L’alternance de nuits froides (au-dessous de 0°C) et de jours chauds (au-dessus de 0°C) est nécessaire pour amorcer la coulée de l’eau d’érable. Mais quels sont les phénomènes qui se produisent lors de ces successions de température?



Contrairement à la croyance populaire, l’eau d’érable n’est pas poussée par les racines de l’érable vers l’entaille. Les racines n’ont pas à exercer de pression pour que la coulée ait lieu. L’eau d’érable récoltée pendant le jour provient des structures de l’érable : les branches et les tiges.

Le phénomène de la coulée se déroule en deux phases : une phase d’absorption qui a lieu pendant les nuits froides et une phase d’exsudation (coulée de l’eau d’érable) qui se déroule lors du réchauffement des températures.

Pendant les nuits froides, l’eau d’érable est attirée vers le sommet des arbres, alors que les branches plus exposées au froid gèlent au cours de la nuit. L’appel d’eau vers le sommet de l’arbre est occasionné par la baisse du potentiel hydrique causée par la perte d’énergie libre de l’eau lors de son passage sous forme solide. Des cristaux de glace sont ainsi formés dans les parties des branches et de la tige exposées au froid.

Mais puisqu’en gelant l’eau prend de l’expansion, comment expliquer ce transport vers le haut? Ce mouvement de l’eau d’érable est rendu possible grâce à certaines propriétés du bois d’érable. Lors de la phase d’absorption, l’eau monte vers le haut de l’érable par les vaisseaux du xylème, lesquels sont entourés de cellules vivantes et de cellules mortes, les fibres du bois.

Les cellules fibreuses de l’érable sont particulières, elles sont remplies de gaz plutôt que d’eau, caractéristique de la plupart des autres espèces ligneuses. La présence de gaz dans les fibres du bois attire l’eau par des forces capillaires et laisse de l’espace pour l’expansion de l’eau lors de la formation de glace dans les branches. L’eau d’érable est alors transportée rapidement des vaisseaux du système vers les fibres du bois. Le lendemain, avec le réchauffement des températures, l’eau d’érable dégèle et les gaz, ou bulles d’air comprimées, dans les fibres reprennent de l’expansion et chassent l’eau d’érable par pression et accélèrent le phénomène de la coulée. Le volume d’eau d’érable récolté varie selon que la température s’abaisse graduellement et que l’eau d’érable gèle lentement. Si le gel est trop rapide, l’eau se solidifie dans les conduits du système sans pouvoir se rendre jusqu’aux fibres du bois.

Ces explications de la coulée, principalement physiques, ne tiennent pas compte de certains phénomènes chimiques, par exemple la présence du sucrose dans l’eau d’érable lors de la coulée. Le sucrose a une importance à la fois quantitative et qualitative dans l’eau d’érable. L’eau d’érable contient en moyenne 3 % de sucre, dont 95 % sous forme de sucrose. Des expériences ont démontré que la présence du sucrose dans l’eau d’érable était nécessaire à la coulée. Il est cependant difficile pour l’instant de relier ces données chimiques à la théorie physique de la coulée. Le rôle précis du sucrose dans la coulée demeure un mystère.

En tenant compte de la quantité d’eau d’érable récoltée (50 litres par arbre), de la teneur en sucre de l’eau d’érable (2 %) et d’une approximation réaliste des réserves du tronc en amidon (22 kg), environ 4,5 % des réserves carbonées de l’érable sont prélevées au cours d’une saison de récolte. Ce prélèvement des réserves par l’entaillage est donc peu élevé et c’est pourquoi il n’affecte pas la croissance des arbres.

Bonne saison des sucres!



Xylème : Tissu végétal, formé de cellules vivantes, de fibres ligneuses et de vaisseaux conducteurs de la sève brute, constituant le bois.

* L’auteur est agent de développement industriel, Direction régionale du Bas-Saint-Laurent, MAPAQ.

Références :
GEOGRAPHES, numéro 6, Mars 1995 – L’acériculture au Québec, Association professionnelle des géographes du Québec, Société des professeurs de géographie du Québec inc.

L’érable à sucre – caractéristiques, écologie et aménagement, Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts, Gouvernement du Québec – ministère des Ressources naturelles et ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, 1995.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés