En matière d’élevage, Bruce Mode n’a plus rien à envier à quiconque. Une de ses
vaches, Des Prairies Toutou, a été couronnée six fois Grande Championne à la Royal Agricultural Winter Fair de Toronto.




C’est une première dans toute l’histoire de l’une des plus prestigieuses expositions en Amérique du Nord, et c’est plus que toutes les autres races ayant défilé devant l’oeil sévère du jury. Mais ce n’est pas tout. Cette vache a aussi décroché le titre Championne Suprême en 2003 au cours du même événement. Il s’agit de la plus haute distinction attribuée à une vache, et qu’un éleveur puisse souhaiter au cours de sa carrière.

Bien que, sans prétention, les propriétaires de Bonnie Brae Farms, de Vankleek Hill, un petit village au style victorien de l’est de l’Ontario, sont plus que fiers d’avoir obtenu ces prix. « C’est le couronnement d’une carrière, c’est la reconnaissance ultime pour un éleveur, et ce, tant au plan de l’élevage que de l’exposition », exprime Bruce Mode, 51 ans, qui représente la septième génération de cette famille. Fondée en 1820, Bonnie Brae Farms élève des Ayrshire depuis ses tout débuts et en possède aujourd’hui une quarantaine en lactation. L’entreprise compte également 121 hectares (300 acres) de terre dont 100 hectares sont en culture.

« Les expositions sont de belles occasions pour faire la promotion de son entreprise de même que pour vendre et acheter des sujets ou de la semence de taureaux, indique le producteur. Ça permet d’introduire de bonnes lignées dans le troupeau. » En effet, tout le gratin des races laitières s’y retrouve. C’est d’ailleurs au cours d’une exposition à Saint-Hyacinthe que Bruce et Susan ont mis la main sur Des Prairies Toutou, qui était alors âgée de quatre ans, et sur Forever Schoon Jessie 2, qui a remporté, en 2002 et en 2003, le titre Championne de réserve à la Royal Agricultural Winter Fair. « Il y a déjà eu un bon bassin de vaches Ayrshire en Ontario, mais c’est au Québec que l’on retrouve aujourd’hui 70 % des troupeaux Ayrshire au Canada », mentionne Bruce Mode qui, en plus de ses tâches à la ferme, pratique le métier de juge d’exposition depuis de nombreuses années.

Bruce a longtemps participé à près d’une douzaine d’expositions par année où il y présentait, chaque fois, de 15 à 20 sujets. Tout comme pour ses parents et grands-parents, il s’agissait d’une véritable tradition. « Ce temps là n’est plus, indique Bruce. On se contente maintenant de préparer quatre sujets qu’on présente à une ou deux expositions. S’organiser exige beaucoup de temps. Il faut y penser un an à l’avance. »

Le couple n’a jamais tenté de maximiser à tout prix la production du troupeau. Malgré tout, à 8 000 kilos de moyenne, la ferme Bonnie Brae occupe une place enviable dans le palmarès de la race dont l’origine remonte jusqu’au 18e siècle, dans le comté de Ayr en Écosse. « Neuf fois sur dix, les acheteurs recherchent d’abord de belles vaches qui auront fière allure aux expositions et dans leurs étables », fait savoir le producteur.

Comment en sont-ils venus à de tels résultats? Bruce et Susan misent d’abord sur la génétique et l’alimentation. La qualité du pis, des pieds et des membres sont des caractéristiques auxquelles ils accordent beaucoup d’importance. « Nos animaux ont toujours eu accès à l’extérieur et aux pâturages, fait savoir l’éleveur. Ça leur permet de faire de l’exercice et de développer des pattes bien musclées qui contribuent, d’ailleurs, à leur longévité au sein du troupeau. » L’âge moyen des vaches du troupeau est d’environ sept ans. Des Prairies Toutou, l’illustre vache du troupeau, a onze ans.

Au chapitre de l’alimentation, Bruce Mode produit à la ferme à peu près tout ce dont a besoin le troupeau : foin, ensilage, maïs humide, soya. Il se procure en plus des suppléments de protéines et minéraux ainsi que de la moulée à veaux auprès d’AgriEst, centre agricole Coop, situé à Saint-Isidore.

Le couple a quatre filles : Shauna, 25 ans; Heidi, 24; Kerri, 21 et Kelsey, 16. La plus jeune s’intéresse encore aux travaux de la ferme, mais elle ne manifeste pas d’intérêt particulier à prendre la relève. Les trois autres ont chacune entrepris des carrières qui les ont menées ailleurs en province. Un employé à temps partiel aide le couple à faire certains travaux. Bruce et Susan, qui vivent bien et plutôt simplement, se trouvent à la croisée des chemins. Qu’adviendra-t-il de leur ferme? Ils y songent de plus en plus même s’ils ont encore de belles années devant eux. Vendre? Mais que faire ensuite? Transférer? Mais à qui?

La fermeture des frontières américaines a également soulevé quelques inquiétudes. Les ventes de sujets et de semence de taureaux que réalisait la ferme Bonnie Brae aux États-Unis ont dramatiquement chuté en raison des conséquences de la crise de la vache folle qui s’éternisent. Ces ventes, qui comptaient pour pas moins du tiers des revenus de la ferme, ont depuis dégringolé à 10 %. « L’impact d’une telle situation sur l’économie est très important, fait savoir Bruce Mode. Parce que leurs revenus ont baissé, les producteurs investissent beaucoup moins. »

Malgré ces interrogations et incertitudes, Bruce et Susan ont confiance dans l’avenir de la production laitière. D’ailleurs, ils ne croient pas que le système de contingentement disparaîtra, comme on le laisse souvent entendre. Affable, Bruce Mode entend poursuivre modestement le développement de l’entreprise, et ce, tout en s’efforçant d’obtenir les meilleurs résultats possible. Parions qu’il réussira sans trop de difficultés.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés