J’ai pensé commencer cet article par une histoire provenant de la mythologie grecque intitulée Le cheval de Troie. Vous avez peut-être, tout récemment, vu le film à ce sujet. Voici les grandes lignes de l’histoire.

« Après avoir vainement assiégé Troie pendant dix ans, les Grecs ont l’idée d’une ruse pour prendre la ville : Épéios construit un cheval géant en bois creux, dans lequel se cache un groupe de soldats menés par Ulysse… »

J’arrête mon histoire pour l’instant. Je pense que nous pourrions, nous aussi, écrire une histoire semblable : « Les microbes ont eu l’idée d’une ruse pour contaminer les oiseaux : plusieurs virus et bactéries se sont cachés dans un cheval en bois creux dans le but d’entrer dans le poulailler. »

« Les Troyens ont accepté d’entrer le cheval dans la ville… » Les producteurs vont-ils accepter d’entrer le cheval dans le poulailler? J’espère que non. Voyons comment on devrait écrire la suite de notre histoire.

Les microbes, soit les virus et les bactéries, qui ont le potentiel de causer différentes maladies, ont toutes sortes de ruses pour entrer dans les bâtiments. En appliquant rigoureusement les règles de biosécurité, le producteur avisé est plus rusé qu’eux et il ferme la porte à presque toutes les possibilités de contamination. Concernant la biosécurité en aviculture, le cheval de Troie peut prendre plusieurs formes :

• La plus importante est la forme humaine. Toute personne entrant dans le poulailler sans précaution peut transporter un peu de matière organique sur ses bottes ou ses vêtements provenant d’un autre troupeau sur la ferme, d’une autre ferme ou même d’oiseaux sauvages. Par toute personne, j’inclus le producteur lui-même, ses employés, les experts-conseils avicoles, les vétérinaires, les livreurs, les électriciens, les voisins, les enfants, les attrapeurs pour le transfert des oiseaux vers un autre poulailler pour les élevages de poulettes ou vers l’abattoir, les équipes de vaccination, les personnes qui viennent acheter des œufs directement sur la ferme. Est-ce que j’en oublie?

• Une autre possibilité est de se cacher sur de l’équipement qui circule de l’extérieur du poulailler vers l’intérieur : l’équipement de vaccination, les filets, les pelles, les chaudières, les outils, les balances, les petits tracteurs pour étendre la litière ou pour sortir la litière à la fin de l’élevage, les brouettes, les chariots de transfert, etc.

• On doit aussi inclure la vermine, les insectes, les oiseaux sauvages et les animaux domestiques.

Cette histoire ne raconte rien de nouveau, me direz-vous. Est-ce que je dois comprendre que, sachant tout cela, la biosécurité est à son meilleur sur les fermes du Québec? Pourtant, ce n’est pas le cas. Je vois souvent des défaillances qui, la plupart du temps, sont sans conséquence, mais qui pourraient être très dommageables si un virus comme celui responsable de la laryngotrachéite aviaire ou, pire encore, de l’influenza aviaire, ou certaines bactéries comme celles causant la pasteurellose ou la salmonellose, venaient à passer. Ces organismes peuvent causer suffisamment de dommages pour justifier une prévention continuelle et non pas seulement quand les voisins ont des problèmes. N’oubliez pas que vous pourriez devenir le voisin avec des problèmes.


Le cheval à la forme humaine
Pour éviter que toute personne soit, bien involontairement, un cheval de Troie, il faut avoir un contrôle maximum : n’entre pas qui veut dans le poulailler et la permission doit être donnée à la suite de vérifications et d’un protocole clairement déterminé.

Donc, gardez les portes barrées et indiquez par un écriteau qu’il est interdit d’entrer sans permission. Cette permission ne sera accordée que si les visiteurs remplissent des conditions bien précises : D’où viennent-ils? Ont-ils visité un autre poulailler avant d’aller chez vous? Si oui, avaient-ils pris toutes les précautions nécessaires : port de salopettes, bottes jetables, bonnet et lavage des mains? Demandez-leur de le confirmer par écrit sur un registre des visiteurs.

Si leurs réponses ne vous satisfont pas, ne les laissez pas entrer.

Si vous leur permettez d’entrer, exigez que chez vous aussi, ils portent des vêtements protecteurs, des bottes jetables, des bonnets et qu’ils se lavent les mains ou appliquent une solution désinfectante. Délimitez de rouge la zone qu’ils ne peuvent pas dépasser sans avoir pris les précautions mentionnées précédemment.

Dans cette zone, placez des crochets pour les manteaux et une poubelle pour le matériel jetable. Cette zone doit être considérée comme étant extérieure au poulailler. Elle doit être gardée propre et il est bon d’appliquer un désinfectant sur le plancher régulièrement. Vous-même, ainsi que vos employés, ne devez pas dépasser cette zone sans avoir mis des vêtements de travail et des chaussures spécifiques au poulailler.

Il est aussi bon d’indiquer clairement où vous voulez que vos visiteurs stationnent leur véhicule. Aucun véhicule ne devrait stationner sous les entrées d’air des poulaillers.

Que faire des équipes de vaccinations ou d’attrapeurs d’oiseaux?

Ils doivent respecter les mêmes règles. Assurez-vous qu’ils arrivent dans un véhicule propre et qu’eux aussi stationnent dans la zone prédéterminée. C’est au chef d’équipe de remplir le registre, c’est lui la personne responsable. Vous devez l’aviser s’il y a un problème particulier dans votre poulailler.

Les vêtements et les chaussures de travail propres doivent être mis à l’entrée du poulailler. Prévoyez de l’eau tiède, du savon et des serviettes pour qu’ils puissent se laver les mains. Prévoyez aussi un endroit où ils pourront prendre leur pause. Quand ils quittent la ferme, ils doivent se changer et placer leurs vêtements et chaussures contaminés dans des bacs fermés pour qu’ils soient décontaminés avant le prochain contrat.

Les camions de transport d’oiseaux doivent être propres visuellement. Les cages et les chariots doivent être propres et désinfectés. Le camionneur ne doit pas entrer dans le poulailler.

Les livraisons de poussins, de moulée, de propane doivent être faites dans des camions propres et les camionneurs ne doivent pas entrer dans les poulaillers. Une boîte à lettres doit être disponible à l’extérieur du poulailler pour permettre d’y laisser les factures ou autre paperasse. Le camionneur qui vient chercher les œufs ne doit avoir accès qu’à la chambre froide. Demandez-lui de signer le registre des visiteurs. S’il ne peut pas porter de bottes jetables pour raison de sécurité, appliquez un désinfectant dans la chambre froide après sa visite.

Prévoyez des salopettes et des bottes de caoutchouc pour toute personne venant faire de l’entretien ou des réparations. N’oubliez pas de les nettoyer après leur utilisation. Qui a envie d’enfiler des salopettes sales?


Et si le cheval était une pièce d’équipement
Le travail régulier sur une ferme nécessite l’utilisation d’équipement de toute sorte. Pour l’équipement peu coûteux et pour quelques outils fréquemment utilisés, pourquoi ne pas en avoir une série dans chaque poulailler? Identifiez-les avec le numéro du poulailler pour éviter la tentation de les amener dans une autre bâtisse.

Pour tout équipement utilisé dans plusieurs poulaillers sur la même ferme, il faut prévoir un nettoyage et une désinfection. Cela inclut le petit tracteur ou le 4X4 utilisé pour étendre la litière et la sortir à la fin de l’élevage. Pour les outils électriques ou autre matériel fragile, enlevez toute matière organique et désinfectez-les avec un linge imprégné de désinfectant. Si une équipe extérieure a besoin d’un filet pour travailler, procurez-vous-en un plutôt que de demander à l’équipe de le fournir. Contrôlez la propreté de tout objet qui entre ou circule sur la ferme.


Le cheval qui entre contre notre gré
Les indésirables comme la vermine et les insectes sont souvent porteurs de virus ou de bactéries. Il faut maintenir un programme de lutte constant et efficace. De plus, il faut garder le tour des poulaillers propre et bien dégagé. Des amas de matériel près des poulaillers représentent de belles cachettes pour la vermine qui préfère ne pas circuler sur un terrain découvert par peur des prédateurs. Remplissez les trous d’eau qui favorisent la multiplication des insectes. Ramasser tout amas de moulée autour des silos puisqu’ils peuvent attirer les pigeons ou autre vermine.

Gardez les portes et les fenêtres des poulaillers fermées. Si vous devez les ouvrir en période de chaleur, prévoyez des moustiquaires ou des grillages. Gardez en bonne condition les grillages sur les entrées d’air. Laissez les animaux domestiques à l’extérieur et, surtout, ne les nourrissez pas de carcasses d’oiseaux morts, car ils deviendraient des porteurs mécaniques des différents microorganismes présents dans les carcasses, et ils en favoriseront la dissémination sur la ferme et même chez les voisins.

Les carcasses d’oiseaux morts doivent être éliminées de manière appropriée. Elles doivent être placées dans des bacs fermés ou dans un congélateur et expédiées à la récupération. Attention, ne laissez pas le camion de récupération circuler allègrement sur la ferme, il est fortement contaminé. Placer les bacs ou les congélateurs près du chemin. Les carcasses peuvent aussi être incinérées. Le compostage est maintenant autorisé, mais nécessite un permis et doit être fait dans des conditions très précises.


Conclusion
La fin de l’histoire? « Les Grecs ont pu entrer et piller la ville, les hommes ont été tués, les femmes et les enfants, emmenés comme esclaves… »

Concernant notre histoire, moi, j’aime celles qui finissent bien. Je vous suggère donc celle-ci : « À la suite du suivi rigoureux du programme de biosécurité, les microorganismes n’ont pas pu entrer dans le poulailler. Les oiseaux sont restés en bonne santé et le producteur est heureux! » Bien sûr, on ne peut pas tout contrôler, même avec un programme très sévère, mais on met toutes les chances de son côté et du côté des oiseaux. Alors, il n’y a que vous qui pouvez écrire la fin de l’histoire.

* L’auteure est responsable provinciale de la santé de la volaille à La Coop fédérée.




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