En tant que groupe, le monde agricole aurait lui aussi avantage à mieux s’estimer, ce qui aiderait certainement les individus à le faire à leur tour.



Stress, burn out, anxiété, difficultés relationnelles, dépression… beaucoup de malaises sont liés à l’estime de soi, cette autoévaluation que l’on s’administre continuellement. Sans estime de soi, les difficultés même banales de la vie sont plus difficiles à affronter. Les projets les plus chers peuvent être mis de côté. Les relations interpersonnelles sont perturbées. Une très faible estime de soi peut mener à investir toute son énergie dans une quête incessante de reconnaissance laissant ainsi aux autres le pouvoir de définir sa propre valeur.

Chaque être humain a besoin de la reconnaissance d’autrui. Rechercher celle-ci n’a donc rien d’anormal. D’ailleurs, l’image que notre entourage nous reflète joue un rôle dans le développement d’une faible ou d’une forte estime de soi. Notre place dans la société, nos succès ou nos échecs marquent aussi la valeur que nous nous attribuons. Mais toutes les reconnaissances extérieures se perdent dans un puits sans fond en l’absence d’une conscience personnelle de sa valeur. Vous connaissez certainement des gens que tout compliment laisse de glace, comme s’ils ne croyaient, pas ce qui leur était dit, ou encore, des gens qui quêtent constamment des encouragements tellement ils ne reconnaissent pas leurs capacités malgré leurs succès. Peut-être les connaissez-vous intimement?

Les lourdes conséquences qu’entraîne un manque d’estime de soi valent que l’on fasse l’effort d’y remédier. Traverser la vie avec ce handicap est douloureux. Pour vérifier si vous avez besoin d’y travailler, faites le total de ce qu’il vous en coûte pour aller chercher l’approbation des autres, pour obtenir un peu de reconnaissance, pour redorer votre image. Réfléchissez à ce que vous pensez de vous par rapport à votre environnement, à la société, à vos rêves de jeunesse… Attention, ici les extrêmes sont très significatifs! S’imaginer être le king peut révéler un fort sentiment de manque. Une bonne estime de soi permet de se sentir aussi valable, compétent, estimable… que les autres. Une personne qui s’estime a confiance en ses capacités, en son jugement personnel; elle est fière de ses réalisations tout en sachant qu’elles ne sont pas parfaites. Elle peut accepter de ne pas avoir raison ou de se tromper, car ses erreurs n’entachent pas sa valeur personnelle.


La conscience de soi
Même si l’éducation que chacun a reçue et le milieu dans lequel il a vécu ont influencé le développement positif ou négatif de l’estime de soi, il appartient à chacun d’en établir les fondements. Une étape importante consiste à rendre conscients et à s’approprier ses propres besoins, intérêts, pensées, émotions… que ceux-ci apparaissent au premier regard positifs ou négatifs. Plutôt que de vous juger, essayez de prendre conscience de tout ce que vous êtes. Recherchez et écoutez ce que votre environnement vous dit de vous-même et comparez cette information à ce que vous avez conscience d’être. Les autres n’ont pas à vous définir – et faites très attention à ceux qui le font –, mais ils peuvent vous aider à vous définir vous-même. Soyez attentif à vous-même, à vos choix, à vos actions, à vos réactions… Chaque personne – et vous aussi! – est un monde merveilleux à explorer.


L’affirmation de soi
Une plus grande conscience de ce que vous êtes vous aidera à affirmer vos convictions, vos besoins, vos valeurs, vos idées et cette expression fera grandir petit à petit la valeur que vous vous attribuez. Cacher vos idées pour éviter la confrontation, renier vos besoins pour faire plaisir, mentir pour préserver l’harmonie ne vous fera pas apprécier ni de vous ni des autres. Si, en vous connaissant mieux, certains s’éloignent, d’autres se rapprocheront. L’authenticité rapporte. En affirmant ce que vous êtes, vous prendrez conscience, et d’autres aussi, de ce que vous apportez d’unique, vous découvrirez votre « touche personnelle ». Si vous abandonnez toujours ce que vous êtes pour soi-disant plaire aux autres, vous deviendrez inconsistant : vous ne vous plairez pas, les autres vous considéreront insignifiant et vous finirez par leur en vouloir… et par les critiquer, alors qu’ils n’y sont pour rien.


L’action cohérente
En affirmant ce que vous avez conscience d’être et en acceptant que les autres fassent la même chose, vous deviendrez plus tolérant et vous développerez la conscience de votre propre responsabilité par rapport à votre vie et aux relations que vous entretenez avec les autres. Il vous sera plus facile d’agir en fonction de vos convictions, de vos valeurs, de vos besoins. Vos actions et la cohérence qu’elles démontreront nourriront votre estime personnelle. Constater que l’on fait les choses auxquelles on croit en conformité avec ce que l’on est constitue une base solide de l’estime de soi. Les autres peuvent choisir ou valoriser autre chose, la conscience de sa propre cohérence rassure. Elle permet de se fixer des buts réalistes, motivants dont la réalisation renforcera encore l’estime de soi. Cette estime permettra aussi de faire des choix en fonction de soi et non en fonction de ce qui est proposé comme modèle, ce qui écartera beaucoup de problèmes de toutes sortes, dont les maladies déjà évoquées.

Ce travail de renforcement de l’estime de soi, nécessaire et valable pour presque tout le monde, est particulièrement critique en milieu agricole. Je rencontre régulièrement des gens qui ont réussi leur vie familiale, leur vie professionnelle, qui ont à leur actif des réalisations enviables et qui portent sur eux-mêmes des jugements d’une dureté qui exprime beaucoup de souffrance. Ils seraient plus heureux et rendraient leur entourage plus heureux s’ils avaient réussi à s’aimer eux-mêmes un peu plus. En tant que groupe, le monde agricole aurait lui aussi avantage à mieux s’estimer, ce qui aiderait certainement les individus à le faire à leur tour.

Pour s’estimer davantage, le milieu agricole aurait intérêt, tout comme une personne peut le faire, à prendre conscience de ce qu’il est, à l’affirmer dans le respect des autres et à agir en conséquence. Il aurait ainsi moins tendance à prendre la société urbaine pour modèle, ferait davantage confiance à ses forces, lesquelles peuvent être des modèles pour d’autres groupes de la société, et pourrait engager avec ceux-ci des interactions avantageuses pour tous. La position de victime où le milieu agricole se place souvent a parfois constitué une bonne stratégie pour défendre ses droits, mais elle ne donnera plus les dividendes qu’elle a déjà produits. Cela a l’énorme inconvénient de détruire l’image que le milieu agricole a de lui-même. La richesse des relations entre deux personnes comme entre deux groupes provient de l’affirmation et de l’écoute de chacune des parties… et il est rare que cela se produise sans une confiance en ses propres capacités et en ce qu’elles peuvent apporter. Cette assurance permet de considérer les besoins de l’autre et de voir ses richesses.


* L’auteure est consultante en communication et développement des organisations.




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