La Californie est devenue depuis quelques années l’État laitier numéro un des États-Unis. Avec plus de 1,7 million de vaches, soit 500 000 de plus qu’au Canada, et un troupeau moyen de 800 laitières, c’est un bel endroit pour observer comment se passe la gestion de gros troupeaux, surtout en période estivale. Un groupe de 24 experts-conseils du réseau CO-OP y ont effectué une mission professionnelle et en sont revenus avec des idées plein la tête. Des idées qui pourraient vous servir dans un futur pas si lointain.

La ferme Double J Dairy compte trois étables d’une capacité de 1600 vaches chacune.

La température d’été peut être très variable selon l’endroit où on se trouve. Par exemple, dans la région de San Francisco, le mercure ne monte pas beaucoup au-dessus de 25 °C. Par contre, quand on se déplace aux endroits où se pratique l’agriculture, il en est tout autrement. Il atteint fréquemment 40 °C dans la vallée de San Joaquin, au cœur de la Californie, un des bassins agricoles les plus importants des États-Unis. Les précipitations sont aussi particulières. Dans cette vallée, on peut y recevoir de 12 à 25 cm de pluie (5 à 10 pouces) entre novembre et mars. Pour ce qui est de la période des travaux aux champs, on n’a pas à se soucier des caprices de dame nature, il fait beau et chaud tous les jours! Les terres doivent cependant être irriguées à partir des eaux canalisées des montagnes de la Sierra Nevada. En juillet, les terres non irriguées sont complètement desséchées.

Les fourrages sont faits en 6 ou 7 coupes annuelles et l’ensilage de maïs est pratiqué partout. Cela permet d’obtenir beaucoup de rendement fourrager sur des superficies de terres restreintes.


Les mêmes préoccupations
Certes, les troupeaux sont plus gros, mais il y a tout de même beaucoup de similitudes entre la production laitière québécoise et californienne. L’environnement, le prix du lait, le prix des terres et les coûts d’alimentation sont au centre des préoccupations.

L’experte-conseil Élise Gagnon posant devant le « clone » Nelsons Estimate Liz 2 à la Ferme Nelson.

Sur le plan de l’environnement, l’image des producteurs est d’une grande importance. Il n’est pas rare de voir des fermes de 300 à 400 vaches avec moins de 40 hectares (100 acres) de terre cultivée. La gestion des fumiers devient alors un peu plus complexe. Ainsi, on utilise la partie solide des fumiers transformée en un compost sec et utilisé comme litière. Les vaches sont gardées sur cette litière desséchée, qui demeure très propre, sans pour autant nuire à la qualité du lait. L’important, c’est de garder les vaches au sec pour éviter la prolifération de bactéries.

Les terres sont extrêmement coûteuses. En général, on doit débourser plus de 10 000 $ l’acre. À proximité d’une ville importante, il faut compter plus de 200 000 $ l’acre! Les intrants sont donc en grande partie achetés à l’extérieur, dont le foin sec de luzerne, qui se transige aux environs de 250 $CAN la tonne métrique.


Du quota
Trois grandes coopératives laitières, dont Land O’Lakes et California Dairies, transforment le lait des producteurs californiens. Dans la région de Fresno, California Dairies est la plus en vue. Elle rassemble près de 700 membres qui produisent en moyenne 1000 kg de matière grasse par jour.

L’auteur à l’intérieur d’un des trois salons de traite de la Ferme Double J Dairy.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un système de quotas est en place en Californie. Dans les régions visitées, le prix du lait payé aux producteurs peut varier en fonction de la production intraquota (33 $/hl) et hors quota (28 $/hl). Ces quotas ont été établis il y a longtemps et peu de producteurs en détiennent suffisamment pour couvrir 100 % de leur production. Plusieurs fermes ayant pris de l’expansion n’ont pas acquis de quota supplémentaire. Nous n’avons pu connaître la valeur du quota actuel, car il ne s’en transige que par l’entremise de courtiers spécialisés.


Des fermes à couper le souffle
En deux présences en sol californien, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs fermes de dimensions variant entre 600 et 28 000 têtes! Voici un aperçu de quelques-unes de celles-ci.

Nous avons eu l’occasion de visiter la ferme Ocean View qui possède un troupeau très en vue dans le monde de la génétique et des expositions. La ferme de Daryl Nunes est située à Windsor, à une heure de route au nord de San Francisco. Les 300 vaches produisent plus de 11 300 kg de lait en 365 jours. Ce magnifique troupeau compte 73 vaches classifiées Excellentes et 180 Très Bonnes. Malgré des bâtiments modestes, datant d’une trentaine d’années, une ferme du genre a de quoi faire écarquiller les yeux de tous. Qui a dit qu’on ne peut penser à la fois gros troupeau et haute génétique?


Un clone, vous dites?
La ferme Nelson, située à Ceres, près de Modesto, loge un troupeau de 480 vaches et environ 1000 têtes au total. Les vaches produisent en moyenne tout près de 11 000 kg de lait en 365 jours. Depuis une dizaine d’années, ces producteurs ont développé une passion pour les expositions. En 2001, une génisse de leur élevage, Nelsons Estimate Liz, a remporté le titre Championne Junior du jugement pour les jeunes éleveurs à la prestigieuse World Dairy Expo de Madison. Après cette réalisation inattendue, et un passage au kiosque de la compagnie Cyagra, qui offrait alors 50 % de réduction sur le prix d’un clonage, ils ont décidé de tenter l’expérience. Moins de deux ans plus tard, en mars 2003, naissait la seule génisse sur les 18 embryons obtenus. Nelsons Estimate Liz 2 est maintenant l’attraction de la ferme. Elle a surpassé les performances de sa semblable et a remporté le titre Championne Junior de l’exposition de Madison en octobre 2004. En juin, elle a donné naissance à son premier veau, une belle génisse issue du taureau vedette Durham. Du haut de ses 66 pouces, elle sera sûrement de retour cette année sur les terrains d’exposition à titre de 2 ans Junior! Vraiment spectaculaire. Une belle preuve qu’une bonne régie et un environnement de grande qualité sont essentiels pour permettre au potentiel génétique de chaque animal de s’exprimer pleinement.


Des vaches et encore des vaches
Avec la collaboration de nos partenaires dans le réseau de recherche CRF, nous avons aussi visité des fermes de plus grande envergure, dont 2 fermes de plus de 4000 vaches. Selon Kevin Kruse, président de Western Milling, de plus en plus de fermes de cette taille reviennent à l’utilisation de la moulée complète dans les RTM. La simplicité, l’économie de main-d’œuvre et la réduction des risques d’erreur en sont les principales motivations. Et cela ne s’avère pas vraiment plus onéreux par vache ni par jour. Les producteurs visent simplement à obtenir de bonnes performances de production et à dégager le meilleur revenu possible.

Grimmius Calf Ranch a une capacité de 28 000 génisses en élevage entre 0 et 4 mois. Le stade 0-2 mois se fait à l’aide de huches surélevées tandis que les 14 000 têtes de 2 à 4 mois sont gardées en parc.

Lorsqu’on a la chance de voir un troupeau de 4500 vaches, produisant en moyenne plus de 36 kg de lait par jour, il y a de quoi être impressionné. Une moyenne de 14 vêlages par jour, plus de 1000 vaches vendues pour la production de lait par année, 3 étables de 488 mètres de long (1600 pieds), et quoi encore? Deux salons de traite double 22, fonctionnant 24 heures par jour pour traire ces vaches 2 fois par jour. WOW!

Bien entendu, la régie est le facteur clé de la réussite de cette grande entreprise. Une alimentation stable depuis les cinq dernières années pour toutes les phases de la lactation et le confort des vaches sont les points les plus importants que l’on peut noter. Malgré la chaleur extérieure, l’intérieur des bâtiments est confortable grâce notamment au système de ventilation et de brumisation. La consommation de matière sèche des vaches demeure donc très bonne, même en période de canicule. La gestion des pieds et membres est également une préoccupation importante. Un tailleur de sabots professionnel est d’ailleurs présent à la ferme une fois par semaine. Toutes les vaches se font tailler les sabots au moins deux fois par année.


Élevage à forfait
Dans la région centrale de la vallée de San Joaquin, les producteurs ont aussi recours à des services d’élevage spécialisés pour les génisses laitières. On peut y trouver près d’une dizaine de Calf Ranch pouvant compter entre 5000 et 40 000 veaux de 0 à 4 mois d’âge. Ces ateliers spécialisés sont maintenant populaires. C’est la période critique de l’élevage des génisses que les producteurs leur confient.

Le groupe d’experts-conseils CO-OP présents en Californie en juillet dernier.

Les génisses sont élevées dans des huches en bois pendant les 2 premiers mois, pour ensuite être regroupées jusqu’à 120 jours d’âge. Les génisses sont nourries avec des lactoremplaceurs et de la moulée début, tel qu’on peut le faire ici pour la période de 0 à 2 mois. Par la suite, elles sont nourries avec une ration contenant de la moulée début et du foin sec. Le coût d’élevage se chiffre à 1,60 $US/jour; donc rien de particulier sur le plan de l’alimentation. Mais, encore une fois, le succès est lié à la régie. Le propriétaire d’un Calf Ranch a d’ailleurs fait l’éloge d’un de ses clients pour lequel il n’a enregistré aucune mortalité pour la période 0 à 4 mois. Il a souligné que ce producteur a une régie et une alimentation hors pair pendant la période de tarissement et périvêlage. On pense ici au programme alimentaire des vaches taries et en transition ainsi qu’aux soins apportés aux veaux dès leurs premières heures de vie.

Après 4 mois, les génisses sont retournées à leur propriétaire original ou encore expédiées vers un autre atelier d’élevage spécialisé jusqu’à l’âge de 24 mois. Ces producteurs spécialisés gardent souvent plus de 10 000 génisses et s’occupent de l’alimentation, de la régie et des saillies.

Sur le chemin du retour, dans un rang agricole de toute beauté de la région de Bakersfield, nous avons pu aussi contempler des fermes de plus de 10 000 vaches en lait.

En résumé, la production laitière en Californie est sans contredit très impressionnante. Tout semble surdimensionné par rapport à ce que l’on vit au Québec. Par contre, qu’il s’agisse d’un troupeau de 100 vaches au Québec ou de 4000 vaches en Californie, il n’en demeure pas moins que les préoccupations sont les mêmes, et que pour bien se tirer d’affaire, la gestion du troupeau doit comprendre des vaches confortablement logées et une alimentation stable et équilibrée. La différence, c’est juste 40 fois plus de lait à produire!


* L’auteur est directeur, Secteur ruminants, à La Coop fédérée.




Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés