont contents qu’il existe des vergers qui respectent l’environnement », commente le pomiculteur. Ils sont aussi curieux et profitent de leur visite pour poser des questions sur la certification parce que, souvent, ils confondent la certification bio et ISO 14001. « L’étiquette bio ne certifie que le produit, explique Denis Maltais, tandis que la certification ISO porte sur l’ensemble de nos opérations. »

La certification est accordée pour un an. Un registraire devra auditer le SGE de Verger de Tilly chaque année et les producteurs devront respecter les engagements pris à l’intérieur du SGE pour conserver leur certification. Même si ce pomiculteur était déjà proactif en environnement, cette certification lui permet de prouver facilement que : « Chaque fois que je fais une action, je protège l’environnement. »

Le projet AGRISO
Le projet AGRISO est le fruit d’une entente spécifique entre le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), le ministère de l’Environnement du Québec (MENV), le ministère du Développement économique et régional (MDER), l’Union des producteurs agricoles (UPA), en collaboration avec le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ), et plusieurs conseils régionaux de développement. Il vise à implanter, d’ici 2005, et à valider, dans 76 fermes du Québec, un système de gestion environnementale (SGE) à trois niveaux intégrés qui peut conduire à une certification de type ISO 14001. Le premier niveau de la certification atteste que l’entreprise est conforme aux lois et règlements environnementaux applicables. Le deuxième niveau porte sur la prévention de la pollution et la mise en place de plans d’urgence. Enfin, le troisième niveau conduit à la certification de type ISO 14001. Actuellement, 12 fermes ont obtenu la certification. À terme, 76 fermes pourraient avoir leur SGE et même leur certification. Le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) agit à titre de registraire des fermes certifiées et la Société d’Expertise Envirotest Ltée accompagne les producteurs agricoles tout au long de leur démarche.


Les 12 entreprises agricoles québécoises certifiées ISO 14001
Le Verger de Tilly (pommes et petits fruits, Saint-Antoine-de-Tilly)
Framboisière de l’Estrie (Johnville)
Ferme Jean-Noël Groleau inc. (lait, Compton)
Ferme Horizon de Coaticook inc. (porc, Coaticook)
Ferme Thomas inc. (veau de grain, Saint-Isidore-de-Clifton)
Ferme La Villandroise (bovins de boucherie, Cookshire)
Domaine de la Cressonnière (fines herbes, North Hatley)
Centre d’Initiatives en agriculture de la région de Coaticook (ferme-école en production laitière)
Ferme Québec Balsams inc. (arbres de Noël, Sherbrooke)
Ferme J.P. Dion & Fils inc. (porcs, Saint-Liboire)
Rose Drummond Inc. (fleurs en serre, Drummondville)
Ferme Jocelyn Michon inc. (céréales et semences, La Présentation)




* L’auteure est directrice du Service de l’environnement à La Coop fédérée.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés