En 1997, quand Le Coopérateur agricole s’est entretenu pour la première fois avec Serge Benoit et Sylvie Vincent, de la ferme Sernantech, à Rougemont, le couple s’était fixé un objectif élevé. Très élevé, même. Mais qui était à la mesure de leur potentiel : dépasser le cap des 20 tonnes à l’hectare.

Il y a huit ans, leur productivité atteignait déjà 17 tonnes à l’hectare, soit plus de deux fois la moyenne québécoise. Ce qui est on ne peut plus respectable. Et pourtant, l’année suivante, à l’automne 1998, le rendement bondissait à 23 tonnes à l’hectare. En 2003, la balance marquait 24 tonnes à l’hectare. Et la saison dernière, certaines parcelles ont produit jusqu’à 25,5 tonnes à l’hectare!

Même s’ils possèdent une bonne capacité d’entreposage à la ferme, Serge et Sylvie acheminent leur maïs chez Célubec, propriété de Comax, coopérative agricole, tout au long de l’année.

Ce n’est donc pas sans raison que l’entreprise a décroché, à deux reprises, la distinction Le Boisseau d’or décernée par La Coop fédérée dans le cadre du concours annuel Le Roi des cultures, dans la catégorie 2750 UTM et plus, la zone de culture du maïs la plus tardive au Québec.

Qu’ont-ils changé à leur façon de faire depuis notre dernière rencontre? Les 171 hectares (500 arpents) cultivés, répartis à peu près également entre le maïs, le soya et le blé, font l’objet d’un souci encore plus grand, et ce, à chacune des étapes de production. L’utilisation de machinerie leur donnant une plus grande précision dans leurs semis, de l’engrais Hyper P dans les démarreurs à maïs, des traitements de semences à l’insecticide et des hybrides de maïs génétiquement modifiés, ne sont que quelques-uns des moyens qu’ils se sont donnés pour parfaire leur expertise.


Leur vision de la régie intensive
Responsable de la conception mécanique chez IBM depuis plusieurs années, Serge Benoit pense autrement. « Développer, c’est dans mon esprit », dit-il.

La régie intensive est justement une des façons qu’il a de voir les choses différemment. « C’est l’avenir, dit-il, et c’est la seule façon, selon moi, de maximiser les rendements et les revenus à l’hectare. » En d’autres mots, Serge et Sylvie s’acharnent, et se plaisent, à repousser les limites.

La régie intensive, c’est une foule de détails allant de la préparation du lit de semences au nettoyage de la moissonneuse-batteuse, en passant par le choix des hybrides utilisés, les arrosages et la valorisation des résidus de culture. (voir Le Coopérateur agricole, janvier 98)

Une fois hachés, les résidus s’incorporent mieux au sol.

Avec ce mode de gestion, qu’il pratique déjà depuis 1987, le couple vise les rendements maximums en optimisant la régie et le potentiel des hybrides. C’est ce qui leur assure la plus haute rentabilité. « À partir de là, exprime Serge, on s’exerce, sur certaines parcelles, à dépasser ces limites et à en évaluer les résultats. »

Quand on leur propose un hybride de maïs Elite à semer à une population de 32 000 plants à l’acre, Serge et Sylvie voient plus loin. Ils le testent à 35, 36, 37 et même 40 000 plants à l’acre. « S’il se comporte bien à 35 000, pourquoi ne pas pousser la machine pour voir ce qu’il pourrait donner à 40 000, mentionne Serge. C’est ce qu’on a fait avec l’hybride Elite 85P57-BtLL, l’ancien Max 357, un solide hybride qui, grâce à sa caractéristique Bt, et à son traitement de semence insecticide Poncho, avait ce potentiel et la capacité de donner des rendements élevés. »

« Mais à ces populations, il n’y a pas de pardon, prévient Sylvie. C’est bien semé ou ce n’est pas bien semé. Il faut faire ses devoirs selon les règles de l’art et selon le cahier de charge que l’on s’est donné. » Pour mettre toutes les chances de leur côté, ils se sont équipés d’un semoir informatisé muni de deux ordinateurs et d’un système hydraulique. Les changements de population, en fonction des caractéristiques du sol - toutes emmagasinées dans les ordinateurs du système d’agriculture de précision - se font à la seconde près.

« Au-delà de l’hybride et de la machinerie, ce qui importe par-dessus tout, c’est la bonne santé du sol, précise Serge. C’est la base même de la culture et elle doit être respectée. » Et ce n’est pas d’hier qu’il s’y attarde. Déjà en 1980, avec l’aide de son père, Serge façonnait sa terre : fertilisation, rotation annuelle, ajustement du pH, accroissement de la matière organique.

Après une bonne préparation du lit de semences, un démarreur à base d’Hyper P contenant des éléments mineurs est appliqué au semis. L’Hyper P est une source de phosphore organo-minéral protégé que l’aluminium ne réussit pas à fixer. Le phosphore est donc librement assimilable par le maïs. « De plus, précise Serge, l’Hyper P est très efficace par temps froid et permet d’atteindre de hauts rendements. » Enfin, pendant toute la saison, les producteurs marchent leurs champs de long en large et prêtent une attention particulière aux hybrides semés à hautes populations.

Serge et Sylvie possèdent leur propre machinerie. Ils ne peuvent attendre après un forfaitaire lorsque vient le temps d’exécuter des travaux

Les rendements élevés en maïs nécessitent bien entendu une fertilisation adéquate. Et Serge n’y va pas de main morte : 250 kg/ha d’azote, 95 kg/ha de phosphore et de 60 à 90 kg/ha de potassium. « Bien que la fertilisation soit élevée, fait remarquer Line Tourigny, experte-conseil chez Comax, coopérative agricole, les recommandations sont faites en fonction des besoins de la plante (prélèvements/exportations) et basées sur les analyses de sols de la ferme. On tient compte des antécédents culturaux et, s'il y a lieu, des apports de lisier. L'azote est fractionné en quatre applications si la température le permet. Les apports d'azote peuvent varier de 200 à 250 kg/ha selon la maturité de l'hybride, sa population et le potentiel de l'hybride. Depuis l'automne dernier, nous validons les apports d'azote faits au champ avec un test de nitrate dans la tige. Les résultats nous révèlent une bonne utilisation de l'azote tout au long de la saison et qu'il n'y a pas de surdosage. Il reste ce qu'il faut pour la décomposition des résidus. Et, croyez-moi, des résidus, il en reste avec des populations finales de 38 000 plants/acre et un espacement à 28 pouces. »

« L’azote est mieux utilisé que sur une exploitation où on n’en épand que 175 unités, mais pour un rendement de six tonnes à l’hectare », précise Serge.

À tous les quatre ou cinq ans, un producteur de porc de la région fournit à la ferme Sernantech du lisier que Serge fait épandre à forfait, à l’aide d’un tracteur à chenilles de marque Caterpillar, sur un retour de blé. « Ce type de tracteur limite de beaucoup la compaction du sol », justifie Serge. La paille, qui s’imbibe alors de lisier, en évite le ruissellement vers les nappes phréatiques et les cours d’eau. Depuis, la matière organique des sols de l’exploitation se maintient entre 3,5 et 5,4 % et l’activité microbienne y est très intense. « C’est superbe à la fois pour le rendement et l’environnement, déclare-t-il. C'est une pratique que les producteurs devraient favoriser. » Précisons également que les applications de chaux sont réalisées selon des paramètres d’agriculture de précision, au moyen d’un camion muni d’un épandeur à taux variables et de pneus de flottaison qui limitent aussi la compaction.

Producteurs Sélect de semences de blé et de soya, Serge et Sylvie possèdent leur propre machinerie. Ils ne peuvent se permettre d’attendre après un forfaitaire lorsque vient le temps d’exécuter des travaux. « Il faut travailler au bon moment, avec la nature », souligne Sylvie. Leurs rendements dans le blé atteignent six tonnes à l’hectare. Dans le soya, ils ont chuté, la saison dernière, de six à cinq tonnes à l’hectare en raison des dommages causés par les pucerons du soya.

En matière d’équipement, Serge travaille avec plusieurs marques réputées en fonction de leurs forces respectives.

Les équipements sont entretenus avec le
plus grand soin et renouvelés régulièrement. Ici, une charrue réversible.

« Aucune entreprise ne peut exceller dans tous les domaines », fait-il savoir. Charrue, chisel, vibroculteur, semoir, moissonneuse-batteuse, les équipements sont entretenus avec le plus grand soin et renouvelés régulièrement. Serge et Sylvie ont récemment fait l’achat d’une batteuse de quelque 400 000 dollars. Doté d’équipements d’agriculture de précision, cet appareil, de type axial, réduit au minimum le pourcentage de grains cassés.

« Dans notre domaine, la qualité du produit est de la plus haute importance, mentionne Serge. C’est une question d’intégrité face à la coopérative qui achète nos grains et semences, et aux producteurs qui les utilisent. C’est notre nom qui est associé à ces produits et c’est pourquoi nous avons une grande fierté à produire des grains et des semences de qualité, exempts de toxines, qui donnent d’excellents résultats. »

« Dans l'industrie, c’est la même chose, poursuit le producteur. Nous pensons recherche, développement, qualité, fiabilité, performance. Il y a beaucoup de similitudes entre le travail que je fais ici, à la ferme, et celui que j’accomplis à l’usine où je travaille. À La Coop fédérée, même philosophie. Je suis producteur collaborateur de la ferme de recherche Techno Champs de La Coop fédérée avec laquelle je participe à l’évaluation d’une douzaine d’hybrides de maïs chaque année. J’apprends largement des experts-conseils du réseau et c’est réciproque. Nous échangeons beaucoup. Nous cherchons de nouvelles idées et des solutions pour faire avancer les choses. » Les records ne sont-ils pas faits pour être battus?




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés