Produire du lait et faire des profits : un sujet toujours à la mode. Qu’est-ce qui est préférable? Faire le plus de lait possible par vache ou contrôler les dépenses? Acheter le supplément protéique le moins coûteux ou maximiser la consommation de matière sèche des vaches?

Des questions comme celles-là, il peut vous en passer beaucoup par la tête, mais il faut, selon moi, revenir à une chose toute simple, un principe de base. D’abord, si vous avez choisi d’être en agriculture, c’est sûrement par passion. Mais il n’en demeure pas moins que vous gérez une entreprise et qu’il faut aussi faire de l’argent! Quel est votre revenu annuel? Et, surtout, combien vous reste-t-il en fin d’année?

J’ai souvent dit que la production laitière peut être comparée à d’autres types d’entreprises. Prenons comme exemple un fabricant de meubles. Il peut penser produire des meubles au moindre coût, produire la plus grande quantité de meubles possible pour abaisser ses coûts, ou encore produire tout juste les meubles nécessaires pour remplir ses contrats en contrôlant ses coûts de production. Mais pour ce fabricant, l’important sera aussi de dégager une marge de profit intéressante.

Maintenant, quel est votre objectif? Pour le réseau Coop, l’objectif est de vous aider à maximiser votre revenu net. Mais pas seulement pour une année. Il faut viser le moyen et le long terme aussi.


La régie et encore la régie
Comment y parvenir? Hé oui, tout le monde en parle. Une bonne régie et une bonne alimentation nous permettront d’obtenir de bons résultats. On peut constater des différences importantes en consultant le dernier rapport annuel du PATLQ (voir tableau p. 43). Par exemple, les troupeaux Holstein se situant dans la strate des 20 % supérieurs en lait, soit 9725 kg de lait/vache/an, comparativement à la moyenne provinciale de 8112 kg/vache/an, produisent 57 kg de matière grasse et 54 kg de protéines de plus par vache par an. Cela représente tout près de 800 $ de revenu de plus par vache une fois l’alimentation payée!

De plus, en adoptant une bonne régie, il n’y a pas que la production qui s’améliore. On n’a qu’à regarder le comptage de cellules somatiques qui passe de 268 000 à 231 000 et l’intervalle vêlage qui passe de 426 à 418 jours. Ces points préoccupent pas mal de gens, car la croyance veut que les vaches, étant plus poussées en lait, ne se reproduisent pas aussi bien. En fait, une bonne régie générale et une alimentation adéquate feront en sorte que la reproduction et la qualité du lait ne seront pas affectées négativement.

On peut aussi remarquer qu’une bonne régie nous permettra de faire vêler les taures plus jeunes et plus grosses que la moyenne. Tous ces points, en plus du fait que la production par vache est plus élevée, augmenteront le profit net en fin d’année. Si on a moins de vaches pour faire un même quota, on aura aussi besoin de moins de sujets de remplacement. Si on tient compte que chaque génisse élevée coûte près de 2000 $, cela représente une autre économie importante.

Un petit calcul rapide nous amène à constater qu’un troupeau, de la catégorie des 20 % supérieurs ayant 50 vaches et produisant 363 kg de m.g. par vache, remplira un quota supérieur à 18 000 kg de m.g./année (49,5 kg/jr de m.g.). En comparaison, le troupeau moyen produisant 306 kg de m.g./vache aura besoin de neuf vaches de plus pour faire le même quota!

En prenant en considération les chiffres du tableau, où l’on multiplie nos 50 vaches supérieures par un revenu de 4579 $/vache/an (valeur du lait moins l’alimentation), on obtient un revenu total de 228 950 $/année. En contrepartie, le troupeau moyen de 59 vaches (pour produire le même quota), avec un revenu de 3790 $/vache/an, donne un revenu total de 223 610 $/année. Avec 50 vaches supérieures, vous aurez donc 5340 $ de plus dans vos poches, une différence appréciable.

Vous n’êtes pas convaincu? D’accord. Mais notez que ces chiffres tiennent compte que les coûts d’alimentation par vache seront plus élevés d’environ 0,45 $ par jour, dont plus de la moitié proviendra des concentrés. Votre facture de suppléments protéiques sera plus élevée.

Statistiques sur les troupeaux Holstein selon les niveaux de production
Niveau de production
Moyenne provinciale
20 % supérieur
Différence
Nombre de troupeaux
3895
779
-
Lait (kg/vache/an)
8112
9725
+ 1613
Gras (%)
3,77
3,73
- 0,04
Gras (kg/vache/an)
306
363
+ 57
Protéine (%)
3,22
3,25
+ 0,03
Protéine (kg/vache/an)
262
316
+ 54
CCS (000 c.s./ml)
268
231
- 37
Poids du troupeau (kg)
620
638
+ 18
Poids des taures (kg)
588
602
+ 14
Âge des taures (mois)
27,5
26,5
- 1
Intervalle de vêlage (jours)
426
418
- 8
Valeur du lait ($/an)
5003
5957
+ 954
Valeur du lait – alimentation ($/an)
3790
4579
+ 789
Coût d’alimentation/hl ($/hl)
15,25
14,34
- 0,91
Coût d’alimentation/jour ($/jour)
3,33
3,78
+ 0,45
Suppléments protéiques (kg/vache TQS )
391
591
+ 200
Source : rapport annuel PATLQ 2004

Par contre, que dire des fourrages que les neuf vaches supplémentaires du troupeau moyen doivent consommer. Il y aura un écart de plus de 27 tonnes métriques de matière sèche fourrage. Ce fourrage pourrait être vendu ou l’acrage nécessaire pour le produire affecté à une autre production. Sans oublier, encore une fois, qu’avec un troupeau plus productif, le nombre de sujets de remplacement nécessaire sera moins élevé. C’est ainsi qu’on pourra remar ,quer une différence notable de profitabilité entre la ferme supérieure et la ferme moyenne. Toujours en comparaison avec notre fabrication de meubles, c’est l’équivalent de faire le même travail avec moins d’employés.

Je vous invite maintenant à faire l’exercice avec un troupeau de 12 000 kg de moyenne, dont le taux de gras est de 3,65 %, produisant ainsi 438 kg de gras par vache. Il ne faudrait alors que 42 vaches pour produire le même quota. Si le coût d’alimentation de ces vaches demeurait à 14,34 $/hl (mais probablement plus bas), il en coûterait tout près de 1,00 $/jour de plus par vache pour l’alimentation. Les revenus de lait seraient par contre plus élevés, soit d’environ 7250 $/vache. En soustrayant les coûts d’alimentation (1670 $/vache), il resterait ainsi 5580 $/vache. Ce troupeau de 42 vaches procurerait 234 360 $
(5580 $ x 42 vaches). C’est plus de 10 000 $ d’écart avec le troupeau moyen.


Produire plus
Si on revient à notre scénario moyen du départ, on peut aussi envisager que, pour le troupeau de 59 vaches, pour lequel nous avons amplement de fourrages, une amélioration de la production de moyenne à supérieure correspondra à du quota supplémentaire à acheter et à produire. Les 59 vaches coûteront chacune 0,45 $ de plus par jour en alimentation, donc près de 10 000 $ de plus par an. Le quota devra être augmenté de 9 kg/jour de matière grasse. C’est plus de 54 000 $ d’augmentation de revenus bruts par an pour le même troupeau! (Voir Optilait ci-dessous.)

Alors, même en déduisant les frais d’alimentation de près de 10 000 $, il vous restera plus de 44 000 $ pour garder le même nombre de vaches et payer votre quota supplémentaire, et ce, en moins de 8 ans!

On a beau jouer avec les chiffres d’un côté comme de l’autre, il n’en demeure pas moins qu’une production élevée, secondée par une bonne régie, procurera un revenu net plus élevé. Il suffit d’y voir et d’offrir à votre troupeau du temps de qualité et des aliments adaptés pour maximiser la production. Pensez-vous qu’en mettant du mauvais carburant et de la vieille huile dans vos tracteurs, vous pourriez en obtenir, un bon rendement? Pour votre troupeau, c’est un peu la même chose. Et puis, comme pour votre tracteur préféré, essayez donc, pour voir, d’en tirer encore un peu plus, vous allez aimer ça!

Ça deviendra aussi votre passion!


* L’auteur est directeur, Groupe ruminants, à La Coop fédérée.




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