Pour respecter le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques, entré en vigueur le 16 février dernier, le Canada devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 6 % pour la moyenne des années 2008 à 2012, soit 571 millions de tonnes de GES. Gros défi!

L’augmentation des gaz à effet de serre a été de 20 % entre 1990 et 2002. En effet, le Canada produisait, en 2002, 731 millions de tonnes de GES et le Québec 91,5 millions. Avec seulement environ 10 % des émissions québécoises, la contribution de l’agriculture n’est pas majeure, mais importante pour certains gaz, comme le méthane et le protoxyde d’azote, qui ont des effets redoutables sur le réchauffement climatique.

L’accord de Kyoto n’est pas la solution au réchauffement de la planète, mais le premier pas d’une volonté internationale de trouver des solutions à cette problématique. Pas moins de 141 pays se sont engagés à réduire de 5 % leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres de gaz à effet de serre, comparativement à celles de 1990. S’ils respectent leur engagement, ce protocole ne fera que reporter de 20 ans la date où la concentration des GES doublera.

La contribution de l’agriculture
Tous les secteurs d’activité génèrent des GES. Le CO2 est de loin le gaz le plus abondant. En excluant le transport, le coût des intrants et la transformation agroalimentaire, l’agriculture est responsable d’environ 10 % de ces émissions, soit l’équivalent de 8,4 millions de tonnes de CO2. Les sols constituent la principale source d’émission des GES agricoles avec une contribution de 43 %. Suivent la gestion du fumier avec 31 % et le bétail avec 27 %.

Par contre, la répartition des GES par l’agriculture est très différente de celle des secteurs du transport et de l’industrie. En effet, l’agriculture ne produit que 1 % du CO2, mais plus de 30 % du méthane et plus de 50 % du protoxyde d’azote (N2O). Ces deux derniers gaz sont de puissants GES. Le méthane produit un « effet de serre » 21 fois supérieur au CO2 et le N2O, 310 fois.

Le méthane est généré lors de la fermentation ou la décomposition de la matière organique en l’absence d’oxygène. Mentionnons que 55 % de ce gaz est produit par les ruminants et 45 % lors de l’entreposage du fumier. Le protoxyde d’azote est pour sa part généré par la
transformation biologique de l’azote minéral. Cette transformation se produit dans les sols agricoles après l’épandage des engrais minéraux et des fumiers et lors de l’entreposage des fumiers.

Les conséquences pour l’agriculture
Le réchauffement climatique aura évidemment des répercussions sur la production agricole, dont plusieurs effets bénéfiques : une hausse des unités thermiques, une augmentation du potentiel de rendement, une plus longue saison de culture et une extension des cultures plus au nord. À l’opposé, cette augmentation de température pourra également avoir des impacts négatifs : une augmentation des épisodes de gel et dégel, une hausse des évènements climatiques extrêmes, des problématiques d’approvisionnement en eau pour certaines régions ainsi que l’apparition de nouvelles espèces d’insectes nuisibles et de mauvaises herbes.

Quelques actions pour réduire les GES
L’amélioration de l’alimentation du bétail a engendré une diminution de 11 % des émissions de méthane entre 1990 et 2000. Différentes études sont actuellement en cours pour évaluer l’efficacité de vaccins et d’additifs alimentaires pour réduire la production de ce gaz. Il existe plusieurs autres solutions pour réduire les GES. L’utilisation de ces dernières permettra d’obtenir également des gains environnementaux sur le plan de l’eau, des sols et de l’utilisation des ressources, et de faire des économies à moyen terme. Certaines sont peu coûteuses tandis que d’autres nécessiteront des investissements ou la modification des pratiques agricoles :

- l’isolation des déjections à la source;
- la digestion anaérobie du lisier par un procédé contrôlé, comme le procédé québécois BioTerre qui capte ensuite le méthane produit pour le transformer en électricité;
- la couverture des fosses;
- l’incorporation du lisier le plus tôt possible après l’épandage;
- la synchronisation de la disponibilité de l’azote avec le besoin des cultures;
- le drainage adéquat et la gestion efficace de l’irrigation;
- la présence de culture de couverture ou d’engrais vert à l’automne;
- la combustion du fumier solide et la valorisation de l’énergie générée pour chauffer les bâtiments d’élevage;
- les traitements complets des lisiers qui permettent de réduire les volumes à épandre ou à valoriser en concentrant les éléments fertilisants dans une seule fraction;
- l’utilisation de résidus animaux ou végétaux pour produire de l’éthanol ou du biodiesel et leur utilisation pour faire fonctionner les véhicules et la machinerie agricole;
- la construction de mur solaire pour les bâtiments d’élevage qui réduira en même temps les frais de chauffage;
- l’utilisation du semis direct et le travail réduit du sol qui abaissent la consommation de
carburant et augmentent la teneur en matière organique des sols;
- la plantation de haies brise-vent qui, à la fois, diminuent les besoins en chauffage et servent de puits de carbone;
- l'utilisation de légumineuses ou de graminées dans la rotation des cultures;
- l'utilisation de la méthode de pâturage en rotation et le pâturage de haute intensité et
de courte durée.

Certains spécialistes ne croient pas que l’activité humaine a un impact sur le réchauffement planétaire, car ils croient plutôt que ce phénomène est cyclique et naturel. Quoi qu’il en soit, repenser les méthodes de production de manière à réduire les rejets à l’environnement et à accroître leur performance et l’efficacité énergétique ne peut qu’être positif à plusieurs niveaux : l’environnement, la santé, l’économie et la société.


* L’auteure est directrice – Service de l’environnement à La Coop fédérée.

Références :
Section changement climatique d’Agriculture Canada :
www.agr.gc.ca/policy/environment/air_03_f.phtml

Site sur les changements climatiques du gouvernement fédéral :
www.climatechange.gc.ca/francais/default.asp

Site sur les changements climatiques du ministère de l’Environnement :
www.menv.gouv.qc.ca/changements/inter.htm




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