L’avenir est prometteur pour les jeunes agriculteurs polonais. Slavomir Garstka, 29 ans, envisage de prendre la relève de la ferme familiale au cours de la prochaine année. La ferme, située dans la région ouest de La Grande Pologne, est spécialisée dans la production porcine. Son père, Karimierz Garstka, âgé de 57 ans, prendra sa retraite huit ans plus tôt qu’il ne l’avait prévu grâce au nouveau programme d’incitatifs à la retraite pour les fermiers de 55 ans et plus. Celui-ci offre la possibilité de se prévaloir d’un revenu mensuel de 385 $CAN pouvant atteindre 925 $ pour ceux qui vendront la surface maximale admissible de terres agricoles qui est de 23 hectares.

Le gouvernement polonais prévoit que cette phase initiale du programme verra 60 000 à 70 000 fermiers, possédant une ferme de plus d’un hectare, vendre leur lopin de terre et se prévaloir de ce programme, dont le but est d’augmenter la moyenne des exploitations agricoles à huit hectares.

Bénéficiant d’un programme de prêt avantageux pour les jeunes agriculteurs, soit de 1,3 % sur une période de 15 ans, Slavomir a aussi profité de l’appui de la famille Garstka pour financer le projet de construction d’une nouvelle porcherie. Le bâtiment prévoit accueillir 180 truies reproductrices et 1000 porcelets en engraissement. L’investissement, incluant l’équipement et les silos, s’élève à 220 000 $CAN.

Le fils de Slavomir, Adam, 7 ans.

Diplôme d’agriculture fraîchement en main, Slavomir ne part pas à zéro. Il estime qu’il recevra 182 $CAN l’hectare, soit 21 840 $ pour son exploitation de 120 hectares, en paiements directs faisant partie des programmes d’aide de l’UE visant à aider les pays candidats dans le processus d’adhésion. « J’aimerais acheter des terres pour augmenter notre capacité de production. Les nouvelles lois environnementales limitent les producteurs à 1,5 animal pour chaque hectare de terre cultivable, question de limiter la quantité de N/ha », dit Slavomir. « Le prix des terres agricoles a plus que doublé depuis la libération et se situe à environ 4730 $CAN l’hectare mais avant, j’achèterai un bon tracteur, un John Deere de 140 ch. »

« On ne peut pas comparer le marché sous le régime communiste à celui d’aujourd’hui, dit-il. Tout était restreint. La seule façon dont mon père a réussi à obtenir un tracteur neuf, c’est en le troquant contre une cargaison de porcs. Il s’agissait d’un Ursus 330, de 30 ch. C’était en 1971. »

« C’est l’abondance, mais tout coûte cher, l’équipement, les ajouts et, en plus, depuis l’accession à l’Union européenne, nous devons payer une taxe de 22 % (TVA) sur la valeur ajoutée », souligne Karimierz qui dit être content de l’accession de la Pologne au sein de l’UE, mais réalise qu’il reste beaucoup de travail à faire pour améliorer le rendement de sa ferme. « L’agriculture ne profite plus de subsides », ajoute-t-il, et je ne sais pas si nous saurons demeurer compétitifs par rapport aux agriculteurs de l’Ouest. »


L’accession à l’Union européenne
L’opinion des Polonais à l’idée d’une Europe unie était mitigée. Ceux qui étaient en faveur étaient convaincus que l’accession réglerait les problèmes économiques engendrés par la guerre froide, alors que d’autres voyaient l’UE comme un monstre, un autre régime communiste totalitaire qui allait engouffrer la Pologne.

« Les fermiers étaient parmi les plus réticents à l’idée de joindre l’UE », explique Wojciech Wojtyra, directeur du Département de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires du ministère de l’Agriculture polonais.

« Maintenant que nous avons accès aux programmes d’aides directes et structurelles et que les bénéfices du marché commun se font sentir, nous pouvons dire que les fermiers sont les plus grands bénéficiaires de l’accession. »

Avec une superficie de 312 683 km2, près de 40 millions d’habitants et un PIB égal à la moitié de celui de l’ensemble des pays d’Europe centrale et orientale, la Pologne représente le pays le plus important des dix pays qui se sont joints à l’Union européenne au mois de mai 2004. En adhérant, la Pologne espère rattraper les retards accumulés d’un demi-siècle d’économie étatisée.

« L’accession a donné accès à un vaste marché intérieur », explique Miroslaw Drygas, vice-président de l’Agence pour la restructuration et la modernisation de l’agriculture polonaise. « L’optimisme règne, mais les défis sont grands. La Pologne compte plus de deux millions d’exploitations agricoles sur son territoire, dont plusieurs comptent moins d’un hectare, et 2,5 millions de travailleurs agricoles sans emploi. »

« À ce jour, 390 millions d’euros (636,4 millions $CAN) ont été injectés dans le secteur de l’agriculture pour moderniser les installations de toutes sortes, les fermes, les abattoirs, les usines de transformation, explique Miroslaw Drygas. Ce montant représente 35 % de l’enveloppe budgétaire de 1,135 milliard d’euros prévue par l’UE pour le programme SAPARD (programme spécial d’adhésion pour l’agriculture et le développement rural) qui se terminera en 2006. »


Un vent de changement
La grisaille d’antan, les magasins vides et les files d’attente ont disparu. Ils ont fait place à des hypermarchés qui débordent de nourriture et de vêtements dernier cri et des concessionnaires qui offrent des voitures tchèques, allemandes, françaises ou japonaises. Plus question d’attendre de recevoir un bon qui donne droit à payer un véhicule et l’obtenir trois ans plus tard, comme c’était le cas sous le régime communiste qui s’est terminé en 1989! Par contre, le salaire minimum mensuel n’étant toutefois que de 290 $CAN/mois, il faut comprendre que même si les biens sont disponibles, le pouvoir d’achat n’est pas grand.


Portrait de la production porcine
« Le porc est la viande préférée des Polonais », explique M. Wojtyra. La consommation, de l’ordre de 41 à 43 kg par habitant, est prévue d’augmenter à 47 kg d’ici 2006. Nous travaillons à améliorer le rendement en viande maigre du porc polonais. La moyenne nationale actuelle se situe aux environs de 50 %, nettement inférieure à celle du reste de l’UE qui est de 58 %. »

Même s’ils ont l’air fatigués, les bâtiments sont propres et en bonne condition.

« La Pologne compte environ 800 000 fermes porcines. Nous sommes les quatrièmes plus grands producteurs de l’Europe avec 18 millions de porcs vivants, dont 1,6 million de truies et la production se situe à environ 2,5 millions de tonnes/an (approximativement 24 millions de têtes) », souligne Stanislaw Zieba, secrétaire général de l’Association polonaise des viandes. « Nous avons 3000 abattoirs mais, dans la plupart des cas, il s’agit de petites entreprises qui font aussi de la transformation. Il n’y a que 40 % de notre production qui est abattue dans des abattoirs de grande surface. »

« La compétitivité de l’industrie porcine polonaise risque d’être grandement affectée par les fortes contraintes de protection de l’environnement et de bien-être animal prescrites par l’Union européenne », affirme Jim Long, vice-président de Genesus. La compagnie canadienne, basée au Manitoba, est spécialisée dans la génétique porcine et étudie la possibilité d’établir une base génétique en Pologne, comme porte d’entrée dans l’UE.

« La Pologne, c’est l’Iowa de l’UE », ajoute Long. Les coûts de production sont bas, entre 1,27 $ et 1,45 $CAN/kg. Ils cultivent des céréales et possèdent assez de superficies pour se conformer aux normes environnementales. Le potentiel est énorme. Déjà, on constate une importation massive de porcs de 20 kg, provenant de Hollande. Ce tout nouveau phénomène a d’ailleurs affecté la santé du cheptel porcin polonais et a réussi à introduire plusieurs maladies infectieuses qui n’existaient pas en Pologne avant mai 2004. L’UE est en train de devenir un marché intérieur gigantesque. Et l’engraissement ira au plus offrant. »

« Les coûts de la production porcine en Pologne ont toutefois augmenté depuis l’accession et ont atteint un niveau qui rendra l’exportation hors de l’UE extrêmement difficile sans subsides. »

L’accession de la Pologne au sein de l’Union européenne (UE) aura certainement un impact sur le marché mondial. Chaque côtelette de porc que la Pologne vendra à un pays de l’UE est une côtelette de moins que le Canada, les États-Unis ou le Brésil vendra sur ce marché.

Les coopératives polonaises

Les Polonais associent le concept des coopératives avec les fermes communautaires d’État qui existaient sous le régime communiste. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les Polonais se sont battus pour conserver leur individualisme. C’est d’ailleurs en Pologne que les fermes étatisées ont le moins bien fonctionné.

Ils sont restés méfiants à l’idée d’appartenir à un organisme qui travaillerait en leur faveur sans que celui-ci fasse de la propagande.

« Les fermiers polonais commencent à voir le bien-fondé des coopératives pour les opérations de petite et moyenne envergure », indique Miroslaw Drygas, vice-président de l’Agence pour la restructuration et la modernisation de l’agriculture polonaise.

« Pour le moment, il s’agit plutôt de fermiers qui se regroupent pour augmenter leur pouvoir d’achat, mais il est possible que certains évoluent et deviennent de vraies coopératives. Le gouvernement polonais appuie financièrement ces initiatives.

Cette année, plus de 50 groupes ont déjà reçu des octrois et nous prévoyons augmenter ce nombre à 170 dans le secteur agricole. »

« Il existe des coopératives dans le secteur de l’industrie laitière, la transformation alimentaire et la production maraîchère », explique Stanislaw Zieba, secrétaire général de l’Association polonaise des viandes. « La coopérative qui réussit le mieux cependant, c’est celle de l’industrie laitière. Elle a su s’adapter au marché commun et a bénéficié d’investissements considérables de compagnies étrangères comme Danone. »

* L’auteure est journaliste.




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