Jeune, Roger Béliveau avait une personnalité de fonceur et même un peu frondeur. Il s’est fait connaître par ses interventions incisives aux rencontres d’Agropur et de sa coopérative locale de Warwick. Lorsqu’il a été élu à la coopérative des Bois-Francs, en 1977, un coopérateur aguerri l’apostrophe : « Le jeune Béliveau, avec les idées que tu as sur la coopération, je me demande comment tu vas faire pour préserver les actifs de notre coop. »

Loin de faire la sourde oreille, le jeune producteur laitier de Warwick tire une bonne leçon de ce commentaire hostile à son égard. Il continue à donner son opinion sans faire de détour, mais il modifie un peu son attitude en se rappelant sa responsabilité d’administrateur d’une entreprise appartenant à plusieurs personnes. Huit ans plus tard, en 1985, il est élu président de cette coopérative.

Sa force? Son dynamisme et son entregent. « Il connaît tout le monde agricole du Québec », dira Denis Richard, le président de La Coop fédérée. De fait, ses différents engagements au sein, notamment, d’Agropur, de 1974 à 1997, de la coopérative de Warwick qui a fusionné avec la coopérative des Bois-Francs et de La Coop fédérée à partir de 1991, lui ont permis de se faire connaître aux quatre coins de la province. Il faut dire que Roger Béliveau n’est pas du genre timide. Il a plutôt la main tendue pour saluer tous les gens qu’il connaît, et va au-devant de ceux qu’il ne connaît pas.

Son parcours professionnel l’a conduit vers différents milieux, notamment à la Fondation Étoile d’or de Warwick, dont la mission est de subvenir aux besoins des personnes âgées, et plus près de l’agriculture, l’Association des Jeunes Ruraux du Québec, la Table de concertation du Centre du Québec et le Centre d’insémination artificielle du Québec. Ce qui lui a procuré une diversité d’expériences qu’il sait mettre à profit partout où il passe. « C’est une personne avec qui il est agréable de discuter parce qu’il a des connaissances variées », estime Léo Pinard, qui connaît Roger Béliveau depuis bien avant son arrivée à La Coop fédérée.

Impossible de parler de cet homme sans souligner son sens de l’humour. Conteur et blagueur, il a toujours une histoire, souvent grivoise, pour amuser ses collègues. Une qualité qui a des avantages, notamment celui de détendre l’atmosphère lors de discussions tendues et de passer des messages qui, exprimés plus crûment, seraient moins bien reçus. « Il a le don de dire les choses d’une manière qui ne fâche personne, confie Claude Couture, administrateur à La Coop fédérée. Quelqu’un d’autre apporterait le même commentaire et ça passerait moins bien. »

Son esprit coopératif ne lui vient pas de son père. « Il n’a jamais été membre de sa coopérative », avoue-t-il. Sur deux de ses frères qui sont en agriculture, l’un d’eux est coopérateur et l’autre fait affaire avec un cousin, propriétaire d’une meunerie bien en vue dans la région. Pour Roger, la question ne s’est jamais posée : « Il a toujours été un coopérateur convaincu », lance Damien Lemire, président de La Coop des Bois-Francs.

D’ailleurs, il ne comprend pas qu’un producteur puisse trouver meilleur avantage dans l’entreprise privée, « alors que dans une coopérative, on se partage les trop-perçus », répète le Warwickois. Il comprend encore moins bien ceux qui encaissent de bonnes ristournes d’Agropur, mais qui achètent leurs intrants ailleurs qu’à leur coopérative d’approvisionnement.


Son entreprise
Le gros jeune Béliveau, comme l’appelait un dénommé Sabourin, animateur à Agropur, a acheté sa ferme à l’automne 1961, quelques mois avant son mariage avec Rita Jolibois. Le vétérinaire du village l’avait informé qu’une bonne terre était à vendre dans le 5e Rang, alors que les Béliveau demeuraient dans le 6e. L’entreprise l’intéressait beaucoup, notamment parce que l’étable était neuve. Le coût? 15 000 $ pour 35 hectares de terre (95 acres). L’agent responsable de la vente demandait 3000 $ en argent comptant. Un montant que le gros jeune Béliveau n’avait évidemment pas.

Quelques jours plus tard, le vétérinaire revient à la ferme. En lui racontant son histoire, Roger lui demande de lui prêter les 3000 $.

Le vétérinaire y réfléchit en faisant sa tournée dans l’étable. Avant de repartir, il lui présente un papier à signer. Heureux, le jeune part à la recherche d’un prêteur. Il obtient son prêt de Financement agricole Canada, qui venait tout juste de s’installer dans la région de Saint-Hyacinthe.

Roger Béliveau s’est toujours montré reconnaissant envers ceux qui lui ont donné un coup de pouce, dont ces gens de Financement agricole Canada, particulièrement Marcel Lavoie. Il en doit aussi à ce vétérinaire qui, en plus de l’avoir soutenu pour l’achat de sa ferme, l’a dépanné à la fin des années 60 pour accroître son troupeau avant l’entrée en vigueur des quotas de lait. Ainsi, il passait d’une douzaine de vaches à près de 24.

Aujourd’hui la Ferme Beaulois compte 93 hectares de terre cultivable et 75 kg/jour de quota – 60 vaches en lactation sur un total de 75 têtes Holstein de race pure. La moyenne de production atteint près de 10 500 kg de lait par vache par année.

Quand il est question de ses réussites, Roger ne manque jamais de souligner l’apport de sa conjointe, notamment lorsqu’il a reçu le trophée Georges E. Ling, décerné par les gens d’affaires de Warwick. Un titre dont il est particulièrement fier parce que toute sa vie, il a travaillé à démontrer que l’agriculteur est un entrepreneur comme tous les autres. Il a aussi reçu le prix Reconnaissance coopérative Mauricie – Centre-du-Québec. C’était inévitable quand on sait qu’il est impliqué dans le mouvement depuis plus de 30 ans.

Roger Béliveau reconnaît également la contribution de son père au développement de la Ferme Beaulois. « C’est principalement lui qui a appris le travail à mes enfants. J’étais trop souvent absent », avoue-t-il avec gratitude. Ainsi, ses fils Mario et Denis sont maintenant partenaires de l’exploitation; Martin travaille pour une entreprise d’équipement d’aqueduc et sa fille, Mélanie, dirige un atelier de prêt-à-manger.

« Ça prend des ressources pour nous seconder parce qu’on ne peut pas s’impliquer dans des organisations agricoles en négligeant sa ferme », dit-il en précisant que son entreprise doit être le reflet de ce qu’il apporte à la collectivité.

Autres éléments qui ont contribué aux succès de Roger Béliveau : il a su bien s’entourer et demander conseil.

« Je disais aux gens : je te demande conseil mais ne crains rien, c’est moi qui prends la décision finale et j’en assume les conséquences. »

« C’est un homme franc et transparent », témoigne Ghislain Cloutier, 1er vice-président à La Coop fédérée. Il est difficile de s’en faire un ennemi. On dit qu’il a des affinités avec tout le monde. D’ailleurs, les jeunes de l’AJRQ, où il représente La Coop fédérée depuis 1993, l’apprécient beaucoup. À la dernière assemblée générale, il les a informés qu’il passait sa dernière année avec eux. « Ils se sont tous levés pour m’applaudir.

Ç’a été une belle marque de reconnaissance. » Ce n’est pas pour rien que cette organisation de jeunes agriculteurs a décidé de remettre le trophée Roger Béliveau à la Jeune personnalité de l’année.

Les années 2006 et 2007 seront des années de rupture pour lui. Il quittera toutes les organisations dans lesquelles il est actif. « Je vais me concentrer sur Sel Warwick pendant un bout de temps parce que cette entreprise est en période d’investissement et je suis le président du conseil d’administration. » Mentionnons que Sel Warwick est un peu son bébé.
Il l’a sorti du gouffre au milieu des années 80 en proposant au conseil d’administration de La Coop des Bois-Francs d’y investir. « Aujourd’hui cette entreprise fait mon orgueil ainsi que celui de la coopérative et de ses membres. »

Quand il aura fermé tous ses dossiers, Roger Béliveau pourra enfourcher son vélo plus souvent : « Cette activité lui convient bien parce qu’il rencontre beaucoup de monde », commente Mario, son fils aîné.

Il compte aussi partager quelques activités avec sa conjointe. Cette dernière est très active : elle peint, s’adonne à l’horticulture – il faut voir son jardin de plantes et de fleurs – et collectionne poupées et antiquités.

« On aime partir en voiture ensemble, sans savoir où on va exactement, raconte-t-il paisiblement, puis on court les ventes de garage. » En manifestant le désir d’aller à la recherche d’antiquités avec sa Rita, c’est un peu comme s’il lui retournait le balancier : faire pour elle ce qu’elle a fait pour lui durant plusieurs années…




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