Le projet de loi 54 adopté en novembre dernier concernant les consultations publiques pour les nouveaux projets et les agrandissements d’élevage porcin confirme une tendance : les citadins auront, à l’avenir, leur mot à dire sur les façons dont on pratique l’agriculture. Bien sûr, certains diront qu’ils l’ont toujours fait, notamment par leurs choix en matière de consommation. Ce qui change, c’est qu’on leur donne une tribune aussi directe, et ce, par rapport à un projet spécifique. Est-ce là la bonne façon de régler les problèmes de cohabitation qui contaminent nos campagnes? L’avenir nous le dira. En attendant, le développement doit se faire en tenant compte de ce point sensible : les odeurs dérangent.
Les promoteurs devront s’adapter aux nouvelles règles qui touchent, entre autres, la production porcine : consultation publique, contingentement de la production, zonage de production. En plus de s’assurer du respect des normes environnementales en vigueur, en ce qui concerne la qualité de l’eau, les odeurs émanant des lieux d’élevage devront être réduites au minimum dans un souci de cohabitation et d’acceptabilité.

Les odeurs, en milieu agricole, proviennent de trois sources principales : les bâtiments, l’entreposage et l’épandage. Les odeurs provenant des bâtiments et les moyens de les réduire seront traités dans cet article. Les principaux gaz que l’on retrouve dans les bâtiments d’élevage sont l’ammoniac, le méthane, le protoxyde d’azote, le sulfure d’hydrogène, le gaz carbonique et le monoxyde de carbone. Certains de ces gaz proviennent des animaux eux-mêmes, d’autres, des déjections qu’ils produisent. Il existe différentes façons de réduire les odeurs : limiter leur formation, en restreindre leur libération, les traiter ou diluer leur effet dans l’air.

Afin de réduire les odeurs provenant des bâtiments, il importe de savoir quelles en sont les sources (voir tableau ci-dessous).

Source des odeurs
Façon de réduire les odeurs
Déjections humides sur les planchers
ou sur les animaux (le contact des déjections avec un milieu humide (eau ou urine) augmente la libération d’odeurs)
• Maintenir l’intérieur des bâtiments propres

• Légère pente aux planchers pour éviter la stagnation des déjections

• Utiliser un matériau facile à nettoyer

• Garder les animaux propres

• S’assurer de l’étanchéité des abreuvoirs
Carcasses d’animaux morts
Déjections sous les planchers
• Disposer rapidement et correctement des animaux morts

• Nettoyage fréquent pour diminuer le temps d’entreposage sous les lattes

• Choisir un plancher partiellement latté plutôt que complètement latté
La nourriture (pertes et alimentation) • Adapter l’alimentation selon les besoins des animaux et leur stade de croissance

• Les moulées cubées contribuent à diminuer la poussière qui, elle-même, absorbe et transporte les odeurs
Ce tableau n’est pas exhaustif.

Autres méthodes de réduction des odeurs provenant des bâtiments :
• Traitement de l’air – biofiltration, lavage, additifs, etc.
• Utilisation d’additifs – les résultats à la ferme sont très variables.

Avec plus de 150 composés volatils susceptibles de dégager des odeurs dans les lisiers, on comprend qu’une stratégie de réduction basée sur un seul de ces composés ne peut neutraliser l’ensemble des odeurs. L’efficacité de ces produits est, pour l’instant, difficile à évaluer. Par contre, des travaux sont en cours pour avoir une méthodologie uniforme d’évaluation de ces produits.

• Le traitement des lisiers, tout en facilitant la gestion des composés fertilisants du lisier, contribue souvent à diminuer les odeurs produites.
• L’isolation sous les lattes des phases solide (fèces) et liquide (urine) offre un potentiel intéressant de réduction des émissions de gaz et d’odeurs (50 %).

À LIRE…
Sujet traité Titre Coopérateur agricole
Odeurs Quand on en a plein le nez! Avril 2004
Isolation sous les lattes L’isolation sous les lattes : une technologie japonaise au service du développement durable Juin 2004
Haies brise-vent V’la l’bon vent, v’la l’joli vent…

Un brise-vent…
pas n’importe comment
Janvier 2003


Février 2003

Dans le contexte actuel de moratoire pour plusieurs municipalités et d’exigences supplémentaires associées aux nouveaux lieux d’élevage porcin, autant d’un point de vue environnemental que « social », un nouveau projet nécessite, plus que jamais, une planification importante. En plus des facteurs mentionnés ci-dessus qui devront être pris en considération, le choix du site d’un nouvel emplacement porcin devra faire l’objet d’une attention particulière. Certains facteurs, telle la direction des vents, devront être pris en compte. En effet, parce qu’il sert de moyen de transport aux odeurs, le vent devra être analysé selon sa force et sa direction en relation avec l’environnement immédiat (maison d’habitation, route, zones touristiques, etc.). Les boisés naturels ou les haies constituent des écrans brise-odeurs par excellence, en réduisant la dispersion des odeurs émanant des bâtiments et des struc-tures d’entreposage.

Le choix et l’utilisation des technologies qui minimisent les odeurs provenant des lieux d’élevage deviennent une nécessité dans un contexte où la cohabitation et l’acceptabilité sociale sont à l’ordre du jour. En espérant que les efforts fournis seront appréciés…


* L’auteure est conseillère en agroenvironnement à La Coop fédérée.

Sources :
PELLETIER, Frédéric., Stéphane GODBOUT, Roch JONCAS.
Connaître et réduire les émissions de gaz, de poussières et
d’odeurs reliées aux productions animales, CRAAQ 2004.

Les odeurs et la production porcine : les solutions accessibles.
Journée d’information provinciale, FPPQ 2004.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés