La production de grains s’est grandement développée au fil des ans au Québec. Nous en produisons aujourd’hui 243 % de plus qu’en 1980 et les surfaces totales qui leur sont consacrées ont augmenté de 107 % (figure 1). Dans cet article, nous nous pencherons plus particulièrement sur l’évolution du rendement des principales espèces.



Maïs
En 25 ans, la production de maïs au Québec a triplé. Le rendement moyen a progressé de 89 kg/ha ou 1,36 % par année (figure 2). Cette augmentation est tout simplement remarquable. Soulignons trois années particulièrement favorables à cette culture – 1998, 1999 et 2004 – où, chaque fois, le rendement a atteint des niveaux supérieurs. En 1998, la technologie Bt a été utilisée de façon importante. En 2004, l’usage de l’engrais organo-minéral (Hyper P) a atteint des niveaux significativement élevés. La résistance aux herbicides (Liberty et glyphosate) a contribué à mieux gérer les mauvaises herbes et, par le fait même, à diminuer le stress lors du désherbage. L’amélioration de la génétique, du drainage et de l’uniformité du terrain y a aussi contribué de façon importante. Ces techniques et pratiques ont même permis de diminuer l’impact des mauvaises années, soit 1986, 1992 et 2000.

Une étude conduite en Iowa de 1982 à 2002 a révélé une progression moyenne du rendement de 1,2 % par année. Cette progression atteint 1,42 % pour les producteurs inscrits dans des clubs de hauts rendements. Avec une augmentation moyenne de 1,36 % par année, le maïsiculteur québécois se compare donc avantageusement à celui du Midwest américain.

Soya
En ce qui a trait à la culture du soya, les données de l’Institut de la statistique du Québec remontent à 1986. En 2004, après 19 ans, la superficie cultivée, qui s’est accrue rapidement jusqu’en 1997, se monte à tout près d’un demi-million d’acres de soya au Québec.

Lorsqu’on introduit du soya à la ferme et que les techniques de production sont bien maîtrisées, le rendement augmente rapidement. Cependant, avec le temps, le contrôle des différents ravageurs (sclérotinia tétranique, pucerons) doit absolument faire partie d’une bonne planification. La technologie Roundup Ready a d’ailleurs permis de faciliter le désherbage, mais de nouveaux défis sont aussi apparus. Au mois d’août 2004, nous avons enregistré de nombreux cas de décoloration. Plusieurs expertises ont démontré des carences en manganèse et en potasse.

La figure 3 indique que 1998 et 1999 sont les deux meilleures années de rendement, qui correspondent aussi aux meilleures années dans le maïs. La tendance qu’indiquent les données du graphique est inquiétante. La génétique est-elle responsable de cette baisse? Sommes-nous confrontés à de nouveaux ravageurs ou à une augmentation du nombre de pathogènes? Personne ne saurait encore le dire. Mentionnons toutefois que Pierre Turcotte, chercheur au Centre de recherche sur les grains (CEROM), effectue actuellement un essai dont l’objectif consiste à comparer les variétés d’il y a 20 ans avec les variétés les plus utilisées aujourd’hui afin de mesurer l’évolution génétique de l’espèce. Un nouvel équilibre devrait s’installer et permettre un changement de tendance. Espérons que les années 2002 à 2004 soient le reflet de ce nouvel élan.

Blé
Les meilleurs rendements en blé ont été obtenus au milieu des années 80, alors que l’engouement pour la régie intensive était à son comble (figure 4). Depuis, malgré des progrès génétiques et l’amélioration des fonds de terre, les rendements demeurent stables.
Depuis les deux dernières années, on constate un intérêt nouveau pour le contrôle des maladies fongiques. Cette pratique, incluse dans une bonne planification, telle que la régie optimale, permettra-t-elle d’augmenter nos rendements et de diminuer la présence de toxines? C’est à suivre.

Orge
Au début des années 80, les surfaces cultivées et le rendement ont fortement progressé. Depuis, seules les années 1990 et 1992 ont démontré des augmentations intéressantes. L’année 2003, quant à elle, a été très difficile (figure 5). Un des buts de la recherche poursuivie consiste à diminuer le taux de toxines pour assurer une meilleure efficacité aux productions animales. De nouveaux cultivars, dotés d’une meilleure tolérance aux toxines, font de plus en plus leurs preuves.

La rotation est aussi un aspect important du contrôle des maladies. Des producteurs avant-gardistes de l’Alberta, membres d’un club à hauts rendements et ayant utilisé des cultivars tolérants à la verse, ont vu leur rendement augmenter sensiblement. L’étude, menée de 1990 à 1998, a démontré qu’il était possible d’obtenir un rendement de 4,114 tonnes/acre (10,2tonnes/hectare).

À génétique égale, l’ajout d’azote, combiné à une tenue acceptable, explique 73 % de l’amélioration. Le deuxième facteur, une fertilisation accrue en phosphore, explique 18 % de l’amélioration. Les producteurs membres de ce club à hauts rendements portaient une attention particulière à la compaction des sols et tous effectuaient au moins une application de fongicides.

Avoine
Voilà une grande surprise. Le rendement de l’avoine a augmenté de plus de 1000 kg/ha en 25 ans, soit une progression de 1,93 % par année! (figure 6). Depuis 100 ans, la génétique a permis d’atteindre une amélioration moyenne de 1% par année, et ce un peu partout à travers le monde. La progression de 1,93 % que nous avons enregistrée représente donc un formidable succès. Bravo à tous et à toutes! L’Amérique du Nord étant une région déficitaire en avoine, espérons que ces résultats permettront d’en tirer des bénéfices.

En conclusion, nous croyons que l’évolution de la production de grains a été positive et que les producteurs ont fait preuve de beaucoup de dynamisme. Même si de beaux succès ont été enregistrés, il ne faut pas s’endormir dessus, car la nature évolue et nous devons profiter de cette évolution pour continuer à nous améliorer.

* L’auteur est responsable des services techniques au Secteur des productions végétales de La Coop fédérée.




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