Au cours des 10 dernières années, l’évolution de la prolificité des truies a permis une augmentation importante de la productivité et celle-ci se poursuivra dans les années à venir. La sélection génétique est un des facteurs responsables de cette amélioration, mais il est aussi important de mentionner que l’alimentation, la régie et le statut sanitaire, aujourd’hui mieux caractérisés, permettent aux truies une meilleure expression de leur potentiel génétique. Cependant, l’augmentation de la prolificité a des conséquences non négligeables et nous contraint à réviser certaines pratiques d’élevage et d’alimentation.



Une conséquence de l’amélioration de la prolificité est évidemment l’augmentation de la taille de portée sous la truie et du nombre de porcelets à allaiter. Pour la truie, cette nouvelle réalité mène à une hausse de la production laitière (graphique 1). Une truie qui allaite 12 porcelets produira en moyenne 1,7 kg de lait de plus par jour qu’une truie qui ne nourrit que 8 porcelets. Par contre, si l’on observe la croissance des porcelets, plus la taille de portée augmente, plus le GMQ individuel et le poids moyen au sevrage diminuent (graphique 2). De toute évidence, la production laitière n’évolue pas au même rythme que la taille de portée. Cette situation est très importante, car le poids des porcelets au sevrage et leur uniformité influencent grandement les performances technico-économiques en post-sevrage, croissance et finition. Il est donc crucial de favoriser un bon poids des porcelets à la naissance et de maximiser le gain de poids durant la période de lactation.

Graphique 1
Source : Ferme de recherche CRF, Frampton, Québec

Graphique 2
Source : Ferme de recherche CRF, Frampton, Québec

De plus, l’accroissement de la production laitière relié à l’augmentation de la taille de portée sous la mère mène à une hausse de la mobilisation des réserves corporelles maternelles. En effet, les besoins nutritionnels reliés à l’accroissement de la production laitière ne sont que partiellement compensés par l’augmentation de la prise alimentaire. Par conséquent, plus le nombre de porcelets sous la mère est élevé, plus le déficit nutritionnel de la truie s’accroît.

Prenons, par exemple, une truie allaitant 10 porcelets. Pour éviter un déficit nutritionnel, cette truie devrait consommer environ 7,3 kg d’aliment (Proli-Lact 18 %) pour assurer une croissance normale de sa portée (GMQ de portée de 2,5 kg/jour). La capacité d’ingestion étant généralement inférieure à celle nécessaire pour couvrir les besoins, l’utilisation des réserves corporelles sert à combler ce déficit. Comme le démontrent les graphiques 3 et 4, plus la taille de portée augmente, plus les truies perdent du poids et du gras durant la lactation. Une bonne gestion des réserves corporelles des truies à haute productivité est donc essentielle. Elle permettra de maintenir ces réserves à un niveau optimum tout au long de la carrière des truies et de maximiser la longévité de ces dernières.

Graphique 3
Source : Ferme de recherche CRF, Frampton, Québec

Graphique 4
Source : Ferme de recherche CRF, Frampton, Québec

Comment en bénéficier pleinement?
En fin de gestation, une augmentation de la quantité d’aliment servi est une pratique permettant d’accroître la vigueur des porcelets. Entre autres, cette pratique favorise une meilleure ingestion du colostrum et stimule leur croissance. Aussi, l’utilisation de Cadence, un complément alimentaire pour les truies à distribuer en fin de gestation, permet d’améliorer le processus de la mise bas, de réduire le pourcentage de mort-nés et d’augmenter la vigueur des porcelets nés vivants. De plus, il est clairement démontré que l’adiposité des mères au début de la lactation influence la croissance des porcelets (graphique 5), en partie en raison de son effet sur la consommation alimentaire. Il est donc important de suivre l’état de chair des truies pour maximiser la croissance des porcelets durant cette période. Des truies trop maigres ou trop grasses mènent à une réduction du gain de poids des porcelets. Si l’on veut atteindre de bonnes performances de croissance, il faut viser une strate d’épaisseur de gras dorsal intermédiaire. Selon nos évaluations, des épaisseurs de gras dorsal (au site P2), à l’entrée en mise bas, de 18 à 21 mm pour les cochettes et de 16 à 20 mm pour les multipares permettent aux mères de maximiser leurs performances de lactation et de soutenir une bonne croissance des porcelets. Durant la lactation, il est important d’ajuster, pour chaque truie, les quantités d’aliment servi et de viser une alimentation à volonté le plus tôt possible après la mise bas (une légère restriction quelques jours après celle-ci est généralement nécessaire au bon déroulement de la lactation). L’utilisation du complément alimentaire Pro-Truie est aussi une pratique à retenir pour augmenter l’ingestion de nutriments chez les truies qui ont des besoins nutritionnels élevés ou une capacité d’ingestion limitée. Pendant la période de lactation, la règle est simple : maximisez la consommation alimentaire de vos truies!

Enfin, le programme alimentaire utilisé lors de la gestation doit permettre aux mères de refaire leurs réserves corporelles avant la fin de la première moitié de la gestation. De la sorte, elles se présenteront à la lactation subséquente avec des réserves adéquates qui assureront une croissance maximale de la portée.

Graphique 5
Source : Ferme de recherche CRF, Frampton, Québec

Graphique 6
Adapté de Klindt, 2003

L’utilisation d’aliment pour porcelets sous la mère (Biolac, Poupon Plus ou Biberon) est une pratique à reconsidérer (on ne la recommandait plus depuis l’avènement du sevrage hâtif). Cette pratique maximise le gain des porcelets durant la période de lactation afin qu’ils aient un poids plus uniforme et plus élevé au sevrage.

Les porcelets issus de portées de taille élevée présentent généralement un gain de poids et un poids au sevrage plus faibles (graphique 2). Aussi, il est démontré qu’une restriction nutritionnelle chez les porcelets durant cette phase de développement peut avoir des effets négatifs à très long terme sur leurs performances de croissance. Ainsi, avec des tailles de portée qui augmentent, il devient nécessaire que les porcelets accroissent leur ingestion d’aliment pour éviter un déficit nutritionnel et une réduction des performances de croissance.

Selon une étude américaine, l’utilisation d’un aliment à partir de 5 jours d’âge, comparativement à 2 jours avant le sevrage, permet d’augmenter le GMQ et le poids des porcelets au sevrage, et ce, surtout dans les portées de grande taille (graphique 6). En effet, certains porcelets issus de portées de taille élevée sont plus susceptibles d’être en déficit nutritionnel en raison d’une production laitière insuffisante. Ces porcelets compensent ce déficit par l’ingestion de l’aliment à la dérobée. Les résultats démontrent que l’utilisation d’un aliment à la dérobée, servi tôt dans la vie des porcelets, permet d’augmenter l’ingestion de nutriments et mène à une meilleure expression de leur potentiel de croissance. Aussi, l’utilisation d’un aliment à la dérobée durant la période de lactation permet de hausser les performances de croissance des porcs en pouponnière grâce à leur
système digestif davantage adapté à l’aliment utilisé en post-sevrage.

La quantité d’aliment à la dérobée ingéré est très variable d’un porcelet à l’autre et d’une portée à l’autre. Pour le porcelet, ce mode d’alimentation débute par une phase d’exploration ou d’activité sociale, très variable d’un porcelet à l’autre, qui dure environ sept jours. Durant cette phase, la quantité réellement ingérée par portée et par jour est d’environ 5 g. Il est important que les porcelets aient accès à un aliment frais qui stimulera leur comportement.

Après cette phase exploratoire, le comportement alimentaire des porcelets est davantage dicté par leurs besoins nutritionnels. Durant cette période, l’ingestion quotidienne d’aliment à la dérobée est importante et peut représenter environ 50 g par portée. Cette quantité est aussi très variable et dépendra du poids des porcelets et de leur statut nutritionnel. La quantité d’aliment ingéré par les porcelets variera en fonction de l’âge auquel l’alimentation débutera et de l’âge au sevrage. Plus vite les porcelets seront mis en contact avec ce type d’alimentation, plus leur croissance et leur poids au sevrage en bénéficieront. La quantité d’aliment servi aux porcelets devra être ajustée en fonction de leur consommation. Enfin, un des éléments très importants à considérer consiste à limiter le gaspillage de l’aliment par les porcelets. Plusieurs petits repas permettront ainsi de minimiser les pertes, d’assurer la fraîcheur de l’aliment et de favoriser sa consommation.

Finalement, il est évident que l’amélioration de la prolificité des truies nous amènera à revoir nos façons de faire. Nous avons dorénavant une Formule 1 entre les mains; il faut la conduire adéquatement si l’on veut qu’elle performe!


* L’auteur est coordonnateur des activités de recherche au Secteur des productions animales de La Coop fédérée.




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