Avec 21 jours d’incubation et 38 jours d’élevage en moyenne, un poussin passe plus du tiers de sa vie à l’intérieur de sa coquille. Ce simple fait illustre bien la mince marge de manœuvre caractéristique à l’aviculture. L’équipe avicole – incluant le producteur – doit être prête à utiliser au maximum l’extraordinaire potentiel du poulet moderne.



En six semaines, un poulet peut augmenter de 50 fois son poids initial. À ce régime, un nouveau-né de la race humaine pèserait, au même âge, pas moins de 400 livres! Ce potentiel génétique énorme représente un défi de taille et crée une pression supplémentaire sur la conformité de la régie d’élevage, l’uniformité des poussins, l’alimentation et le statut sanitaire du bâtiment. La totalité de ces facteurs joue un rôle prépondérant pour obtenir un poulet sain et de bonne qualité. En cette période de grands changements dans les procédés de production avicole (Programme d’assurance de la salubrité des aliments à la ferme, retrait de l’antibiotique Excenel, etc.), il apparaît indispensable que les pratiques d’élevage et de suivi se raffermissent afin de maintenir une performance optimale.

L’embryon de neuf jours ressemble déjà au poussin qui sera livré 12 jours plus tard. En effet, ses organes vitaux sont dès lors visibles.

On sait que la période critique pour la réussite de l’élevage commence avant l’arrivée des oiseaux dans la bâtisse. Pour obtenir un bon départ, il faut penser aux embryons qui se développent pendant que les préparatifs de réception suivent leur cours dans le poulailler. En tenant compte d’un vide sanitaire normal au moment où l’évacuation du fumier débute, l’embryon de neuf jours ressemble déjà au poussin qui sera livré 12 jours plus tard. En effet, ses organes vitaux sont dès lors visibles.

Cette démarche proactive permet de se concentrer sur le gain de poids du poussin durant la première semaine. Une règle simple existe pour vérifier la qualité d’un départ et se définit comme suit : le poussin doit quadrupler son poids entre la naissance et le 7e jour d’âge complété (approximativement 160 grammes en tenant compte d’un poussin de 40 grammes à l’arrivée). Une stimulation de la consommation alimentaire est essentielle à l’obtention d’un bon départ. Une bonne prise alimentaire permettra l’absorption rapide du jaune, composé principalement de nutriments (25 % de protéines, 25 % de gras) et d’eau (50 %). Un jaune mal résorbé fournit un nid de prolifération idéal pour les bactéries. Une bonne consommation aura également un effet bénéfique sur le développement du foie, de l’intestin et du pancréas du poussin. Ces organes croissent de deux à cinq fois plus vite que le reste du corps et permettent une digestion optimale tout au long de l’élevage. Le poids de la rate et de la bourse de Fabricius (deux organes responsables de l’immunité) est aussi attribuable à la quantité de moulée ingérée en jeune âge.

Comment stimuler la consommation en début d’élevage? En ciblant les points critiques propres à chaque bâtisse, qui peuvent nuire au confort du poussin en bas âge.


Des pistes de solution
En premier lieu, il faut se questionner si le poussin sera à l’aise dans son nouvel environnement. La qualité de la litière a un impact incontournable sur le résultat de l’élevage. Par conséquent, la matière première utilisée (copeaux de bois, paille ou autre) doit être exempte de moisissures, présenter une texture acceptable et un niveau d’humidité normal. Une litière humide requiert un temps de préchauffage plus long. Une évaporation excessive de l’humidité de la litière peut facilement réduire la température de l’air au sol de 10 °F, d’où l’importance de chauffer progressivement plusieurs jours à l’avance (48 heures et plus). À la même période, le poussin de 19 jours se prépare à éclore en rétractant son sac vitellin dans la cavité abdominale.

Le poussin de 19 jours se prépare à éclore en rétractant son sac vitellin dans la cavité abdominale.

La température sous les éleveuses au placement des poussins doit se situer entre 100 et 105 °F et la litière plus éloignée des éleveuses devrait plutôt atteindre 90 °F. À noter qu’avec un système de chauffage à air forcé (tube radiant), la consigne de température doit être majorée afin d’obtenir des températures semblables dans la zone thermoneutre (zone de confort) du poussin.

Afin d’appuyer le dernier énoncé, une étude touchant 3 600 000 poussins effectuée par un intégrateur de l’Arkansas a permis de mesurer l’effet de la température d’élevage des sept premiers jours sur la performance des poulets à griller de 42 jours. La conclusion démontre sans contredit une corrélation entre une température élevée au départ et une faible mortalité (tableau 1). Précisons qu’il existe différents types de thermomètres pour valider vos consignes, et que parfois les résultats s’avèrent surprenants.

Autre point important en ce qui a trait au confort du poussin : la salubrité du bâtiment. L’environnement est-il sain? Le niveau de microbes est-il acceptable? Une remise en question de plusieurs éléments doit s’effectuer :
• la date du dernier nettoyage;
• le respect de la dose de produit appliqué par surface (détergent, désinfectant);
• le programme de vaccination (à modifier au besoin).

L’équipe avicole de votre coopérative peut vous aider à prendre une décision éclairée, car les procédés de vaccination et de désinfection sont parfois ambigus.


Eau de vie
Une étape importante fréquemment oubliée lors du vide sanitaire est le nettoyage des lignes d’eau. Un manque de vigilance peut facilement transformer cette source de vie en une cellule reproductrice de pathogènes. Il faut savoir que le biofilm (pellicule de matière organique) se forme lorsque les bactéries s’amalgament et s’attachent aux parois intérieures de votre conduite d’eau, créant ainsi un substrat visqueux. L’utilisation de médicaments et vitamines peut aggraver cette condition en apportant glucose et autres nutriments propices au développement bactérien. Ainsi, une eau saine à l’entrée du poulailler risque d’être contaminée une fois à l’intérieur, au moment d’être consommée par l’oiseau. Il est par ailleurs recommandé d’effectuer une analyse d’eau chimique et bactériologique chaque année. En considérant que les normes de salubrité de l’eau s’équivalent pour l’humain et le poulet, il faudrait que l’un et l’autre puissent sans hésitation boire l’eau à la sortie de la conduite.

Une fois à l’aise dans leur nouvel environnement, les nouveau-nés fraîchement éclos doivent facilement trouver la moulée de façon à ce que 95 % d’entre eux se remplissent le jabot au cours des quatre premières heures suivant la réception. Pour y arriver, il faut bien disposer les poussins à l’arrivée et les activer en effectuant des tournées fréquentes. Il va sans dire qu’il faut utiliser suffisamment de mangeoires (une boîte par 100 oiseaux ou 20 % de la surface en papier sur lequel la moulée est déposée) et les remplir fréquemment. Cette action attise la curiosité des poussins et les entraîne à consommer davantage. Un poids insuffisant à sept jours et un manque d’uniformité s’expliquent par une consommation trop faible. Il faut donc soigner à répétition le poussin durant sa première semaine de vie. Il faut également l’emmener vers l’eau. La quantité d’eau bue dépend de sa disponibilité : hauteur des tétines, niveau dans les tuques et ajustement de la pression afin d’obtenir un volume adéquat. Advenant le cas contraire, une réduction du gain risque de se produire, car les oiseaux prennent le même temps pour boire à la conduite, que le volume soit élevé ou faible. La consommation d’eau agit sensiblement sur la consommation de moulée (tableau 2).

Guide général pour la pression d’eau à la tétine :
• 20 ml/min à une semaine;
• 60 ml/min à trois semaines;
• 120 ml/min durant les chaleurs en fin d’élevage.

Lumière, s.v.p.
De plus, pour observer un niveau d’activité convenable dans le parquet, il faut un éclairage suffisant lors des sept premiers jours. En effet, une intensité lumineuse insuffisante lors de la première semaine rend les poussins amorphes et sans vie. Une lumière vive (minimum 20 lux) est préférable tant que le poussin n’a pas atteint 160 grammes. Par la suite, une diminution progressive du degré de luminosité est à envisager.

Les avantages que procure le programme de lumière sur la viabilité et le taux de croissance ont été prouvés scientifiquement maintes fois. Il a notamment contribué à la réduction du spiking, des problèmes des pattes, des morts subites ainsi qu’à l’amélioration de la capacité immunologique. Néanmoins, chaque programme doit s’adapter à l’historique du poulailler, car parfois certaines photopériodes fonctionnent très bien chez un éleveur, mais se révèlent problématiques pour un autre. Heureusement, il existe certaines règles de base qui s’appliquent à tous les programmes de lumière :
• Un bloc unique de noirceur par 24 heures qui doit commencer le soir;
• Conserver la même heure de fermeture des lumières pour toute la durée du lot (ex. : 22 heures) et varier l’heure d’ouverture pour les ajustements;
• Une fois le poids cible de 160 grammes atteint, modérer la croissance des oiseaux jusqu’à 21 jours et augmenter la clarté par palier en fonction du poids et de la consommation par la suite;
• Luminosité uniforme pour l’ensemble du parquet.

Quelles seront les tendances pour le futur? En se fiant au tableau 1, l’amélioration se chiffrerait par une augmentation de gain de 50 à 65 grammes et par une diminution de 2 à 3 points de conversion par an (tableau 3). Ces données peuvent sembler irréalistes, mais il faut prendre en considération le fait que les compagnies de génétique vont développer le rendement en viande des poulets à griller dans les années à venir. Par conséquent, les points de régie gagneront en importance, car un poulet à rendement de viande élevé est plus performant, mais plus difficile à élever.

En conclusion, un départ réussi dépend d’une multitude de facteurs. Alors, l’idéal est de travailler ensemble en mettant la « poule » à la roue pour atteindre notre objectif.


* L’auteur est expert-conseil en production avicole à La Coop fédérée




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