L’engagement, c’est un mode de vie pour Dominique Brisson. En plus d’exploiter une bergerie de 1500 brebis et d’être mère de quatre enfants, l’agricultrice de l’année est largement active au sein du milieu agricole et de sa communauté.



L’année 2004 fut pour le moins mouvementée pour Dominique Brisson et son conjoint, Bertin Lavoie. Les deux producteurs ovins de Saint-Narcisse-de-Rimouski ont participé au concours de l’Ordre national du mérite agricole et ont été les hôtes du pique-nique annuel de Purdel, coopérative agricole, située au Bic. Mais la cerise sur le gâteau, c’est que Dominique a remporté le prestigieux prix Agricultrice de l’année.

L’éleveuse apprécie d’autant plus cet honneur qu’elle n’avait même pas osé l’espérer. « Je me sentais déjà privilégiée de seulement participer à cette soirée grandiose. Je ne m’attendais pas du tout à gagner », confie-t-elle.

« Au début, nous ne réalisions pas vraiment que Dominique avait été choisie agricultrice de l’année, ajoute fièrement son conjoint. Mais toutes les lettres de félicitations que nous avons reçues depuis nous ont rappelé que c’était vrai. »

Graphiste spécialisée en lettrage commercial, Dominique Brisson fait ses premières armes en agriculture dans les années 80 en participant à l’organisation de la foire régionale de l’agneau de l’Est-du-Québec. C’est d’ailleurs dans le cadre de cet événement qu’elle rencontre Bertin Lavoie, celui qui est devenu son compagnon de vie.

À partir de 1987 et pendant plusieurs années, elle travaille avec lui sur l’entreprise ovine de la famille Lavoie, la Ferme Lavoie Banville. En 1993, pour diverses raisons d’ordres financier et de gestion qui compliquaient une association avec son conjoint sur la ferme, Dominique démarre sa propre entreprise, Bergerie du Faubourg.

L’exploitation connaît des origines plutôt modestes. Sans terre ni bâtiment en propriété, elle compte 350 brebis à ses débuts. Aujourd’hui, Bergerie du Faubourg possède un cheptel de 1450 brebis croisées, 60 brebis Suffolk de race pure, en plus de produire annuellement 1800 agneaux de marché et de cultiver une quarantaine d’hectares.

Dominique s’occupe aujourd’hui de l’administration et de la comptabilité de Bergerie du Faubourg et des deux autres fermes familiales appartenant aux Lavoie, Ferme Lavoie Banville et Bergerie de la Neigette. Bien qu’étant gérées séparément, les trois entreprises fonctionnent en étroite collaboration, s’échangeant intrants, employés et machinerie. Au total, elles comptent près de 3000 brebis et 600 hectares en culture.


Privilégier sa région
Dominique Brisson se qualifie de régionaliste. Elle croit à l’importance de préserver la dynamique des régions et de soutenir les producteurs locaux. Elle prêche donc par l’exemple. « Je préfère encourager les gens du coin, dit-elle. Nos agneaux sont abattus à Luceville et mis en marché par une agence locale, la Coopérative de commercialisation des ovins de l’Est-du-Québec. Nous faisons affaire avec des fournisseurs de la région que ce soit pour la machinerie ou pour les autres intrants. »

Dans le même sens, elle participe aux activités de différents comités et organisations. « Depuis que je la connais, Dominique siège à plusieurs comités à la fois », déclare Bertin. Elle se préoccupe aussi bien de l’agriculture que du milieu communautaire. Il est ainsi possible de la croiser autant aux réunions d’un club d’encadrement technique qu’à celles du comité d’urbanisme de Saint-Narcisse. Elle est engagée, entre autres, au sein du Club de fertilisation 2000 et du Club de race pure Suffolk du Bas-Saint-Laurent. Elle a également déjà siégé sur les comités de la Coopérative de commercialisation des ovins de l’Est-du-Québec, d’Ovi-Plus et du club d’encadrement technique des producteurs ovins du Bas-Saint-Laurent – Gaspésie.


La femme et la famille, une place à prendre
La vision féminine ne peut que profiter à l’agriculture, pense Dominique Brisson. « L’agriculture a besoin de cette vision différente, moins rigide et basée sur l’harmonie, dit-elle. La femme a sa place dans le milieu agricole. Elle est capable de la prendre et elle ne doit pas se gêner pour le faire. »

Dominique s’enflamme lorsqu’elle parle « famille », une cause qui lui tient particulièrement à cœur. « Il devrait y avoir davantage de garderies spécialisées pour les familles agricoles. Les heures de travail des producteurs sont irrégulières et leurs besoins différents. » L’agricultrice déplore également le fait que les femmes ne puissent avoir accès à un programme de retrait préventif et au congé de maternité. Du reste, elle compte accompagner le Syndicat des agricultrices du Bas-Saint-Laurent qui déposera sous peu au ministère de la Famille un mémoire traitant de la conciliation travail-famille en agriculture.

L’agricultrice se sent d’autant plus concernée par la famille qu’elle est elle-même mère de quatre enfants : Marie-Pier (16 ans), Virginie (15 ans), Philip-Olivier (8 ans) et Anne-Élizabeth (6 ans). Ceux-ci semblent déjà tous avoir un penchant pour l’agriculture. Les deux aînées envisagent d’ailleurs de poursuivre leurs études à l’ITA de La Pocatière. Voilà une belle relève qui se prépare!


*L’auteure est journaliste.

Sans se tromper, on pourrait dire de Barbara Paquet qu’elle a la flamme de l’agriculture. Pour s’en convaincre, il suffit de l’écouter parler de son troupeau, des expositions et des comités au sein desquels elle s’investit. Son enthousiasme en révèle plus long que les mots.



« C’est une belle tape dans le dos », répond sans hésitation Barbara Paquet lorsqu’on lui demande ce qu’elle ressent en tant que lauréate du titre de jeune agricultrice pour l’année 2004. « M’accorder ce prix, c’est une façon de me dire que ce que je fais est reconnu et apprécié. »

Bien que ce ne soit pas une mince tâche, la jeune productrice laitière de Saint-Côme-Linière, en Beauce, a retiré une grande satisfaction à bâtir son dossier pour le concours. « Nous ne prenons pas assez souvent le temps de nous asseoir pour dresser un bilan de nos réalisations et nous fixer des objectifs », a-t-elle constaté. Quoi qu’il en soit, Barbara Paquet a retenu l’attention du jury par un dossier pour le moins impressionnant.

En 1991, elle s’associe à la ferme familiale avec son conjoint, Sylvio Rodrigue et son père, Robert Paquet.

Les années suivantes sont consacrées à l’amélioration génétique du troupeau et de la qualité des fourrages ainsi qu’à l’aménagement de nouvelles infrastructures, telles une fosse à fumier et une étable froide.

Le transfert est complété en 1999. Barbara et Sylvio deviennent propriétaires de la Ferme Roquet inc. Le troupeau comprend actuellement une centaine de têtes, dont 40 vaches en lactation pour un quota de 34,2 kg/jour. L’entreprise, membre de Alliance-Coop à Saint-Ephrem, compte également 74 hectares cultivés en fourrages et en céréales en plus de 128 hectares en boisé.


L’engagement, une seconde nature
Barbara fait partie du conseil d’administration de Holstein Québec depuis février 2004. « Je devenais seulement la deuxième femme à siéger au conseil, raconte-t-elle. J’étais flattée, car le producteur que j’ai remplacé occupait ce poste depuis 12 ans et m’a lui-même proposé de prendre sa place. »

La jeune éleveuse s’occupe du secrétariat du Cercle d’amélioration du bétail de sa région et est adjointe au secrétariat au niveau provincial. Pour la 40e édition de l’Exposition agricole de la Beauce, elle a fait partie d’un comité qui a mis sur pied un temple de la renommée agricole régional.

La relève agricole préoccupe beaucoup Barbara. Elle adore travailler avec les jeunes. Elle a ainsi contribué au redémarrage du groupe de l’Association des Jeunes Ruraux du Québec dans sa région. Elle a aussi siégé pendant six ans au comité de l’école primaire de Saint-Côme.

Tout cet engagement demande du temps, mais la jeune agricultrice a la chance d’avoir un conjoint compréhensif, car il est actif, lui aussi. Sylvio est actuellement président du Club Holstein de la région. « Chez nous, tout le monde écrit dans l’agenda, déclare Barbara. Chaque activité est importante, les cours des enfants autant que nos réunions. »

Le Coopérateur agricole a rencontré des producteurs qui ont vécu des épreuves et qui ont accepté de nous raconter le dénouement, pour la plupart heureux. Barbara constate une grande évolution de la mentalité des gens face aux femmes en agriculture. « Il y a 15 ans, les gens avaient du mal à comprendre que mon père vende la ferme à sa fille. Aujourd’hui, les transferts père-fille ne suscitent plus une telle réaction. »

« Je crois que le milieu agricole est disposé à faire une place à la femme, seulement c’est elle qui n’est pas prête à la prendre, pense Barbara. La femme voudrait bien s’engager, mais elle pense à sa famille et laisse finalement cette place à son mari. L’engagement, ça commence à la maison! »


Une activité familiale, l’exposition
La participation aux expositions locales et provinciales fait partie de la tradition à la Ferme Roquet. Il faut dire que les éleveurs n’ont pas à rougir de leur troupeau dont la moyenne de production laitière est de 10 033 kg et les MCR de 217-203-224. Entièrement de race pure depuis 1991, le troupeau compte 1 EX-3E, 2 EX-2E, 5 EX, 24 TB et 10 BP.

Les deux enfants du couple Jessica (12 ans) et Anthony (10 ans) participent aussi en présentant eux-mêmes des sujets aux expositions. Jessica prend d’ailleurs part depuis quelques années à la Classique des Jeunes Ruraux Québécois à Expo Québec. Elle a même remporté une deuxième place lors de sa dernière participation.

Malgré toutes ces occupations, la qualité de vie demeure la priorité absolue de Barbara et Sylvio. Ils passent le plus de temps possible avec leurs enfants. « L’été, nous profitons de la piscine, nous allons au restaurant, nous prenons des vacances, de dire Barbara. Mes parents nous prêtent main-forte, sinon nous engageons quelqu’un pour nous remplacer. »

Pour les prochaines années, les éleveurs comptent poursuivre la croissance de l’entreprise par l’achat de quota et en continuant l’amélioration de la génétique du troupeau. Par contre, ils ne souhaitent pas grossir trop rapidement pour préserver leur qualité de vie. « Pour l’instant, nous suffisons à la tâche et ne souhaitons pas engager un employé à l’année, expliquent-ils. Nous voulons garder une entreprise de taille familiale. » Parions aussi qu’ils continueront à s’engager dans le milieu agricole encore longtemps.


*L’auteure est journaliste.




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