L’hiver 2005, que Dame Nature a bien voulu nous donner, crée de nombreuses inquiétudes quant à la survie des luzernières au Québec. En effet, avec les pluies de décembre puis les froids de janvier, il n’est pas rare de voir des champs couverts de glace dans le paysage de nos campagnes.

Il est certain que dès que cette couverture de neige ou de glace aura disparu, le dépistage dans les champs sera de rigueur.

1) Évaluation
L’évaluation des dommages se fait dès le départ de la neige. Déjà, à ce moment, les dégâts sont perceptibles. Il ne faut pas attendre que les plants de luzerne repoussent car il sera trop tard. En effet, la compétition sera trop sévère et les semis ne s'implanteront pas.

Une façon simple d'estimer la survie de la luzerne à cette période de l'année consiste à tirer sur les plants de luzerne. S'ils s'arrachent en se détachant du collet, ces plants sont considérés comme morts. Ils n'ont pas survécu à l'hiver. Si le sol est encore gelé lors de l’évaluation, il est important de déterrer les plants avec une pelle afin de voir si les racines n’ont pas été affectées. En général, le réensemencement est nécessaire lorsque la population au printemps est inférieure à 60 plants par mètre carré, si la luzerne est en semis pur, et inférieure à 30 plants par mètre carré si le mélange est 50 % luzerne - 50 % graminées. Pour plus de détails, fiez-vous au tableau ci-contre. Si la population estimée ne répond pas aux exigences inscrites au tableau, hâtez-vous de réensemencer car le temps presse!

2) Quoi ressemer?
Ressemer de la luzerne dans une luzernière n'est pas l’idéal. Souvent, des plants de luzerne existants ou morts empêchent les nouvelles semences de pousser.

Ce phénomène s’appelle allélopathie. Ainsi, une pratique des plus courantes dans les luzernières partiellement détruites est de ressemer du trèfle Kvarta, Azur ou encore Start dans les zones endommagées afin de réduire la possibilité d’allélopathie. De plus, le trèfle s'établit rapidement et donne un bon rendement l'année du semis. Les mélanges Bo-Champ à base de trèfle rouge seraient tout désignés pour les prairies, et le mélange Bo-Vert à base de trèfle ladino vise les productions de foin/pâturage.

Si l’ensemble du champ est endommagé, il est recommandé de le détruire avec un herbicide à base de glyphosate (tel le Factor) et de le ressemer. Les Protéo-Mix, le sorgho, et le maïs ensilage sont des choix de fourrages intéressants. Le soya d’ensilage Mammouth III RR n’est pas à négliger, car il permet d’obtenir un rendement élevé de matière sèche riche en protéines. Pour de plus amples détails, lire l’article Solutions de remplacement aux luzernières endommagées par l’hiver.

3) Comment augmenter les probabilités de survie en 2005-2006?
Le premier facteur clé dans la persistance des luzernières est le choix du cultivar. Il est préférable de choisir un cultivar qui est vigoureux sous nos conditions hivernales. À ce titre, les experts-conseils du réseau CO-OP possèdent tous les documents adéquats, tels que le Guide de semences de plantes fourragères et l’Infosemences 2005 pour vous recommander le bon cultivar. Les recommandations du CRAAQ peuvent également vous guider.

Le second point à ne pas négliger est de maintenir un sol fertile. Entre autres, la fertilisation potassique est à privilégier du milieu jusqu’à la fin de l’été, et ce, à chaque année. Le bore est également un élément essentiel pour les rendements élevés de luzerne. Une application de 1 à 2 kg/ha/année est fortement recommandée, surtout dans les sols sableux qui sont naturellement déficitaires en bore. Puis, vient la question des fumiers. On devrait toujours y penser par deux fois avant d’appliquer des fumiers afin de limiter la compaction, d’éviter de brûler la luzerne et pour ne pas en affecter la repousse rapide. Le nombre de passages de la machinerie agricole de plus en plus lourde, car de plus en plus grosse, devrait être limité.
Finalement, un mélange contenant de la luzerne et des graminées est à privilégier par rapport à un mélange pur de luzerne en raison de la plus grande persistance des graminées et parce que les rendements demeurent plus importants lorsque la population de luzerne diminue.

Bon printemps!


*L’auteure est expert en grandes cultures au Secteur des productions végétales de La Coop fédérée.




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