Producteur laitier et céréalier à Saint-Bernard-de-Lacolle, Claude Couture est le doyen du conseil d’administration de La Coop fédérée. Il y siège depuis 22 ans! Sa ligne de conduite au sein du conseil : « Ne jamais perdre de vue que La Coop fédérée existe pour les producteurs agricoles. Nos décisions doivent donc être surtout orientées en fonction d’améliorer le sort des producteurs. »

Sur le plan collectif, Claude Couture est un coopérateur accompli. En 22 ans, il a vu agir quatre présidents, ce qui donne un éventail d’expériences et de vues passablement diversifiées. « Il est, en quelque sorte, le gardien des valeurs coopératives, dira Denis Richard, président de La Coop fédérée. D’ailleurs, il s’assure toujours que l’entreprise ne se dénature pas en prenant de l’expansion. »

Intègre et visant la transparence, il se fait un devoir de sonder l’opinion des producteurs de son territoire et de les rapporter au conseil. « Même quand leurs idées ne reflètent pas les miennes. » Et comme sur son entreprise, il est très soucieux de la rentabilité et du maintien à la baisse des coûts de production. Son voisin de table, Gaston Blais, fait remarquer qu’il s’assure toujours que le nouveau produit lancé par La Coop améliorera la rentabilité sur les fermes.

Sur le plan personnel, tous s’entendent à dire qu’il est un chic type, agréable à côtoyer, non rancunier et qui s’efforce toujours à trouver des compromis.

Claude Couture a grandi à Sherrington. Il est le cinquième d’une famille de huit enfants. Son père, Léonard, était un producteur laitier prospère et respecté. « C’est lui qui a eu le premier silo de ciment dans la région », raconte Claude avec fierté. D’ailleurs, l’inspecteur laitier de l’époque avait choisi l’étable des Couture en guise de modèle pour ses visiteurs.

Léonard Couture était très engagé. Il a été actif auprès de l’UCC (maintenant UPA), et un des membres fondateurs de la Coop de Sherrington (devenue Société coopérative agricole du Sud de Montréal). Il a même été maire de sa ville. Mais pas question que les enfants s’enflent la tête avec son nouveau statut. Béatrice Bourgeois, leur mère, avait bien averti Claude avant qu’il quitte la maison : « Ne t’énerve pas avec ça à l’école. Ton père n’a pas toujours été maire et le sera pas toujours non plus. » C’était des gens fiers, mais modestes.
Claude a retenu beaucoup de leçons de ses parents. Il raconte, entre autres, que son père l’a toujours encouragé : « Tu vas être capable », me répétait-il. C’est sans doute ce qui l’a aidé à passer à travers une petite épreuve dès sa neuvième année. Il quittait l’école du rang, où étudiaient 27 élèves, pour poursuivre dans une école de 875 élèves, à Lachine.

« En arrivant là-bas, je me suis fait traiter d’habitant. » Profondément offensé, il a failli lâcher. « Quand j’ai réussi à surmonter cette injure, je me suis dit que plus jamais personne rira de moi parce que je suis agriculteur. »

C’est aussi les enseignements de son père qui lui ont fait réaliser de bons coups sur sa ferme. Par exemple, à l’âge de 40 ans, il rénove sa laiterie « J’hésitais parce que je croyais que j’étais trop vieux pour entreprendre ces travaux. » Jusqu’au moment où il se rappelle les paroles de son père. « J’ai commencé à vivre à 45 ans, l’année où j’ai bâti mon étable neuve. »

Aussi, en 1976, il achète une terre qu’il fait drainer au fur et à mesure que l’argent est disponible. « Ma terre a été rentable seulement quatre ans plus tard. » En 1979, il acquiert une autre terre. Cette fois-ci, il suit les conseils de son père. Il fait un emprunt plus élevé que le montant d’achat, et entreprend les travaux pour qu’elle rapporte le plus vite possible.
Sa mère a vécu quelques drames dans sa vie. Aînée d’une famille de douze enfants, elle n’avait que 19 ans et le plus jeune six mois quand son père est mort, tué par un taureau. De santé fragile, elle organisait son horaire de façon à se reposer de temps en temps, et faisait tout son travail. « Elle a même vécu plus longtemps que mon père. »

Claude a eu une jeunesse agréable. « Bien que nous ayons commencé à travailler en bas âge, nous avons toujours été bien traités. » On dit aussi que les jeunes Couture étaient bien éduqués. À l’école, Claude réussissait bien. Il n’était pas l’indiscipliné de la classe, mais s’assurait d’éviter l’ennui en lançant de temps en temps un bout de papier mâché pour réveiller les copains endormis.

À 17 ans, il travaille à la Coop de Sherrington comme commis au comptoir. « J’ai hésité entre poursuivre ce genre de travail avec le public ou m’acheter une ferme. » Le sort a voulu qu’il s’établisse sur une exploitation et, par ses engagements, qu’il ait aussi une vie publique.


Son entreprise
En 1969, il marie Nicole Riel, avec qui il aura trois filles : Josée, Martine et Nathalie. Un an plus tard, il achète la ferme de Lucien Mathieu, à Saint-Bernard-de-Lacolle. L’entreprise compte 47 têtes de race pure Holstein, dont 27 vaches en lactation, 51 hectares de terre (150 arpents) cultivés en foin, céréales et maïs ensilage et près de sept hectares boisés.

Sa stratégie d’entreprise? Développer son propre troupeau. « Aujourd’hui, nous avons sept à huit générations de vaches portant notre préfixe, Canado. Nous participons aux expositions. Nous ne sommes pas dans les ligues majeures, mais nous nous tenons dans le peloton de tête. »

Ses collègues le qualifient tous de bon agriculteur. En témoigne la médaille d’or du Mérite agricole qu’il a reçue en 1990. « Tous les producteurs devraient un jour participer à ce concours, au moins au niveau de la médaille de bronze. » Ça permet, explique-t-il, de faire un bilan de notre entreprise et c’est valorisant de voir sur papier tout ce qu’on possède. »

La Ferme Canado est maintenant composée de 100 têtes, dont 38 sont en lactation. L’une de ses vaches est classifiée Excellente 2E, 16 sont classifiées T.B. et 23, B.P. Elles produisent une moyenne de 11 131 kg de lait par année avec une MCR de 239-249-245. Le fonds de terre compte maintenant 100 hectares (290 arpents) et 12 hectares loués.

Il exploite son entreprise avec Nicole, son épouse, Josée, sa fille et un employé aux champs. « Quand j’ai à m’absenter, trois personnes sont disponibles sur appel pour les travaux de l’étable, », ajoute-t-il.


Ses engagements
En 1974, on l’approche pour devenir administrateur à la Coop de Napierville (maintenant SCA du Sud de Montréal). Sur le coup, il refuse. On le redemande quelques fois, puis il finit par accepter « pour un bout de temps seulement », avait-il juré. Après déjà quelques années, la coopérative connaît des difficultés. Puis, en 1979, les coopératives de Sherrington et de Napierville fusionnent. « Ce n’était pas le temps de les abandonner. »

En 1983, l’administrateur de La Coop fédérée qui couvre son territoire, Gilles Bissonnette, termine son mandat et demande à Claude de le remplacer. « J’étais pas prêt à ça. J’ai consulté plusieurs personnes, dont l’ancien directeur général de la Coop de Sherrington, Florien Sédillot, qui me dit : Tu as toujours été capable de donner ton opinion, pourquoi tu refuserais? » Sur ces conseils, et grâce à l’appui de son épouse et de ses trois filles, il décide de s’embarquer pour un mandat d’un an…

Le plus dur moment de cette expérience? « Au tournant des années 1990, La Coop fédérée était en mauvaise situation financière et j’étais président de ma coop. Mener les deux de front était exigeant. J’ai laissé la présidence de ma coop. Il fallait bien, après tout, préparer la relève. Puis il était important pour moi de ne jamais négliger mon entreprise. »

Claude a été actif auprès d’autres organisations, comme le Cercle d’amélioration du bétail, le club Holstein de sa région et le Syndicat de gestion. Il a également été marguillier.

Claude est un grand fan de musique country. « Quand il me ramène à l’hôtel, après une journée au conseil d’administration, raconte Gaston Blais, il me fait écouter ses cassettes. Je vous dis qu’il aime ça. » Avec sa femme, il a suivi des cours de danse country, et ils vont régulièrement dans les salles pour se dénouer les hanches. « Ça me fait du bien », dit-il.

À 60 ans, il est toujours aussi présent dans son entreprise et ne sait pas s’il siégera encore plusieurs années au conseil de La Coop fédérée. Toutefois, il a d’autres préoccupations… Ce sont ses petits-enfants. En décembre, il est devenu grand-père d’une quatrième petite-fille. Il a aussi un petit-fils. Selon Roger Béliveau, s’il ne fait pas attention, il deviendra un grand-papa gâteau.




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