Natif de Roquemaure en Abitibi et petit-fils de défricheur, Léo Pinard siège depuis 17 ans au
conseil d’administration de La Coop fédérée. Sa vaste expérience et ses interventions toujours mûrement réfléchies lui confèrent le qualificatif de « sage ». Est-ce un attribut qu’il a contracté lorsqu’il a été enseignant?

Jeune, Léo Pinard ne visait pas à devenir producteur agricole. Il a étudié en foresterie à Rouyn-Noranda et à Québec, puis enseigné dans ce domaine à Saint-Pamphile, dans la région de Chaudière-Appalaches. Après un an passé entre les quatre murs d’une salle de classe, la nature et les grands espaces lui manquaient drôlement.

De toute évidence, l’enseignement ne lui convient pas et Léo Pinard souhaite être son propre patron. En foresterie, il voit difficilement la possibilité d’acquérir une entreprise forestière. C’est alors que son père lui dit que l’agriculture lui permet d’être son propre patron. Cette remarque l’a frappé, car « à l’époque, on voyait l’agriculture comme un mode de vie, et non comme une entreprise », se rappelle-t-il.

Léo décide alors de revenir dans son patelin à titre d’employé à la ferme. Son père a besoin de renfort. L’entreprise compte une trentaine de vaches, un troupeau de bonne taille pour l’époque. Puis, il est très engagé dans différentes organisations syndicales et coopératives – il a été notamment maire de Roquemaure et un des fondateurs et le premier président de la Copérative de services agricoles d’Abitibi-Ouest, à La Sarre.

Sept ans plus tard, en 1981, le jeune Pinard, marié à Monique Brouillette, achète l’entreprise avec son frère Richard. La Ferme Pinardeau Inc. est alors composée d’une quarantaine de vaches. Son père se retire, mais demeure employé pour quelques années.

Les deux frères investissent et développent considérablement leur entreprise. De sorte qu’aujourd’hui, dans la belle et grande étable 88 vaches sont en lactation, sur un troupeau de 100 vaches et 70 sujets attendent pour prendre la relève, tous de race pure Holstein. L’entreprise compte plus de 320 hectares de terre (800 acres), dont 160 sont en culture de fourrage et d’orge. S’ajoutent quelque 60 hectares loués d’un voisin. « Avoir développé une entreprise comme celle-là dans une région comme l’Abitibi, c’est vraiment une réussite » de dire Denis Richard, président de La Coop fédérée.

Pour des raisons de santé, Richard quitte l’entreprise en 2004. Léo, fortement actif à l’extérieur, doit réaménager ses effectifs. Alors qu’ils embauchaient une seule personne – Richard et son épouse représentaient une main-d’œuvre sûre et fiable – Léo et Monique doivent maintenant employer trois personnes à temps plein, dont une fille, ainsi qu’un jeune homme à temps partiel. Monique est très présente à la ferme pour superviser tout ce personnel.

Par ailleurs, leur fille aînée, Mélanie, diplômée en agronomie, ainsi que son conjoint, Francis, se positionnent pour prendre la relève. Notons qu’ils ont deux autres filles, Marie-Christine et Louisanne qui vivent aussi dans la région.


Ses engagements : tel père, tel fils
Dès son retour en Abitibi, en 1974, l’ex-prof suit les traces de son père et s’implique dans sa communauté. D’abord, il s’engage à mettre sur pied un terrain de camping dans sa paroisse. « C’est une des réalisations dont je suis fier, parce que j’ai pu démontrer mes aptitudes à mener un projet. » Aujourd’hui, ce site de villégiature, situé sur le bord du lac Abitibi, compte plus de 100 places louées à pleine capacité. Pour un jeune homme, âgé dans la vingtaine, cette réussite est gratifiante.

Il siège au conseil d’administration de la caisse populaire de Roquemaure et plus tard au Comité de vérification et de déontologie de cette coopérative financière, qui est devenue la caisse populaire du Sud de l’Abitibi-Ouest, et regroupant six caisses locales. Il est aujourd’hui président de ce comité et, à ce titre, il doit s’assurer que les règles, normes et politiques sont appliquées. Selon Chantal Parent, directrice générale de la caisse, les qualités de Léo Pinard répondent bien aux exigences de ce poste : « Il est un homme intègre qui connaît bien son milieu. En plus, il est doté d’un bon jugement et travaille avec réalisme. »

En 1979, les membres du syndicat des producteurs de bois de l’Abitibi-Témiscamingue sont déchirés parce que la production de « pitoune » de quatre pieds vient d’être supprimée au profit du bois de sciage. Les producteurs n’ont pas l’équipement pour se conformer à ces nouvelles dimensions et le syndicat est en crise. « Le conseil d’administration est complètement renouvelé et nous avons pris les dispositions pour aider nos membres à s’adapter. » Léo Pinard y siège pendant cinq ans et lorsqu’il quitte cette organisation, le calme est revenu.

En 1986, une crise semblable paralyse la Coopérative de services agricoles d’Abitibi-Ouest. C’est l’époque où les abattoirs de bœuf se multiplient en Abitibi-Témiscamingue, mais la production ne permet pas de les alimenter tous. « C’était nos poches de moulée qui payaient pour faire rouler l’abattoir de la coop », raconte Léo un peu consterné. Cette même année, il est élu au conseil d’administration. Il est de ceux qui estiment que la coop doit cesser ces activités qui grugent les bénéfices. Deux ans plus tard, elle enregistre de légers profits qui n’ont jamais cessé de croître depuis.

Ainsi, quand le siège du territoire no 14 à La Coop fédérée se libère en 1988, Léo Pinard avait les arguments pour se faire valoir. En plus de ses fonctions de membre du conseil d’administration, il y occupe, pendant six ans, les fonctions de membre et président du Comité de vérification; depuis 1994, il fait partie du Comité exécutif, et depuis 1999 il est président du Comité de suivi en formation.

Sa vision de la coopération et de La Coop fédérée se résume ainsi : « Si les producteurs agricoles vivent bien, La Coop fédérée vivra bien. Si on ne se préoccupe pas des membres, il n’y a plus de raison pour La Coop fédérée d’exister. » Il est aussi d’avis que cette entreprise, comme toute l’industrie agroalimentaire, doit évoluer très vite pour affronter la concurrence féroce entraînée par l’ouverture des marchés et les fusions d’entreprises. Mais il demeure positif que La Coop fédérée saura faire face à la musique en gérant bien ses alliances.

Jean-Pierre Deschênes, directeur général de 1992 à 2000, le décrit comme un homme de principe et de valeur qui « prend le temps d’analyser pour bien comprendre les choses ». Quant à Maurice Lapalme, administrateur de 1986 à 1999, il se souvient de la capacité de son ex-collègue à reconnaître les différences entre les attentes des régions périphériques et celles des régions situées près des grands centres.

Léo Pinard travaille beaucoup pour le développement de sa région, selon plusieurs de ses confrères, dont Roger Béliveau, qui siège avec lui au Comité exécutif. « C’est lui qui a poussé pour que La Coop fédérée acquière la meunerie de New Liskeard, en Ontario, exprime Marcel Bouchard, directeur général de la coopérative d’Abitibi-Ouest. C’est aussi lui qui a travaillé à réunir les trois coopératives du nord-ouest du Québec pour former Nord Agri, une entreprise fondée pour développer la production porcine dans cette région. « Il a mené cette affaire d’une main de maître, lance Paul-René Ayotte, ancien président de la coop d’Abitibi-Ouest car ce n’était pas un travail facile de rallier trois coops à un même projet. »

Pour Denis Richard, le président, Léo Pinard est « un homme de compromis qui s’adapte bien à un groupe. Il aime aussi profiter des plaisirs de la vie. »

En effet, les soirées sociales et le bon vin rouge font partie des plaisirs dont l’administrateur de La Coop fédérée ne se prive pas. « Il est un bon vivant et on s’amuse bien en sa compagnie », souligne Rodrigue Morneau, conseiller municipal de Roquemaure.

M. Morneau côtoie Léo depuis de nombreuses années, il lui a même enseigné au primaire. Il déclare qu’à Roquemaure, les Pinard sont vus comme « des gens de business et ont une très bonne réputation ».

La pêche sur glace et la chasse au chevreuil sont aussi des activités qui ressourcent l’Abitibien. « J’ai une patience sans limite. Dans ces moments de solitude et de silence, je refais le plein d’énergie. À la chasse, par exemple, l’animal ne se promène pas devant toi toute la journée. Alors quand il arrive, c’est une émotion incroyable à vivre… c’est l’apothéose », exprime-t-il les yeux animés. Même patience à la pêche sur glace et même euphorie quand un poisson s’accroche.

« Il a la capacité de mener à bien tout ce qu’il entreprend », indique son père, encore alerte à 80 ans. Fier de l’envergure qu’a prise la ferme familiale, il raconte joyeusement que si Octave Pinard, le défricheur, la voyait aujourd’hui, « il tomberait sur le dos ». L’étonnement est aussi grand pour lui qui a acquis l’entreprise en 1939 alors qu’elle ne comptait que six vaches…




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