Plusieurs d’entre vous connaissez et maîtrisez bien l’ensemble des techniques d’élevage qu’il faut appliquer pour réussir en engraissement. Cela vous permet d’être performant techniquement et de contrôler votre coût de production. Les facteurs qui influencent vos résultats sont nombreux : génétique, alimentation, régie et santé, pour ne nommer que ceux-là. Il arrive parfois qu’en hiver certains de ces points soient moins bien contrôlés, mais leur importance n’est pas moindre et leur accorder moins d’attention peut être plus coûteux qu’on ne le croit. Les prochaines lignes se veulent une révision de certains éléments de régie qui nous semblent souvent moins bien contrôlés en hiver, et sur lesquels il faut s’arrêter.

1-Nettoyage entre les lots
Cette étape se compose du nettoyage (grattage, balayage), du lavage et de la désinfection. Elle a pour but de couper la maladie entre les lots. Voici ce qu’il faut retenir pour maximiser l’efficacité de cette étape importante du cycle de production.

Il est suggéré, lors de la désinfection, de travailler avec de l’eau d’une température située entre 20 et 40°C, car les détergents et les désinfectants sont plus efficaces. La température du local peut aussi influencer le travail de ces produits. Leur efficacité augmentera de deux à huit fois lorsque celle-ci passe de 10 à 20°C. Ce point est souvent négligé en saison froide. Renseignez-vous auprès de votre fournisseur des températures recommandées pour optimiser l’efficacité des produits. Certaines particularités existent et doivent être considérées.

En hiver, certaines étapes du processus de désinfection sont souvent volontairement laissées de côté pour réduire le temps d’inoccupation du local et diminuer les frais de chauffage. Cette économie apparente peut facilement se transformer en une dépense onéreuse. Vous a-t-on déjà parlé du biofilm, cette couche protectrice qui se forme sur une surface et qui recouvre et protège les virus et les bactéries contre les agressions? Il les protège même contre les désinfectants. Ceux-ci sont donc beaucoup moins efficaces. Éliminer volontairement l’utilisation du détergent lors du détrempage permet au biofilm de demeurer intact. Bon nombre de pathogènes qu’on voulait détruire seront encore présents lors de l’arrivée du prochain groupe de porcs. L’utilisation d’un détergent sur une surface humide (non trempée) avec un temps de contact de 20 à 30 minutes permettra de réduire ou détruire cette couche indésirable.

N’oubliez pas de sécher rapidement (12 heures) le local et les surfaces après la désinfection, puisque les bactéries et virus, encore présents à ce moment, peuvent utiliser cette humidité pour se développer. L’assèchement et la déshydratation complètent bien la désinfection.

Ne pas éliminer les pathogènes entre les lots peut facilement entraîner la persistance de certaines maladies. Les maladies détériorent les performances techniques et nécessitent l’utilisation d’une plus grande quantité de médicaments. L’augmentation des frais de médication, des charges alimentaires et des frais fixes qui en découlent peut facilement atteindre 5,00 $ à 10,00 $/porc.


2-Respect des chartes de température
Il est important de régler la température des locaux en fonction du poids des porcs. Une température trop chaude diminue la consommation d’aliments et réduit la vitesse de croissance. À l’inverse, avec une température trop froide, les porcs utilisent une partie de l’énergie contenue dans l’aliment pour se réchauffer (Figure 1). À une température moyenne de 20°C, la croissance des porcs entre 25 et 108 kg est optimale. À 17°C, bien que la vitesse de croissance se maintienne, la conversion alimentaire se détériore. Elle passe de 2,54 (20°C) à 2,62 (17°C), ce qui représente une différence de 6,6 kg d’aliments consommés par porc, une quantité supplémentaire qui sert principalement à lutter contre le froid. On parle ici de près de 1,50 $ de charge alimentaire de plus par porc.

Figure 1



3-Restriction alimentaire, trémies trop fermées ou pas ?
En élevage conventionnel, nos porcs sont généralement nourris en trémies à volonté. Cette pratique permet aux porcs d’obtenir le gain moyen quotidien maximal et de réduire la durée de leur présence dans le bâtiment. Par contre, une situation particulière peut entraîner une restriction alimentaire. Elle se produit quand, en voulant éviter le gaspillage de moulée, on ferme trop l’ouverture de la trémie qui contrôle la descente d’aliments.

Une restriction minime de 10 % (90 % ad libitum) durant la phase de croissance 25 à 108 kg peut avoir un impact négatif sur la conversion alimentaire (Tableau 1). Cet effet est plus prononcé à température froide (17°C) qu’à température chaude (24°C). Après cette restriction, la conversion alimentaire se détériore seulement de 0,08 à 24°C, par rapport à 0,17 à 17°C. C’est l’équivalent de 7,4 kg de moulée de plus en période froide pour la même restriction (1,66 $/porc). L’ajustement des trémies et le maintien des porcs en alimentation à volonté (en évitant le gaspillage), sont donc nécessaires, surtout en hiver.

Tableau 1


Vérifier visuellement l’ajustement de vos trémies, seul ou avec l’aide de votre expert-conseil CO-OP, peut permettre d’économiser des aliments et de réduire les frais fixes par porc (moins de jours de présence). Voici un bon moyen d’en valider l’ajustement : calculez la quantité d’aliments consommée par porc pour une période donnée (par les livraisons de moulée, par exemple), et comparez-la à une charte de croissance et de consommation fournie par votre expert-conseil. Si vos porcs arrivent à peine à suivre la charte, alors qu’ils l’ont déjà fait dans le passé, il se peut que vos derniers ajustements soient trop restrictifs.

Mais dans tous les cas, rappelez-vous qu’une ouverture trop grande peut être plus coûteuse qu’un ajustement trop serré. Le gaspillage provoque rapidement des pertes monétaires importantes. À vous de trouver l’ajustement qui convient à vos porcs.


4-Ventilation, débit minimum
En hiver, maintenez les débits minimums de ventilation requis afin d’expulser les gaz, tels que l’ammoniac (issu du mélange de l’urine et des fèces), le dioxyde de carbone (provenant de la respiration animale), les poussières et les germes, pour les remplacer par de l’air riche en oxygène. Le Tableau 2 présente les teneurs maximales en gaz à ne pas dépasser pour maximiser les performances de vos porcs. Des mesures occasionnelles de ces contaminants peuvent indiquer si votre ventilation minimale est suffisante. Le respect de la température minimale en saison froide n’est pas toujours l’indicatif idéal pour juger de la qualité de l’air d’un bâtiment.

Tableau 2


Si ces niveaux sont dépassés, les performances se détérioreront. Des recherches ont démontré une baisse du gain moyen quotidien des porcs de l’ordre de 8 à 10 % et une détérioration semblable de la conversion alimentaire lorsque la teneur en ammoniac passe de 0 à 50 ppm. À partir de 25 ppm, toute augmentation de ce composé dans l’air réduit la croissance. À niveau élevé, les voix respiratoires sont irritées et on peut détecter des inflammations des tissus du système respiratoire. Il devient moins efficace et plus susceptible aux infections. Les porcs sont alors plus facilement atteints par les maladies respiratoires. Des pertes monétaires très élevées peuvent s’ensuivre.


5-Courants d’air
Désirés en saison chaude pour rafraîchir les porcs et augmenter la consommation d’aliment et le gain moyen quotidien, ils sont à éviter en saison hivernale. Le refroidissement qu’ils provoquent au niveau des porcs équivaut à une réduction de température (-1°C par 0,1 m/sec supplémentaire au dessus de 0,2 m/sec). Une mesure de la vitesse de déplacement de l’air au niveau des porcs à l’aide d’un anémomètre (demandez l’aide de votre expert-conseil), permettra d’ajuster la ventilation hivernale. Il est recommandé de ne pas dépasser 0,2 m/sec. Si la vitesse est supérieure, le porc se refroidira et perdra de l’énergie dans son environnement. La conversion alimentaire sera alors détériorée. On le voit au Tableau 3, l’ajout d’un courant d’air (20°C + V) au niveau des porcs entraîne une détérioration de la conversion alimentaire (la vitesse de l’air est passée de 0,56 à 1,3 m/sec). Entre 25 et 108 kg, ces porcs ont consommé 11,6 kg de moulée supplémentaire, une augmentation du coût d’alimentation de plus de 2,50 $ par porc.

Tableau 3


Comme vous le constatez, la connaissance et une maîtrise plus rigoureuse de certains points de régie en saison hivernale peuvent vous faire faire des économies importantes. La somme des impacts potentiels des cinq points mentionnés ci-dessus peut se chiffrer entre 10 $ et 15 $ par porc. Il y a là probablement plus d’argent que vous l’aviez imaginé. Si certains de ces points vous inquiètent, n’hésitez pas à demander l’aide de votre expert-conseil.


* Les auteurs sont respectivement expert-conseil Porc et responsable nutrition Porc à La Coop fédérée.




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