Combien de bêtes avez-vous perdues pendant la crise de la fièvre aphteuse?
« 3300 moutons et 60 vaches », répond le berger Thomas Binns avec un trémolo dans la voix : « Toutes mes bêtes avaient l’air en pleine santé. Cela m’apparaissait un vrai gaspillage! »




Quatre ans après les événements, Binns revoit encore l’équipe de saigneurs recrutés dans les abattoirs locaux débarquer sur sa ferme pour égorger ses bêtes. Plus de six millions de vaches, porcs, moutons ont été brûlés sur de gigantesques bûchers ou enterrés dans des fosses communes géantes.

Fils de producteur agricole, Robert Alderson milite dans l’organisation Farm en plein coeur de Londres. Il dénonce le prix du lait payé aux producteurs et appelle au boycott des supermarchés. Il reproche entre autres au gouvernement Blair de n’avoir aucune stratégie pour établir la relève. Sera-t-il écouté?

Le gouvernement britannique, mouton noir de l’Europe, s’est fait taper sur les doigts par Bruxelles pour le zèle de « tuerie excessive ». Et les images d’apocalypse diffusées autour du monde ont fait fuir les touristes des sentiers de la campagne anglaise. Le coût total imputé au trésor britannique pour régler la facture de la pire crise de fièvre aphteuse de l’histoire de l’humanité, survenue en 2001, est estimé à 15 milliards $CAN.

Exemple même de la résilience de l’agriculteur anglais, Thomas Binns a reconstitué son troupeau de moutons et possède aujourd'hui 2200 brebis et une trentaine de vaches. Il veut faire partie des 20 % d’agriculteurs qui produisent 80 % de la production agricole au Royaume-Uni. Il se dit d’accord avec l’abolition des subventions de l’Union européenne d’environ 35 $CAN par brebis d’ici 2012. Et s’il n’en tenait qu’à lui, il éliminerait bien plus rapidement ces aides publiques. « Mais, dit-il, il faut que le marché récompense les efforts d’amélioration génétique pour produire la viande que le consommateur désire. »

Trouver le bon croisement pour produire une carcasse de viande maigre, homogène, pour satisfaire le consommateur est un travail de moine. Il existe plus de 80 races de moutons en Angleterre. Mais les exigences du cousin citadin ne se limitent pas à la production d’une viande maigre et peu coûteuse. Avec les réformes de la politique agricole commune (PAC), les subventions par brebis touchées par Binns vont être transférées à l’entretien « écolo » de ses 688 hectares loués.

Sous les pressions « environnementales », Binns, comme tous les autres éleveurs anglais, va se glisser dans la peau d’un jardinier au cours des prochaines années. Toutefois, « les vrais sculpteurs de ce paysage, ce sont les moutons et les vaches! », dit le berger en jetant un regard circulaire sur la campagne environnante.

L’abolition des subventions combinée avec le prix « dérisoire » payé aux producteurs pour la viande d’agneau risquent d’avoir l’effet contraire que celui recherché. Avec la diminution appréhendée du nombre d’éleveurs et d’animaux, le cousin citadin pourrait prendre un bol d’air frais dans une campagne totalement différente de celle qu’il a présentement sous les yeux.




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