Le contrôle à la source, lors de l’achat de grains, demeure le meilleur moyen de contrer les effets néfastes des mycotoxines dans les élevages de volailles. Mais il existe aussi des solutions lorsqu’une contamination n’a pu être évitée.



Les mycotoxines sont produites par des moisissures. Le maïs, le blé, l’orge et l’avoine peuvent être contaminés par des moisissures et des mycotoxines. Toutefois, la présence de moisissures ne veut pas nécessairement dire qu’il y a aussi des mycotoxines. Tout dépend du type de moisissures et des conditions d’entreposage du grain. De plus, la contamination du grain dans un silo peut varier de façon importante, car les conditions n’y sont pas toujours homogènes. Les facteurs qui influencent la croissance des moisissures sont nombreux (voir l’encardé).

À gauche, grains non fusariés et à droite, grains fusariés.

Bien qu’il y ait près de 350 types de mycotoxines, seule une douzaine est réellement connue. Celles dont on entend le plus parler sont la vomitoxine (aussi appelée DON), la zéaralénone et la T-2. Le tableau résume, pour chaque toxine, le niveau de tolérance, le seuil de toxicité potentielle et les effets négatifs qu’elle produit sur nos oiseaux. Il existe aussi un effet synergique entre les toxines. Ainsi, il faut beaucoup moins de vomitoxines (300 parties par milliard) si la zéaralénone est présente, elle aussi en moindre quantité (1100 parties par milliard), pour provoquer une réduction de la ponte et des lésions au bec et au gésier.

On peut comprendre qu’il soit difficile de connaître le niveau de contamination en toxines de chacun des lots de grains qui entrent dans une meunerie. C’est pourquoi je recommande de faire un échantillonnage régulier des grains utilisés et de les faire doser pour la vomitoxine (mais aussi pour T-2 et la zéaralénone), car c’est la toxine la plus fréquente lors d’une nouvelle récolte ou d’un changement de fournisseur. Aussi, est-il bon de faire doser, au moins à tous les trois mois, quelques aliments complets.

Les mycotoxines sont des molécules stables qui ne sont pas détruites par le procédé de cubage des aliments. Comme mentionné dans l’encadré, des acides, tel que l’acide phosphorique, peuvent contrôler la croissance des moisissures et, par le fait même, agir indirectement sur la présence potentielle de mycotoxines. Ces acides peuvent être ajoutés sous forme liquide sur l’aliment (complet ou supplément) ou pulvérisés directement sur les grains au puits de réception. Cette pratique ne contrôle que la croissance des moisissures. Elle n’a aucun effet sur les toxines déjà présentes dans les grains. Pour tenter d’inactiver les mycotoxines, on peut essayer de les « lier » avec des argiles. Les argiles ressemblent à des feuillets composés de couches superposées entre lesquelles viennent se fixer les toxines. Une autre technique utilisée pour inactiver les toxines consiste à les dénaturer à l’aide de micro-organismes qui produisent des enzymes. Ces enzymes « digèrent » ou coupent les molécules des toxines en plusieurs fragments, ce qui élimine leurs propriétés toxiques. Ces deux produits sont disponibles à votre coopérative.

La base de la maîtrise des effets néfastes des toxines dans nos élevages reste un contrôle à la source lors de l’achat des grains que l’on utilisera dans la meunerie, mais nous avons à notre disposition des solutions lorsque la contamination en toxines ou en moisissures n’a pu être évitée.


Aperçu des toxines chez la volaille
Toxine
Abréviation

Niveau
toléré
(ppb2)

Niveau
potentiellement
toxique DL501
(ppb2)
Effets négatifs
Vomitoxine
DON
1000
140 000
Réduction de l’ingestion d’aliments, perte d’efficacité des antibiotiques, réduction de la croissance et de l’efficacité alimentaire, diminution du poids des œufs et de la coquille, réduction de la résistance aux maladies, augmentation de la mortalité.
T-2
T-2
400
3500 - 4000
Lésions au bec, réduction du gain de poids et de l’efficacité alimentaire, plumage anormal, réduction de la taille de la bourse de Fabricius, érosion du gésier, réduction de l’épaisseur de la coquille, baisse de la production d’oeufs et diminution de l’éclosion.
Diacetoxyscirpenol
DAS
500
2000
Mêmes effets que la T-2
Aflatoxine
-
20
6500
Normalement absente dans les grains cultivés au Québec. Réduction de la croissance et de la résistance aux maladies, syndrome du foie gras et diminution de la production d’œufs chez les pondeuses.
Zéaralénone
ZEA, ZEN, F2
300 - 500
Inconnu
Anus et oviducte enflés, réduction de la production d’œufs.
Fumonisine
FB1
10 000
Inconnu
Diarrhée, baisse de la consommation et des performances générales.
Ochratoxine
OA
20
2000
Lésions au foie et aux reins.
1 La DL50 est la « dose létale 50 », c’est-à-dire la dose à laquelle 50 % des oiseaux exposés mourront.

2 ppb : « parties par milliard »


* L’auteur est expert en nutrition avicole à La Coop fédérée.




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